DESCRIPTION DE LTIYDROCÉPHAL1TE
W H Y T T , à qui nous sommes redevables de la première et meilleure description de la maladie , considéra. dans sa marche trois périodes bien marquées , qu'il établit sur l’état du pouls : dans la première , vitesse des pulsations, et tous les signes d’une exaltation fébrile; dans la deuxième, inégalité, irrégularité et lenteur du pouls; la troisième, caractérisée par une accélération du pouls plus grande qu'elle n’avait encore été : dans chacune il fait entrer tous les symptômes nerveux et autres qui coïncident. Cheyne blâme cette division, et prend les phénomènes nerveux pour type de celle qu’il lui substitue : de ces trois périodes , l’une est celle d’exaltation de la sensibilité ou irritabilité i la deuxième est la période de diminution de la
sensibilité ou torpeur ; enfin la troisième est l’état convulsionnaire ou paralytique : chacune de ces périodes répond à celles qui ont été établies par Whytt ; les degrés sont les mêmes et se manifestent à la même époque ; de façon que , à part peut-être un peu plus d’exactitude dans le langage, il nJy a dans le fait rien de changé. C’est la division suivie par tous ceux qui se sont occupés de THydrocéphalite ; elle est un monument du génie observateur de Whytt , et rien ne pourra la faire oublier. Cependant M. Bouvier a cru pouvoir distinguer quatre temps : le premier constitue les prodromes de la maladie , et le deuxième correspond au premier admis par les autres praticiens. M. Itard rejette aussi les trois périodes, et ne reconnaît que deux états successifs et bien distincts : celui de l’irritation encéphalique , et celui de la compression. M. Formey se prononce ouvertement contre la division de l’hydropisie du cerveau en trois périodes ou stades : il prétend que loin de présenter de Inutilité, elle détourne du véritable point de vue. Il fait la maladie essentielle très-courte , et ne regarde comme telle que la vitalité trop active du cerveau , qui entr’autres suites , après quatre ou cinq jours, décide un épanchement, lequel au bout de cinq à sept jours amène tous les signes avant-coureurs d’une mort prochaine. C’est ainsi que, malgré lui , M. Formey lui-même s'est conformé à la doctrine des trois périodes, tant est puissante la force de la vérité. Ainsi il est généralement reconnu que la maladie a des temps constans qui se succèdent dans un ordre déterminé , et lui donnent une physionomie particulière. Nous voyons , au début , le caractère de la face d’abord inquiet et farouche, ou stupide et
sur l ’hydroceph alïïê. 6%
hébété; puis la figure devenue plus calme, prendre , lorsque le coma est porté au plus haut point, un air de sérénité tout-à-fait remarquable.
La marche tracée par Whytt me servira de guide , et j’adopterai avec lui les trois degrés ou périodes 9 que l’observation attentive de la nature lui a fait reconnaître. L examinerai de plus, sous le nom de symptômes précurseurs ou prodromes , par quels signes avantcoureurs la maladie peut quelquefois s’annoncer.
Hydrocephalxte Aigue.
Symptômes précurseurs ou Prodromes . Plus ou moins long-temps avant l’invasion de la maladie , on a vu les personnes devenir languissantes , perdre l'appétit et maigrir ; présenter une irrégularité dans les fonctions digestives , qui tantôt s’exécutent bien , et d’autres fois offrent dans leur exercice un désordre caractérisé par l’augmentation d’appétit ou l’anorexie, les envies de vomir, même des vomissemens , sur -tout le matin , des coliques alternant souvent avec des douleurs de tête, la constipation ou une diarrhée et des selles presque toujours vertes et fétides. La gaieté du malade se change en mauvaise humeur, il est maussade ^ plus susceptible et sfimpatiente presque de tout, le moindre objet le fait tressaillir. Le sommeil est inquiet , agité , et interrompu par des cris ou par des rêves effrayans qui causent des sursauts, des mouvemens insolites de la figure , et réveillent souvent. Il y a par fois grincement des dents, démangeaison dans le nez , pâleur et abattement du visage : ces derniers signes peuvent en imposer pour la présence des vers qui existent quelquefois, il est vrai, mais ne sont
qu’une Complication qui rend l’erreur plus facile. Les urines tantôt claires , tantôt troubles et semblables à du petit lait, avec ou sans dépôt, ne présentent rien de constant. La marche est vacillante , et les chutes fréquentes.
Selon Odier^ce s symptômes fugaces s’accompagnent quelquefois d’une petite fièvre d’apparence rémittente, bilieuse, vermineuse ou mésentérique. Ces petites indispositions sont si légères, si variables et manquent . si souvent, qu’on est dans la sécurité la plus profonde auprès d’une personne qui porte déjà le germe d’une maladie mortelle. Admettrons-nous avec le D.1 Cheyne , Comme symptômes précurseurs, les signes d’une maladie antérieure, purement accidentelle et sans influence sur rilydrocéphalite , ou qui en sera devenue la cause efficiente? Sans partager son opinion à cet égard, je conviendrai avec lui que cette circonstance est bien perfide , en déguisant le vrai caractère de la maladie, jusqu’à ce qu’elle ait fait des progrès que rien n’arrêtera plus. Je dirai encore que ce caractère essentiel n’est pas moins difficile à saisir au début chez les enfans à la mamelle. Ils sont agités, il est vrai, ils crient , ils poussent des soupirs : les momens de calme font tout évanouir; mais enfin l’absence de tout signe d’altération dans la poitrine ou le bas-ventre, la nature des feces , et l’ensemble de tous les phénomènes les moins douteux ne laissent plus d’incertitude.
I.re Période . Tantôt lente et précédée assez longtemps des signes avant-coureurs , tantôt subite , l’invasion de la maladie se caractérise par l'exaspération des symptômes ou leur apparition subite. Alors :
- Maux de cœur , vertiges , pesanteur de tête 5 cépha-
îalgie fixée au front, au sinciput ou traversant d'un pariétal à l’autre, s’exaspérant parle bruit et la lumière, rarement continue , mais reprenant brusquement avec beaucoup d’intensité , et arrachant des cris au malade : alternant quelquefois avec des douleurs éloignées , occupant le bas-ventre, le dos et le col ; quelquefois la poitrine, les épaules et les membres; lesquelles augmentent ou diminuent à mesure que les douleurs de tête disparaissent ou reprennent. La céphalalgie laisse souvent des intervalles de bien-être assez considérables : l’enfant en est tout-à-coup saisi au milieu de ses jeux , crie le mal de tête , et porte ses mains vers cette partie et quelquefois vers le ventre. Tout est pour lui un objet de contrariété ; s’il parle , c'est avec humeur et en bégayant ( Vf hytt ). Il devient paresseux, ne quitte le lit qu'avec peine , tient sa tête appuyée sur l’oreiller,' lorsqu’il la soulève , elle devient plus pesante et plus douloureuse, et la position verticale provoque ordinairement un vomissement fatiguant : la douleur est quelquefois si vive, qu’elle fait changer de position à chaque instant , ou entretient un mouvement de rotation presque continuel de la tête.
Surviennent les envies de vomir , et les vomissemens plus ou moins fréquens et pénibles de matière bilieuse mêlée à la nourriture ou à la boisson du malade; présentant la même alternative avec ces différentes douleurs et sur-tout la céphalalgie : sont-elles très-intenses? le vomissement cesse ou diminue pour reprendre quand elles disparaissent. Perte d’appétit jamais complète ; langue naturelle , un peu sèche, d’autres fois blanche, et alors bouche mauvaise ; sensibilité et souvent gonflement de la région épigastrique; constipation, ou éjec-
tions rares de matières gélatineuses , vertes ôü n curés $ poisseuses, liées et très-fétides.
Le pouls est accéléré, très-irrégulier et fébrile; il va chez les enfans jusqu’à i4o pulsations par minute. Il n’est pas rare de voir les carotides et les temporales battre avec force. La face , rouge ou pâle^me rougit souvent que d’un côté, ou alternativement de l’un ou de l’autre , ou des deux à la fois. La peau est chaude.
Tourmenté par une insomnie opiniâtre, ou presque toujours assoupi sans dormir, le malade est agité de petits mouvemens spasmodiques des lèvres, des membres ou de tout le corps. Si on lui parle , il ouvre de grands yeux stupides, cherche sa réponse , et s’assoupit de nouveau après une parole et souvent sans avoir rien dit. Lorsqu’on le force à se lever, sa démarche est vacillante et incertaine, et ses mains tremblantes cherchent bientôt un appui.
Les yeux, très-sensibles à la lumière, paraissent égarés, et sont pris de légers mouvemens convulsifs, et d’un vrai strabisme , sur-tout si on en approche une bougie allumée qu’ils semblent fuir. Les pupilles sont resserrées; les conjonctives rouges et enflammées. Les narines se dessèchent, causent de la démangeaison, et le malade se frotte souvent le nez.
Les urines n’offrent aucun caractère constant : un peu moins abondantes et plus foncées en couleur, elles tâchent le linge , ou laissent un dépôt blanc , crétacé , ou bien présentent la pellicule micacée , ou le nuage de petits cristaux de M. Coindet.
Ces symptômes prennent tous les soirs un accroissement bien marqué ; ils s’exaspèrent et simulent un accès fébrile.
La
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La durée de cette période est très-variable ; elle est quelquefois à peine de quatre à cinq jours, d’autres fois on l'a vue se prolonger plusieurs semaines.
ILe Période . L’Hydrocéplialite prend un caractère plus décidé , les signes d’excitation font place à ceux de stupeur ou d’épa richement. Elle commence au moment oh le pouls , de très-accéléré qu’il était , devient petit, lent et irrégulier. Tous les symptômes sont portes à un plus haut degré.
Les douleurs devenues plus vives arrachent presque sans interruption des soupirs et des] cris qui ont un accent propre , qu’il est bien aisé de reconnaître une fois qu’on les a entendus, et que le D.r Gpinâet a si heureusement appelés cris Hydre cèph alûjùes . Les angoisses, l’inquiétude et l’agitation sont excessives. Le malade , d’une mauvaise humeur que rien ne distrait , change à chaque instant de position , agite ses membres , les porte machinalement à la tête , et , selon Ludwig , toujours du côté oh l’épanchement est plus considérable. Ce mouvement mécanique est fréquemment la seule réponse qu’il fait lorsqu’on lui demande le siège de son mal. Il ne peut souffrir qu’on le remue , et si , en le soulevant bien doucement , on le place quelques minutes sur son séant, l’inquiétude et l’agitation augmentent ; il témoigne son mécontentement, et cherche bien vite une position horizontale et surtout un appui pour sa tête.
Les envies de vomir et les vomissemens se multiplient et deviennent si fatigans qu’ils arrachent des
cris et des gémissemens. Le moindre mouvement et la
position verticale les provoquent ; ce qui porte le malade à conserver la même situation ? malgré ses
angoisses et son agitation : cependant ils se calment a mesure que la maladie fait des progrès. La région épigastrique reste sensible, le ventre s’efface; il s’ouvre un peu et produit des selles glaireuses , très-fétides , tenaces , vertes, qui présenteraient avec le méconium la plus grande analogie , si un plus long séjour dans les intestins leur avait permis de s’y condenser davantage. Il n^est pas rare d’y trouver quelques vers qui sortent sans soulagement, et ne sont qu’un épiphénomène tout-à-fait insignifiant.
Le pouls devenu très-irrégulier, petit et lent ( i ) , n’inspirera jamais une coupable sécurité au médecin, qui le verra s’accélérer par la plus légère émotion ou le moindre mouvement, pour retomber aussitôt après. La peau , plus chaude que ne semble l’indiquer la faiblesse du malade , est quelquefois alternativement chaude et froide : elle présente parfois des sueurs partielles très-abondantes , et une démangeaison trèsvive dans certaines parties du corps, sur-tout à la tête et aux pieds.
Les paupières s’ouvrent inégalement, l’une étant paralysée :1a conjonctive est saine ou enflammée d’un seul côté ou des deux à la fois. Les yeux sont convulsivement agités, et presque toujours il en résulte le strabisme supérieur (2). Le regard est fixe, égaré ou sîupide. La vision ne s’exécute qu’imparfaitement, et le malade voyant double ou d’une manière confuse ,
(1) WJrytt l’a vu réduit à 5o et même 40 pulsations par minutes.
(2) M. Coindet le dit convergeant : je l’ai trouvé lel ; mais-le plus souvent la cornée se caclte SQusia paupière supérieure, en se tournant un peu en dedans,
S tT II L 5 H Y B îl 0 C É E H 4 1 1 T E* tâtonné pour chercher les objets qu’on lui présente. Bientôt la pupille dilatée reste immobile; si en approchant une lumière elle se contracte, c’est par un mouvement d "oscillation convulsive qu 'Gâter a remarqué le premier, et qui est un des signes pathognomoniques de l’Hydrocéphalite ; elle est la seule qui présente ce mouvement oscillatoire de l’iris ; dans les autres affections, il y a immobilité parfaite ou contraction uniforme, rapide ou lente. Cette contraction oscillatoire présente cela de particulier , que le premier effet produit par la lumière cesse bien vite , et malgré la présence de celle-ci la prunelle se dilate de nouveau au bout d’une ou deux minutes. Est-ce , comme le veut Odicr , parce que ce mouvement est indépendant du stimulus qui l’a produit? ou plutôt ne serait- il pas plus physiologique de penser que la faible irritabilité dont jouit encore l’iris se trouve bientôt épuisée par la présence continuée de ce stimulus ? Ce phénomène se remarque sur les deux yeux à la fois : ou bien alternativement sur l’un et sur l’autre; d’autres fois sur un seul d’abord , mais on finit toujours par l’observer sur tous les deux.
Les fosses- nasales continuent à se dessécher , le mucus s’y accumule et les bouche , et la respiration ne peut plus se faire que par la bouche.
La langue , un peu sèche et couverte d’un enduit blanchâtre, se brunit quelquefois vers la fin de cette période : la bouche est sèche et la soif très-grande. Cependant M. Bard a vu la salive, visqueuse et épaisse, se renouveler assez fréquemment pour forcer à un crachotement continuel et à une espèce de broiement des mâchoires : cette circonstance n aurait-elle point été l’effet du mercure ? Si l’on présente à boire au
malade, il prend le vase avec avidité, et semble, par un mouvement de caption réitéré des lèvres, indiquer qu’il a un besoin continuel de boire ; ou son imagination égarée lui fait entrevoir des objets qu’il croit saisir : car si le mouvement cesse et qu’on touche légèrement les lèvres , on les voit s'alonger de suite , et recommencer à se mouvoir (i).
L’apathie succède à l’anxiété, et l’assoupissement devient continuel : ce n’est point un vrai sommeil , c’est un état moyen entre le sommeil et la veille , semblable à celui d’un hommévqui va s'éveiller après avoir long-temps dormi : on en retire facilement le malade ; il entend et répond à moitié aux questions qu’on lui fait, à moins qu’elles ne demandent un peu d'application et une longue réponse. Alors ne pouvant mettre de la cohérence dans ses idées , il paraît étranger à tout ce qui l’entoure, et ne pas avoir entendu ce qu’on lui a dit; ou s’il fait effort pour répondre, il s’embrouille, dit quelques mots décousus , semble battre la campagne , et retombe comme s’il avait oublié ce qu'il voulait dire. L'aiguillon de la douleur trouble à chaque instant cet assoupissement, et fait pousser les cris et les gémissemens hydrocéphaliques. Si , dans le moment même ou il se plaint le plus, on lui demande comment il se trouve, il répond le plus souvent qu’il est parfaitement bien. Les yeux entr’ouverts et comme ne dormant qu’à demi, il parle seul^ sans suite et sans
(i) Aucun auteur n'avait encore indiqué ce jn ou veinent. Qdier seul raconte , dans sa quatrième observation , que l’enfant , au seul mot vin , sortait de sa léthargie et exécutait avec ses lèvres les fliouvemens d’un homme qui boit.
sur l’hydrocéphalite. 7$
liaison , tantôt en se plaignant de ses souffrances , tantôt en adressant des reproches aux personnes qubl croit voir auprès de lui. En un mot, il paraît rêver plutôt que délirer. Il cesse de se plaindre de la tête , mais ses soupirs et le mouvement automatique de ses mains indiquent assez qu’elle est toujours le siège du mal.
Les symptômes vermineux n’ont rien perdu de leur intensité, et l’on voit persister les grincemens de dents, la démangeaison du nez, la pâleur et la rougeur alternatives du visage , et même quelques lombrics sont rendus par le haut ou par le bas.
Les urines sont claires et abondantes, ou le plus souvent foncées et en petite quantité ; elles tachent le linge, sans présenter le dépôt blanc, micacé ou cristallin.
Vers la fin de cette période, se manifestent les paralysies et les convulsions partielles, plus ou moins étendues. La moitié du corps ou un membre seul paralysé ou insensible , annonce la prochaine destruction de la vie , contre laquelle les convulsions semblent établir une réaction et une lutte infructueuse. L’un des bras est le siège le plus ordinaire de ces convulsions. Thomson les a vues produire l’opisthotonos. La langue elle-même n’est étrangère ni aux convulsions ni à la paralysie. Enfin les malades glissent ou s’enfoncent sous les couvertures (i).
Comme dans le premier stade , ces symptômes
(i) J’en al remarqué un seul affecter de se tenir sur les coudes et les genoux, le siège en l’air, et la tête enfouie au bas de l’oreiller. 'LJ
éprouvent tous les soirs un paroxisme bien marqué , que j’ai vu plus d’une fois se renouveler à différentes heures de la journée; mais les exacerbations étaient plus courtes que celles du soir.
Quelle que soit la valeur de tous ces phénomènes, ils sont moins propres à faire reconnaître la maladie, que cette habitude , cette physionomie particulière qu’affecte FHydrocéphalite , et qu'un praticien exercé ne méconnaîtra jamais. Odier ne connaît pas de malaw die qui ait un faciès plus déterminé ; et il Ta souvent reconnue lorsqu'il n'existait encore aucun symptôme,
La durée de cette deuxième période varie d’une à deux semaines , rarement elle se prolonge davantage ; mais on la voit souvent beaucoup plus courte , et quel*quefois elle manque tout-à-fait. Des symptômes les plus légers , la maladie saute aux plus alarmans de la troisième époque ; et l’on ne sait ni quand elle va commencer, ni quand elle ya faire place à la troisième.
JII.e Période caractérisée , selon Whytt , par une rapidité extraordinaire du pouls qui succède brus-* quement à sa lenteur ; et , selon Cheyne , par un état convulsionnaire et paralytique. L’affection a fait des progrès effraya ns : le malade, plongé dans un assoie* pissement profond et presque léthargique, n’entend plus, et , s’il entend encore, il ne peut plus combiner ses idées et ne répond pas. On a beaucoup de peine à le tirer de cet état carotique : s’il en sort par moment, ce n’est que pour annoncer la violence de ses douleurs par des gémissemens et des cris déchirans, qui se font entendre meme au milieu du sommeil , en apparence , Je plus profond. Il est muet, ou ne produit que des
SUR l’hyd ROCEFHALITE. 75
sons inarticulés et sans suite , qui indiquent un délire à peu près continuel.
Le pouls acquiert une vélocité incalculable : plus lent le matin, il bat le soir jusqu’à i5o et 160 fois par minute. A mesure que la maladie approche de sa fin, il s^accélère et s’affaiblit de plus en plus: les pulsations semblent se confondre et fuir sous le doigt. Le cœur et les gros vaisseaux partagent cet état d’agitation , et il en résulte souvent des palpitations considérables. Le visage est tantôt très-rouge, tantôt d’une pâleur mortelle , et quelquefois alternativement coloré et pâle. La chaleur de la peau, excessive pendant les exacerbations , alterne souvent avec un froid glacial ou une sueur froide : la tête et la région précordiale conservent jusqu’à la fin leur chaleur, tandis que rien ne peut réchauffer les membres qui sont livides.
La respiration , déjà un peu plus profonde dans la deuxième période, le devient davantage. L’intervalle entre chaque inspiration et expiration se prolonge , et une inspiration brusque, presque convulsive, semble ne faire respirer le malade que par secousses. On dirait que , pendant l’expiration prolongée , il oublie de respirer, et que le souvenir lui en revient subitement;. Du reste elle est suspirieuse, et bien souvent un hoquet fatigant annonce les progrès du mal. L'haleine devient fétide et nauséabonde.
La pupille se dilate , il y a goutte-sereine ; la lumière ne produit plus ni sensation ni oscillation convulsive. La cornée se ternit et se couvre d’un enduit muqueux , sale ; les paupières paralysées et entr’ouvertes ne la garantissent plus du contact de l’air , qui la dessèche et la ride comme sur le cadavre*
Le globe de l’œil, toujours agite, reste dans le strabisme : s’il rougit et s’enflamme , cette ophtalmie tardive n’est pas inflammatoire ; c’est une distension passive des capillaires de la conjonctive , un vrai boursouflement de cette membrane.
Les narines sont bouchées ; la respiration se fait par la bouche et sèche la langue: celle-ci, d’abord rouge ou blanchâtre , devient peu-à-peu brunâtre, et même noire et charbonnée , et les dents fuligineuses. Souvent à cette époque désespérée , la salive coule en écume comme dans l’épilepsie ; la soif est excessive , et le malade boit avidement tout ce qu’on lui présente ; il ne discontinue presque pas le mouvement de caption des lèvres, qui est, ai-je dit , le produit de son imagination abusée , ou plutôt un langage expressif par lequel il nous avertit de la soif qui le dévore. Le vomissement redouble , ou recommence s’il avait cessé; la région épigastrique est toujours sensible et souvent tendue; le ventre se ballonne ou resté affaissé; les déjections sont plus fréquentes , et souvent la diarrhée s’établit; les matières sont un peu plus liquides, et paraissent entièrement formées de bile et de mucus intestinal.
Les paralysies se prononcent et s’étendent davantage : elles constituent des hémiplégies ou des paraplégies , ou se bornent à une seule partie. Les paupières tombent sur Toeil , les traits de la face ne sont tirés que d’un côté. L’œsophage paralysé rend la déglutition impossible , les matières fécales sont rendues involontairement, et les urines coulent par regorgement.
Les convulsions sont plus fortes et continuelles. L’un