HISTORIQUE
A. va NT le célèbre Harris , les maladies des enfans étaient presque totalement négligées et inconnues : on ne voyait , et beaucoup de gens ne voient encore que les vers, les dents et les convulsions, et les médicamens les plus excitans étaient indistinctement prodigués. Le langage de la nature malade n'avait point encore été étudié chez les enfans, parce qu'ils ne parlent point ; les plus grands médecins ne s’en étaient pas occupés, et, selon Harris , « plusieurs d’un grand » nom n’ont pas fait difficulté de dire en sa présence, » que , lorsqu’ils étaient mandés , malgré leur répu- » gnance , pour voir des enfans fébricitans , ils n’y « allaient. qu’à pas lents, comme pour développer un « grand mystère ou pour traiter une maladie ineu-
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y> rable. » Il éprouva bientôt qu’un examen attentif de la constitution , de la manière de vivre et des symptômes propres à l’enfance, n’offrait pas toutes les difficultés que son imagination prévenue lui représentait auparavant comme autant de monstres insurmontables ; il sut se convaincre, au contraire, qu’un malade sera d’autant plutôt guéri d’une maladie aiguë qu’il sera plus jeune (i). Il proscrivit les alexipharmaques échauffans qui étaient alors en vogue , substitua à ce traitement incendiaire une médecine beaucoup plus simple et plus appropriée à l’organisation délicate du premier âge , et sauva une fouie de victimes qui eussent été dévouées à une mort certaine. Il fit beaucoup pour l’humanité et pour l’art; mais, entraîné par l’idée hypothétique qu’il s’était formée des acides, il sacrifia tout à cette théorie qu’il avait puisée dans Delboc Sylvius^ et ne rêva qu’acides, et absorbans pour les combattre.
Ses efforts restèrent long-temps impuissans, et la médecine des enfans ne fît pas tous les progrès qu’elle devait attendre de l’essor qu’il venait de lui donner. U nderwood s’est plaint de la manière peu convenable dont on traitait les maladies des enfans; et, de nos jours , le professeur Baumes nous dit positivement : Une bonne médecine enfantile est à créer encore ( 2 ). Chaque jour ajoute de nouvelles connaissances aux connaissances déjà acquises, et les maladies des enfans , sorties du chaos qui les enveloppa long-temps f
(t) Sanescit facilius puer ( Cels. de re medicd ). {2) Traité des Convulsions, 2.e édition.
sun l’hydfiOCÉphalîte. i5
nous offriront peut-être bientôt dans leur description et leur thérapeutique , autant de précision et de certitude que les maladies les mieux connues des adultes.
La négligence avec laquelle on s’occupa des maladies de l’enfance , explique suffisamment pourquoi l’Hydrocéphale aiguë a si long-temps été inconnue. De plus, les maladies du cerveau sont peut-être celles dont l’histoire est la moins avancée : quelle peut en être la raison ? Harris croit la trouver dans la réponse que lui fit un savant médecin , à qui il demandait pourquoi il n’avait pas parié des maladies de la tête : C'est } lui répondit celui-ci , parce qu'il n' avait pas pu les guérir . Et Harris ne se trompe pas entièrement. Les Morgagni sont rares; une vanité mal entendue porte la plupart des hommes à ne publier que les succès , et l’intérêt seul de la science n’est rien , s’il ne s’accorde pas avec celui de leur amour propre.
En 1812 , la Société médicale d’émulation , sentant toute l’importance d’un travail précis sur les maladies du cerveau , proposa pour sujet d’un prix la question suivan te : Quelles sont les maladies de V encéphale ; quels sont les symptômes qui les caractérisent et qui les distinguent ïune de l'autre ; quels sont les moyens de guérison à leur opposer? Nous sommes encore loin d’arriver au but de ce programme , parce que les maladies du cerveau n’ont pas des signes caractéristiques; ils paraissent presque tous les mêmes : abolition plus ou moins complète du sentiment et du mouvement ; dépression plus ou moins profonde du pouls ; respiration plus ou moins troublée; coma prolongé plus ou moins long-
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temps; état convulsif plus ou moins étendu ; paralysie partielle ou générale ; céphalalgie , etc.
La confusion qui régnait dans les maladies de l’enfance et du cerveau, la facilité avec laquelle on les confondait sous une manière de voir exclusive, et le peu d’antopsies cadavériques quTon faisait , ont été les seuls obstacles à la découverte de l’Hydrocéphale aiguë. Tissot pensait que cette maladie, se présentant beaucoup plus fréquemment à Edimbourg que par-tout ailleurs , ce n’est que la qu’un génie observateur pouvait î’étudier exactement: l’expérience a prouvé contre son opinion*
Hippocrate a - t - il connu l’Hydrocéphale aigue ? Voici le passage sur lequel se fondent la plupart des auteurs, pour en faire remonter la découverte jusqu’au divin vieillard : Aqua si in cerebro sukorta fnerit , en udôr epi tô egkeplialô genetai, üa iamen, ut in adulfo secùs sanum continuât , adhïbilis meâicamentis si non sanetur , capiif ad cerebrum ipsum perforandum esse . On trouve dans ses œuvres un autre passage beaucoup plus détaillé; mais il est évident que la maladie qu’il a indiquée , avait une marche beaucoup plus lente que 1 Hydrocéphale aiguë, c’était l’espèce subaiguë. Il n’a pas non plus connu l’existence de F épanchement dans les ventricules , puisqu’il dit epi , sur. D’ailleurs il n’aurait pas proposé le trépan , shl eût cru qu’il fallût traverser la substance cérébrale.
Ce tse employa dans la suite le mot Hydrocéphale , mais pour désigner seulement la tuméfaction œdémateuse de la tète : Ubi humor cutem infiat , eaque iniu mescil et prementi digito ce dit , Udrokephalon Grœci ap pe liant* Ad sauandum ver b 9 necessarium esse cap ut ion ~
sur ï/hydîlocéphalite. IJ
déri ad cutem ; deïndè imponi sinapiv sicut exuîcetet : si id parhn profuit , scalpellù utentum esse .
Arélœe , Galien , Œtius ont successivement indiqué les différons sièges que pouvait occuper la collection aqueuse ; et Galien nliésite pas de déclarer incurable celle qui est fixée dans les ventricules du cerveau. Paul d'E gine et Pthazès en ont parlé, mais sans rien ajouter aux connaissances acquises avant eux.
S’il est vrai que ces hommes célèbres aient décrit la maladie dont nous entreprenons l’histoire , pourquoi a-t-elle traversé, inconnue, un aussi grand nombre de siècles uniquement occupés à commenter les anciens , et à jurer in verha magisiri.
Il nous faut arriver presque à la fin du i8.e siècle, avant de trouver une description exacte et caractéristique de la maladie. Cependant un passage de Harris semblerait faire présumer qu’elle n’était pas inconnue de son temps : il y est question de fièvres comateuses des enfans, que le D.r Boyse, médecin à Cantorbéry , guérissait par le moyen du mercure doux. La 4-e observation insérée dans son Traité des maladies aiguës des enfans, n’est-elle pas l’histoire d’une Hydrocéphale aiguë, dont le traitement fut d’ailleurs très-méthodiquè ? Lors même que de ces considérations nous pourrions tirer l’induction que Harris a décrit l’Hydrocéphale aiguë 5 toujours serait -il vrai qu’il ne l’aurait point connue comme maladie essentielle et particulière , en un mot , comme Hydrocéphale aiguë.
Nous en dirons tout autant de Mercurialis , qui ne parle de l’hydropisie du cerveau , que pour l’envisager comme une cause d’apoplexie ; de Wepfer , qui rapporte plusieurs cas qui lui ont présenté de l’eau
dans les ventricules , sans en donner les signes caractéristiques propres, à la distinguer des autres maladies du cerveau; de Sennert , qui en indique vaguement quelques symptômes et les déclare mortels ; de Théo~ phile Bonet , qui dit que la solidité des os , empêchant l’ampliation de la tête, rend conjectural le diagnostic des épanchemens dans l’intérieur du crâne; de Boer haave lui-même , qui distingue autant d’espèces d’Hydrocéphales , qu’il a pu trouver de sièges à assigner à la collection aqueuse , depuis les tégumens jusques aux cavités ventriculaires du cei^veau , et déclare , sans en donner aucun symptôme, celle des ventricules incurable et facile à reconnaître; de Morgagni , qui en donne une observation assez détaillée, fournie par Valsaha; de Lieuiaud et de tant d’autres , où il ne serait pas difficile de puiser des passagesqui pourraient présenter quelque analogie , à l’aide d’interprétations plus ou moins exactes ; mais tous ont groupé ce qu’ils en ont dit avec différentes autres maladies, sous les noms de colliwies serosa , dolor capitis , soporosi affectas, conmlsiones , morbi convuhivi , etc. Avouons cependant, qu’un grand nombre d’observations très-bien détaillées retracent, de la manière la plus précise, les symptômes et la marche de l’Hydrocéphale aiguë : telles sont celles de Duverney jeune, publiées en 1704, dans les mémoires de l’Académie des Sciences; quelques-unes de J. L. Petit , publiées en 1718, dans la même collection; une de St. -Clair en 1732 , et une autre de Paisîey en 1733 * eil es appartiennent toutes à l’espèce subaiguë, plus lente , et par conséquent plus facile à reconnaître.
Sauvage seul a donné, sous le nom de Eclampsia ab Hydrocephalo , une description qui ne laisse aucun
sur i/hydrocephàlite. ig
doute sur la nature de la maladie qu’il a décrite; écoutons-le :
cc C’est une maladie très-fréquente , et qui enlève une grande partie des enfans ; elle est même particulière à certaines familles , et plut à Dieu qu’on pût les prévenir; car lorsqu’elle est une fois formée, elle est presque sans ressource.
(c Elle affecte les enfans de trois , de quatre et de cinq ans , qui sont infectés d’un virus scroplruleux , principalement ceux dont les parens ont été attaqués de la vérole, dont les glandes du mésentère se sont endurcies. Elle commence par Finapétence et un dégoût de toutes choses, même pour toutes sortes d’amusemens; ils sont mornes et plus entêtés qu’à Fordinaire; leur visage est pâle, leur pouls petit et languissant. L’une ou l’autre de leurs joues rougit par intervalles; l’asthénie survient, la tête chancelle, les forces languissent ; ensuite la bouche se tord tout-à-coup , et les yeux deviennent fixes et s’obscurcissent , ou bien une partie de la face et de la main souffre des convulsions ; l’entendement se perd ou s’affaiblit , et les malades meurent dans peu de j ours , a vec un pouls fréquent, faible et inégal. A l’ouverture de ces cadavres , on trouve une grande quantité de sérosité ramassée dans les ventricules du cerveau, et cela très-fréquemment. »
Pour le traitement, il recommande les toniques, les martiaux , la rhubarbe, la poudre de guttete , les boissons fortifiantes, comme le vin, de même que les cathartiques , qui n’affaiblissent pas les forces , donnés rarement , et les amers si l’âge en permet l’usage , et sur-tout la poudre de guttete souvent et long-temps continuée.
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Ainsi le célèbre nosologiste de Montpellier est. sans contredit, le premier qui ait assigné à l’Hydrocéphale aiguë la place isolée qu’elîe doit occuper dans une classification , et les caractères qui servent à la faire distinguer comme maladie essentielle. La multiplicité de ses divisions fut cause sans doute du peu d’impression que produisit ce qu’il avait écrit à ce sujet, et ce n’est qtden 1768 , que Robert VŸ hytt , en donnant sur cette matière un traité ei-professo , la signala à l’attention des médecins, qui s’empressèrent de toutes parts de confirmer , par de nouvelles observations , le travail du praticien d’Edimbourg, ou d’ajouter aux connaissances qu’il avait transmises. Mais, selon la remarque d’un auteur distingué, sa description est si complète , que Ludwig et Odier de Genève, sont presque les seuls qui y aient ajouté quelque chose. Les recherches se sont multipliées, et les opinions diverses et souvent contradictoires qui en ont été le fruit, bien loin de dissiper l’obscurité qui enveloppait encore ce point de pathologie , n’ont bien souvent servi qu’à le rendre plus obscur. Des faits nombreux et du plus grand intérêt, ont été recueillis par des hommes d’un mérite distingué , qui ont su les enrichir des réflexions les plus importantes. Fothergill , Watson , Ludwigs Bob soit , Perdrai , Gregori\ Whitering , Rush , Ç ]uine , M. Viens seux et tant d’autres se disputent le premier rang par la vérité et l’exactitude de leurs observations. Déjà elles ont fourni des matériaux précieux à plusieurs monographies , parmi lesquelles on peut citer avec éloge Celles des DD.rs Jonh Cheyne , Bricheteau , et Coindel de Genève.
Tous les pays ne me paraissentpas également avancés
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Süit i/HŸDROC^ PiîAtlTI* as
dans l’étude de l’Hydrocéphale aiguë. L’Angleterre doit occuper la première place; elle a été , pour ainsi dire , le berceau de la maladie , et elle semble devoir* en compléter un jour l’histoire : Genève doit venir en a.e ligne; après l’Angleterre, elle a fourni les meilleurs mémoires et les observations les plus précieuses : je placerai la France ensuite, puis l’ Allemagne , etc* Mais dans tous les pays , la maladie n’est pas aussi connue qu’on pourrait se l’imaginer : il est malheu-* reusement trop vrai que , non seulement dans les campagnes, mais encore dans les grandes villes , on trouve beaucoup de médecins > d’ailleurs instruits et estimables, qui n’en ont pas même la plus légère idée.
Les feuilles périodiques contiennent tous les jours de nouveaux détails; Une société savante, la Société de médecine de Bordeaux , a mis la question au concours pour i8i5 , et l’ouvrage de M. Coindet a été couronné* Tout semble faire présager que l’histoire de l'Hydrocéphale interne s’élève rapidement à un degré , sinon de perfection, au moins d avancement qu’elle ne pourra plus dépasser. Ne nous abusons pourtant point, tout ce qu’on possède est encore loin de satisfaire un esprit judicieux: que de recherches à faire , avant de pouvoir déterminer les complications et le mode de Complication de cette maladie ! avant d’avoir soulevé en entier le voile peut-être impénétrable de sa nature essentielle ! avant sur-tout qu’on ait trouvé un traitement qui la mette, en quelque sorte * à la disposition de l'homme de l’art ! Heureux celui que son talent observateur et des circonstances favorables appelleront à mettre la dernière main à ce grand œuvre! Son nom^
uni à celui de l’immortel Jenner , volera à la postérité la plus reculée, chargé des bénédictions de toutes les générations.