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CHAPITRE III

Étiologie de la peste. — Coup d'œil sur l'Égypte. — Théorie de Pariset. — L'Égypte n'est pas le seul barceau de la peste, — La Syrie, la Turquie, l'Arménie ont été des foyers de peste. — Conditions favorables au développement de la peste.

Si l'on consulte l'histoire de la peste, on voit que cette maladie a souvent succédé aux guerres, aux famines, aux misères de tous genres et que son apparition a toujours coïncidé avec des conditions très-appréciables d'insalubrité. On peut aussi tirer cette conclusion générale, que les ravages de la peste ont toujours été en raison inverse des progrès du bien-être, de l'hygiène et de la civilisation.

Ces remarques ont leur justification évidente dans l'histoire du monde entier. Il est surtout un pays qui en offre le développement frappant dans son présent et dans son passé. Je veux parler de l'Egypte, cette « création du Nil et des hommes, » qui nous apparaît aujour-

d'hui à travers le double mirage du désert et de l'histoire.

De tous les anciens peuples de la terre, il n'en est pas un, qui, si on le compare aux Égyptiens, se soit élevé au même degré de sagesse, de force, de lumière (1). Tout ce qui concerne cette contrée antique et mystérieuse lui emprunte un reflet de poésie. La civilisation égyptienne s'attachait surtout à la conservation et à la perfection de l'espèce humaine. Favorisée au suprême degré par tous les dons de la nature, par son soleil, par son air, par ses eaux, par la fertdité du sol et la pureté du ciel, l'Egypte n'eut point à combattre les inconvénients d'un climat rigoureux ou malsain. Elle n'eut donc à s'occuper que du bien-être de ses habitants, elle voulut régler avec sagesse leurs travaux et leur existence. Et, de ce côté encore , tout fut régi par une hygiène que ne désavoueraient pas les nations les plus éclairées. Elle régularisa la marche des eaux, elle en forma des réservoirs immenses, presque comparables à une mer intérieure. Je laisse de côté ces monuments gigantesques, ces pyramides, ces temples, ces obélisques, qui, de Thèbes à Memphis, c'est-à-dire sur une longueur de cent lieues, s'élevaient sur les deux rives du fleuve ; ces chaussées dont le travail surpassait même celui des pyramides. Grâce à un système de canaux admirablement conçu, l'eau du Nil trouvait partout un libre écoulement. Les habitations placées sur un terrain plus élevé que le

(1) Voyez, sur le développement scientifique de l'Egypte, Houdart Recherrlics sur In vie et In doctrine d'Hippocratc et sur l'état de la science avant lui, 1805.

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fleuve, la terre entièrement livrée à la culture, telles étaient les conditions qui devaient prévenir l'apparition de la peste.

Si l'on songe à toutes ces merveilles de la civilisation, on comprendra que, comme l'a dit Hérodote, rÉgypte ait été, pendant plusieurs siècles, une des contrées les plus salubres du monde. Cette civilisation subsista sous le règne des Pharaons, pendant l'occupation de l'Egypte par les Perses, sous la domination d'Alexandre et pendant une grande partie de la domination romaine. Mais combien, depuis, le tableau a changé !

Dans cette contrée prodigue de tous les biens de la nature, au milieu de cette terre couverte de richesses destinées, les unes à vêtir l'homme, les autres à le nourrir, l'homme est parvenu à être misérablement logé, misérablement vêtu , misérablement nourri. Sa cabane est construite avec de la boue, la charpente est composée d'ossements d'animaux ; elle est basse, obscure, humide ; rentrée en est étroite etl'onn'y pénètre qu'en rampant; contre cette première habitation viennent s'adosser une seconde, puis une troisième auprès de la seconde, de manière à former ainsi un groupe de tanières assez rapprochées, au milieu desquelles l'air ne peut circuler. Une de ces cabanes vient-elle à s'écrouler, l'Égyptien, selon la coutume des habitants de l'Orient, va en édifier une autre quelques pas plus loin, sans songer un instant à réparer celle qui vient de lui faire défaut. Dans ces misérables huttes, tous, hommes, femmes, enfants, couchent pêle-mêle, sur la terre humide, dont ils ne sont séparés que par une natte de jonc souvent pourri, n'ayant pour entourage qu'une

montagne d'ordures et de décombres. L'Égyptien ne change presque jamais son linge de corps, ses haillons lui couvrent imparfaitement la ceinture et les épaules. Il n'y a que l'Égyptien d'exception qui se nourrisse du pain de mais ou de blé et de viande saine ; le fellah (1) cultive le blé, mais avec la défense d'en user; il se nourrit de semences de coton, de résidu de graines de lin, de noyaux de dattes pilés et réduits en galette ; quand le maître lui donne de la viande, elle provient d'animaux malades ; il complète cette alimentation par du poisson pourri, des feuilles de mauve, de chardon, des pastèques et une espèce de vieux fromage fait avec de mauvais lait, conservé dans des pots où s'agitent des milliers de petits vers blancs ; comme boisson, de Feau saumàtre qui séjourne dans des mares.

Ajoutez à ces causes d'insalubrité privée : l'absence de toute hygiène publique qui se fait sentir dans toutes les cités orientales ; des amas d'immondices entourant les maisons et jusqu'aux mosquées; les cimetières placés au milieu des habitations, contenant des tombeaux toujours ouverts et exhalant continuellement une odeur cadavéreuse ; les rues étroites, irrégulières. Le canal qui traverse la ville du Caire, long réceptacle des immondices qu'y versent les égouts, est aussi la

(1) En Egypte, au-dessous de la domination de la Porte, végète une population dont les couches en quelque sorte superposées attestent les invasions qui ont passé sur ce pays: au degré inférieur, les Cophtes, reste misérable et dégradé de la race égyptienne primitive; puis viennent les premiers conquérants, les Arabes, dont les uns mènent encore, sous le nomde bédouins, la vie errante et pastorale des temps bibliques, et les autres cultivent la terre sous le nom de fellahs, ou possèdent la grande propriété sous le nom de cheiks ; enfin les Turcs, qui occupent presque toutes les places.

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source où l'indigent vient puiser sa boisson. Enfin, la pratique suivante a lieu dans un quartier du Caire, habité par les Gophtes, et placé au centre de la ville : au rez-de-chaussée des cabanes, que nous décrivions tout à l'heure, et au milieu desquelles ne circulent ni Tair ni la lumière, existe le caveau funéraire de la famille ; chaque fois qu'un membre vient à mourir, on soulève la dalle qui recouvre le caveau et on place le cadavre nouveau sur les anciens cadavres. Ces caveaux renferment de 80 à 90 corps, et la famille n'en est séparée que par un plancher. Il y a environ 300 maisons cophtes dans cette ville de 300,000 âmes.

Tous les détails de la misère du fellah nous ont été appris par la commission scientifique que le gouvernement français a envoyée en Egypte (Hamont, Pariset) (1846). Les savants qui, depuis, ont exploré ce pays ont confirmé ces renseignements; l'ouvrage de Godard sur l'Égypte et la Palestine (1867) nous montre que, malheureusement, rien n'a changé.

Eh bien, si l'on tient compte de cette marche rétrograde dans les mœurs et la civilisation de l'Egypte, si l'on se rappelle que la peste ne s'est montrée que depuis que l'Égypte est en proie à ces misères, on sera frappé de la relation qui existe entre ces deux ordres de faits. Pariset a pu s'écrier avec raison : « Dans ce long cours de prospérités inouïes, au milieu de ces multitudes infinies d'hommes de tous les pays, rassemblés^ pressés, dans le cœur d'Alexandrie devenue, depuis la destruction de Tyr, de Garthage et de Gorinthe, le rendez-vous de toutes les nations et le centre de toutes les richesses du globe, au milieu de tant d'Égyptiens, d'Éthiopiens, d'Arabes, de Troglodytes, de Juifs, de

Syriens, de Grecs, de Mèdes et de Parthes, quelle qu'ait été la nature de leurs trafics ou de leurs échanges, on ne surprend aucun vestige de peste. Après tant de communications et, pour ainsi dire, après tant de mélanges entre les hommes et les choses, jamais Grec, jamais Arabe n'emporta dans sa patrie un poison mortel; jamais on n'entendit parler de ces cruelles surprises dont fourmille l'histoire de nos derniers siècles, et cependant la superbe Alexandrie comptait 800,000 habitants. »

Oui, sur ce point, Pariset a raison: l'Egypte ancienne ne connaissait pas la peste ; le soleil et l'air n'ont pas changé, et cependant l'Egypte moderne a été jusque dans ces dernières années le domaine de la peste. Mais Pariset ne borne pas ici sa démonstration , il prétend faire de l'Égypte le domaine exclusif, la cause permanente de la peste; la maladie serait le résultat d'un secret maléfice, c'est-à-dire de l'empoisonnement par l'émanation de cadavres, cadavres d'animaux, et surtout cadavres humains.

Pour lui, l'Egypte, lors de sa civilisation florissante, était protégée contre la peste par l'embaumement. Je ne devrais pas dire l'embaumement, car Pariset, ayant élevé sa théorie à la hauteur d'une doctrine, ne parle pas seulement de l'embaumement, mais delà salaison. Pour lui, le mot embaumement est un mot de faste qui ferait prendre le change sur le véritable objet d'une telle institution.

Suivant Pariset, l'établissement de la salaison était pour la conservation de l'Elgypte une condition non moins essentielle que l'air, les eaux et la terre ellemême. Ce serait uniquement « à partir de l'époque où

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l'Égypte a connu la salaison, qu'elle a pu se former, se conserver, qu'elle a pu vivre avec cette pleine santé que lui voyait Hérodote. » Cet usage a subsisté sous les Lagides et même sous les Romains. Alexandrie avait sa nécropole, renfermant des momies faites avec autant de soin que celles de Thèbes et de Memphis. « Mais bientôt, dit Pariset, une nouvelle religion, la religion chrétienne, s'introduisit en Egypte et peupla ses déserts de solitaires fervents dont l'ardent prosélytisme proscrivait comme autant de sacrilèges tous les anciens usages. L'admirable police des sépultures fut abolie ; ce qu'un faux zèle faisait faire à Gonstantinople, à Rome, à Milan, dans toutes les métropoles des deux empires, on le fit en Egypte. Les cadavres des martyrs et des fidèles remplirent les maisons, les églises, les cimetières, comme on le fait encore aujourd'hui, et après un siècle ou un siècle et demi, cette nouvelle façon d'honorer les morts fit éclater la peste de Péluse, la plus effroyable épidémie que l'histoire ait signalée jusqu'ici. »

Il est inutile de réfuter longuement une opinion aujourd'hui complètement ruinée. Peut-être même ne serais-je point entré dans ces détails si la théorie de la salaison n'eût fait à une certaine époque beaucoup de bruit, et si Pariset ne feût soutenue avec une véritable éloquence. Mais les discours doivent tomber devant les faits. Il est démontré, aujourd'hui, que cette maladie s'est montrée en Lybie deux ou trois siècles avant le Christ ; donc l'Egypte n'est point le foyer exclusif de la peste, donc la peste existait alors que l'Egypte pratiquait encore l'embaumement. Enfin de nos jours l'épidémie de Renghazi (1858-59), développée loin de

l'Egypte, loin de tout fleuve, dans un pays aride, ne pouvant être rattachée à aucune épidémie antérieure, a achevé d'établir que l'Egypte n'est pas le berceau exclusif de la peste.

Ainsi, les travaux les plus récents montrent que la peste, qui présente certains côtés presque identiques au choléra et à la fièvre jaune, ne peut pas, au point de vue de l'étiologie, être soumise aux mêmes lois.

Le choléra nait sur les bords du Gange et du Brahma- Poutra ; la fièvre jaune a pour foyer le centre des deux Amériques ; ces maladies ont donc chacune leur berceau; il n'en est pas de même de la peste, l'Égypte n'en est pas le berceau unique. Elle en est un foyer important ; mais nous verrons qu'en Syrie, en Perse, à Gonstantinople, peut-être même sur les bords du Danube, la peste peut naître spontanément de certaines causes particulières et spéciales.

Les conditions d'insalubrité que nous avons signalées en Égypte se retrouvaient en Syrie, à Gonstantinople, et si l'administration sanitaire ottomane a introduit dans ces derniers temps quelques améliorations, on ne peut nier qu'il n'y eût encore au commencement de ce siècle, dans les villes, dans les villages, assez de causes d'insalubrité pour provoquer des épidémies de peste.

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Je pourrais multiplier les citations témoignant de l'état déplorable de l'hygiène dans tout l'Orient. Je me contenterai de parler du petit village de San- Dimitri qui a joué un rôle important dans l'épidémie redoutable de Gonstantinople en 1834. Le ruisseau qui sépare ce village grec de Péra est le réceptacle des immondices de San-Dimitri et des villages voisins. Au printemps, quand les eaux tarissent, les immondices charriées par le ruisseau finissent par s'amonceler au-dessous du village, elles se dessèchent et dégagent des miasmes délétères.

Il en est de même d'Erzeroum, grande ville de plus de 50,000 âmes, capitale de l'Arménie turque. La peste s'est montrée à différentes époques dans cette ville et dans les villages qui l'avoisinent. Située dans une presqu'île formée parles deux sources septentrionales del'Euphrate, Erzeroum est baignée d'un côté par une petite rivière marécageuse, qui déborde à l'époque de la fonte des neiges. Il y a là une série de villas^es et de maisons entassés l'un sur l'autre, comme dans tout l'Orient. Ces maisons sont si basses, si humides que Tournefort, dans son Voyage du Levant, les appelle « des renardières. » L'hiver, les habitants sont couchés péle-méle avec les bestiaux. Les animaux morts sont abandonnés dans les rues, où l'on dépose toute espèce d'ordures, et les bouchers y abattent leurs bestiaux. Le pays est très-froid; delafm d'octobre au commencement de mai, le thermomètre Réaumur y monte rarement au-dessus de zéro. Le combustible le plus employé dans ces tanières est de la bouse de vache qui, appHquée et séchée contre les maisons, sert ensuite à faire des espèces de mottes. Tournefort avait

déjà signalé l'horrible odeur qui s'échappe de ces terriers.

Ainsi, nous retrouvons en Syrie et dans l'empire ottoman tous les éléments que nous avons signalés en Egypte comme nécessaires à la production de la peste. Nous pourrions donc déduire de ces observations cette conséquence, que Gonstantinople, Alep, Jaffa peuvent devenir tout aussi bien qu'Alexandrie ou le Caire des foyers de peste ; mais cette question, qui autrefois a soulevé de nombreuses discussions, a perdu, par l'apparition spontanée de la peste à Benghazi, une grande partie de son intérêt. Du moment, en effet, où il a été démontré que la peste pouvait naître spontanément dans un point déterminé, sans avoir été précédée de l'ensemble des causes que l'on considérait comme absolument nécessaires à sa genèse, Fétiologie de la peste a fait un grand pas. Du moment où la peste s'est développée dernièrement à Benghazi, elle a pu naître, au commencement de ce siècle et dans les siècles précédents, à Gonstantinople, en Syrie, etc. Il faudrait pour juger la question des preuves historiques démontrant d'une manière irréfragable que la peste est née dans tel lieu déterminé et n'y a pu être importée.

Or, cette double démonstration est déjà difficile à établir lorsqu'il s'agit défaits contemporains. Aujourd'hui encore, un assez grand nombre de médecins discutent les cas d'importation du choléra, et cependant ces faits sont entourés de toutes les garanties possibles ; comment donc demander des documents indiscutables à des temps éloignés, temps dans lesquels l'observation était encore dans l'enfance? et comment

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ajouter foi à des récits le plus souvent contradictoires?

D'ailleurs, je le répète^ du moment où il est prouve que la peste n'a pas en Egypte son foyer exclusif, il importe peu qu'à telle époque plus ou moins reculée la peste ait pu naitre dans cinq, six ou sept localités déterminées.

Par la même considération, nous n'insisterons pas sur la question de la naissance spontanée de la peste en Europe. On s'est longtemps demandé, en effet, si les pestes qui ont désolé pendant le moyen âge la France, l'Italie et l'Allemagne avaient dans ces pays leurs foyers d'origine ou si elles étaient des épidémies pour ainsi dire de seconde main, venant de l'Orient. L'Europe était, à ce moment, dans des conditions d'hygiène presque aussi désastreuses que le sont aujourd'hui les villes d'Égypte et de Perse ; la misère y était aussi profonde ; il n'y a donc rien d'impossible à ce que les mêmes effets aient succédé aux mêmes causes. Ce ne sont point encore des arguments scientifiques qui doivent décider la question, c'est à l'histoire qu'il faut s'adresser, et ici encore l'histoire n'a pas plus d'autorité que dans le cas précédent.

Je ne m'arrêterai pas non plus à l'épidémie qui se montra sur les bords du Danube en 1828 ; l'armée russe, à ce moment, venant combattre les Turcs dans la Moldavie, la Valachie et la Bulgarie, fut atteinte d'une fièvre s'accompagnant de bubons aux aines et aux aisselles. Cette épidémie fut le sujet de discussions très-vives entre le docteur Witt, médecin en chef de cette armée, et le professeur Seidlitz, qui tous deux avaient observé cette maladie. M. Seidlitz la regardait comme la vraie peste, la peste orientale, im-

portée sur les bords du Danube, tandis que M. Witt, lui accordant les mêmes caractères spécifiques, dit cependant qu'elledoitétre distinguée de la peste orientale, parce qu'elle est née sur les bords du Danube, sans aucune importation. C'est toujours, comme on le voit, la même discussion ; les deux médecins reconnaissent très-bien dans la maladie les caractères de la peste, mais tous deux, étant convaincus que cette maladie ne peut apparaître sur les bords du Danube sans y être importée, sont obligés de forcer les faits et de dire : l'un, que la maladie a été importée, ce qui n'est pas prouvé ; l'autre, que ce n'est pas la peste, parce que l'importation ne lui est pas démontrée. Ces deux médecins se seraient évité les vives objurgations qu'ils se sont adressées, s'ils avaient su que les mauvaises conditions bygiéniques qui existaient sur les bords du Danube pouvaient y provoquer la peste, aussi bien que sur les bords du Nil et sur ceux de l'Euphrate.

Mais laissons de côté toutes ces questions litigieuses, et arrivons à préciser l'état actuel des choses dans l'empire ottoman. A l'époque de la création des médecins sanitaires en Orient, on croyait la peste endémique en Syrie et à Constantinople. La conséquence pratique de cette opinion était une quarantaine très-préjudiciable aux relations commerciales, frappant les provenances de ces contrées. Tel était l'état des choses, lorsque M. le docteur Fauvel arriva comme médecin sanitaire à Constantinople, en 1847. Son premier soin fut d'instituer une enquête propre à résoudre ce problème d'un si haut intérêt. Trois années entières furent employées à réunir les

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matériaux de cette enquête. Chaque province de l'empire ottoman fut étudiée par lui au point de vue des maladies qui y avaient été observées depuis la dernière épidémie de peste. Le résultat de l'enquête fut complètement négatif. La peste était entièrement éteinte sur tous les points de l'empire ottoman. Elle n'avait reparu nulle part depuis la cessation de la dernière épidémie de 1842 dans la province d'Erzeroum, en Asie.

Une enquête analogue faite en Egypte par Prus l'avait conduit à des résultats semblables. La peste avait cessé entièrement de se manifester en Égypte depuis 1844. Ces foyers ne doivent donc nous inspirer actuellement aucune crainte. La Perse ne nous offre pas, en ce moment, la même sécurité.

Dans ce pays, la peste a é.té à peu près inconnue jusqu'aux siècles derniers. Hirsch remarque que jusqu'au dix-septième siècle le nom de peste était même inconnu à Téhéran, Ispahan et jusque dans le Mazandéran. Le docteur Lachèze (1), dans une excursion qu'il a faite, de Trébizonde à Ispahan, en passant par Gymuchané, Erzeroum, Bayazid, Koy, Tebris , Kasbin, etc., a interrogé avec soin les notables du pays, les chefs de village, les mollahs, les médecins, les consuls. Il a déduit de leurs réponses que le rayon de la peste peut être circonscrit dans un espace partant de Trébizonde à Téhéran et de Téhéran à Alep. Jamais elle ne franchit une hgne qui, tirée de la mer Caspienne, irait au golfe Persique. Il a remarqué en outre que la peste succédait aux famines, aux disettes,

(1) Mémoire sur la peste en Perse, par le docteur Lachèze, médecin de l'ambassade de M. de Cercey. (Bull. ac. roy. de méd,^ Paris, 1837, tom. I, p. 349.)

qu elle revenait périodiquement, quelquefois tous les dix ans, quelquefois tous les quinze ans, tous les trente ans, tous les quarante ans, que celte fréquence variait suivant les contrées, et qu elle était plus grande vers la partie sud de la côte de Syrie.

Tholozan raconte que la peste (taoun) s'était montrée (( la dernière et la seule fois de mémoire d'homme » sous le règne de Feth-Ali-Schah, il y a une quarantaine d'années. Il a appris des Persans que, d'après la tradition, la peste apparaissait en Perse tous les quarante ans ou tous les soixante ans, et que dans ce dernier cas la peste était plus grave. Le cycle fatidique de quarante années vient d'être révolu et depuis deux ans la Perse est en proie à une sécheresse et à une disette excessives, semblables à celles qui ont précédé la dernière peste. Or, c'est à ce moment que vient d'apparaitre, au nord du pays des Kurdes, l'épidémie dont j'ai parlé dans le chapitre précédent. Cette épidémie est restée cantonnée pendant dix mois dans les limites étroites de quelques districts ; depuis elle s'est éteinte.

Devons-nous accepter cette prévision funeste, cette opinion fataliste, qui détermine l'époque forcée d'une épidémie, par cette seule raison que cette épidémie a paru quarante ans auparavant ? Ce raisonnement est contraire à toutes les lois de la science, et nous trouverons l'explication de ces faits dans des causes moins surnaturelles.

Si la peste a suivi en Perse une évolution absolument inverse de celle qu'elle a présentée dans les autres pays, cela tient à ce que la civilisation persane a subi une marche rétrograde. Le progrès n'est pas, en ce moment, la loi de l'humanité en Perse; chaque jour la

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pauvreté y est plus grande, et si le sol, le climat, l'élévation du plateau de l'Iran se sont opposés longtemps au développement de la peste, aujourd'hui cette résistance fléchit devant une misère toujours croissante.

La famine a fait en 1870 dans ce pays, surtout du côté du Khorassan et de Fars, des ravages affreux : « les ensevelisseurs ne suffisaient pas aux cadavres, qui restaient sans sépulture dans les rues et dans les bazars; les parents vendaient leurs enfants pour quelques crans (francs), afin de les soustraire à une mort inévitable et de se procurer à eux-mêmes le pain pour quelques jours (1). »

Nous pouvons maintenant déterminer la patrie de la peste. Cette maladie n'a pas un berceau unique, l'Egypte, comme on l'a cru longtemps. Elle a eu pour foyers principaux : l'Asie-Mineure et l'Égypte. En Europe, il est probable qu'elle a presque toujours été importée ; cette opinion n'est pas absolument certaine pour la période qui a précédé le dix-huitième siècle ; mais, depuis cette époque, l'importation n'est pas douteuse. La peste de Valachie (1828), qui a donné lieu aux discussions dont nous avons parlé, paraît avoir été communiquée aux troupes russes par les Turcs. Quant à la lutte qui existe entre la Turquie et l'Egypte, se rejetant l'une sur l'autre la production de la peste, la question ne peut être décidée qu'en accordant à toutes deux ce funeste pouvoir. Cependant l'histoire des épidémies nous apprend que, toutes

(1) D«' Castaldi, délégué sanitaire à Téhéran dugouvernement ottoman. La peste dans le Kurdistan persan, p. 34.

les fois que la peste sévissait à Gonstantinople^ elle existait en même temps en Syrie et en Egypte. La Perse et l'Arménie n'ont été éprouvées autrefois que par la peste importée. Depuis une vingtaine d'années, tous ces foyers se sont successivement éteints, et, sauf quelques épidémies partielles, on n'a plus entendu parler de la peste; l'une d'elles, l'épidémie de Benghazi, a totalement disparu. Il n*y a donc plus à se préoccuper que de l'épidémie qui s'est développée dernièrement dans le pays des Kurdes, et qui, bienqu'éteinte en ce moment, doit nous laisser quelque inquiétude, à cause de la misère qui règne en Perse (i).

Il y a longtemps déjà que l'influence de la disette avait été signalée. Au commencement du dix-huitième siècle, M. de Maillet, consul de France à Alexandrie, ayant résidé longtemps en Egypte, avait remarqué que la peste suivait ordinairement une élévation ou insuffisante ou exagérée du Nil. Dans une de ses dépêches, il déplore que le Nil n'ait pas atteint son niveau accoutumé : « Plaise au ciel que nous ne voyions pas des lièvres malignes éclater à la suite de la disette ! » Dans une seconde dépêche, il annonce que des fièvres d'un caractère dangereux sévissent en Egypte. Enfin, dans une troisième, il déclare que c'est la peste qui décime la population. La même remarque a été faite plus

, il) « En Perse on laisse se putréfier à l'endroil même où ils sont morts, les chevaux, les chiens, les chameaux qui crèvent au milieu des villes. A Téhéran même, on voit à chaque pas des charognes à moitié rongées par les chiens et par les vautours, et répandant une odeur infecte. Que dis-je? dans ce temps de choléra, de typhus et de famine, il n'est pas rare de rencontrer des cadavres humains que personne ne songe à enlever. Pour mon compte, j'en ai fait enterrer deux qui gisaient à quelques pas de mon habitation. » (D"" Casialdi, Joc. cit., p. 36.)

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In

tard par M. de Jonville, vice-consul à Alexandrie; il dit que le Nil ayant été mauvais {c est l'expression consacrée dans le pays), la récolte du safranum et d'autres denrées a manqué. Il manifeste la crainte de voir la peste suivre la disette. Cette appréhension est bientôt justifiée.

On trouve dans le Macrisie, livre arabe traduit par M. de Sacy, des tables indiquant la hauteur du Nil pendant une longue série d'années. M. de Ségur-Dupeyron ayant rapproché les mauvaises crues du Nil avec les apparitions de peste soit en Egypte, soit en Europe, trouva la confirmation des observations faites à Alexandrie par MM. de Maillet et de Jonville.

Ainsi donc nous pouvons dire, pour nous résumer, que la peste se développe au milieu de populations dégradées par une profonde misère physique et morale. C'est la condition essentielle qui engendre la peste; mais son développement peut être plus ou moins influencé par des circonstances accessoires qu'il nous reste maintenant à examiner.

Ces conditions sont om climatériques ou telluriqiies. Il est très-difficile de décider si les saisons exercent une influence sur le développement ou fextension de ces épidémies, et Hirsch (1) a eu presque raison

(1) Hirsch, loc. cit, g 113.

de dire, que cette étude ne conduisait qu'à des conclusions contradictoires. Toutefois , il y a, pour chaque pays, certains résultats qui ne manquent pas d'importance. En Perse, nous voyons les épidémies pestilentielles sévir presque exclusivement l'été. En Algérie, elles sont toujours plus rares et plus modérées dans la saison des grandes chaleurs et des froids intenses. En Égypte, les pestes graves commencent en novembre et décembre, tandis que les épidémies pestilentielles moins redoutables ne débutent qu'en janvier et février. Les unes et les autres s'éteignent vers la fm de juin, sauf de très-rares exceptions. La chaleur sèche de ce qu'on appelle en Égypte le second été ; le règne du vent du nord, qui s'établit ordinairement vers le 24 juin; enfin les premières rosées, qui commencent vers la fin du même mois, changent et les conditions de l'air et les aptitudes organiques, et la peste cesse.

Une modification dans la constitution habituelle des saisons exerce également une influence sur le développement de la peste. On écrivait de Salonique, le 9 juillet 1837, au docteur Delaporte : «La saison actuelle, qui devrait arrêter le mal, semble au contraire le favoriser. Il est vrai qu'au lieu des chaleurs habituelles des mois de juin et juillet, nous avons des pluies continuelles et une humidité inconcevable. »

Cette influence de Thumidité de Vair a été remarquée sur les pestes qui ont sévi à Constantinople, aussi bien que sur celles qui se sont montrées en Égypte. « La peste en Égypte, dit Pugnet, est toujours en raison de l'humidité de l'atmosphère. » Toutefois, cette cause n'est ni suffisante, ni nécessaire, et je

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citerai à l'appui de mon observation la peste de Benghazi.

La température, les vents ont la même action, et pourtant j'accepterai encore, comme Hirsch (1), que leur étude ne conduit souvent qu'à des conclusions opposées. Toutefois, là encore, il y a quelques résultats positifs : c'est du l"'' au 20 juillet, époque où le vent du nord, la tramontana, vient ordinairement à cesser, que les premiers cas de peste éclatent à Gonstantinople. La maladie se montre fréquemment alors dans un des villages situés sur les rives du Bosphore, et principalement sur la rive européenne, plus exposée que la rive asiatique au sirocco ou vent du sud. En Egypte, la peste atteint son maximum d'intensité pendant les mois de février, mars et avril, alors que les vents tiennent surtout des rumhs du midi. Elle commence au-dessous de 16 degrés Béaumur, tandis qu'à Gonstantinople elle semble exiger 25 ou 30 degrés. Volney avait fait déjà cette remarque lorsqu'il avait été en Orient.

Les orages ont, au point de vue du développement et de la propagation de la peste, une influence qui a été souvent notée, et qui est bien évidente dans le fait suivant cité par Pugnet (2) : « A quelques accidents assez légers et en petit nombre, avait succédé un calme parfait ; on goûtait généralement les douceurs d'une sécurité à laquelle invitaient chaque jour davantage et l'inaltérable pureté du ciel et les progrès marqués de la chaleur. Vaine confiance ! le 15 et le 16 germi-

(1) Hirsch, loc. cit. § 114.

(2) Mémoire sur les fièvres du Levant, p. 52.

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nal, l'atmosphère s'obscurcit et se charge, des nuages amoncelés sur nos tètes versent des torrents de pluie pendant les 17, 18, 19, et le 21 la contagion éclate. Ce fut un coup de foudre qui atteignit à la fois 11 personnes dans l'enceinte de la ville ; elles seules furent frappées. Aucun autre malade ne s'offrit à nous jusqu'au 26 ou 27 du même mois, où de nouvelles pluies déterminèrent de nouveaux accidents. Ceux-ci eurent des suites non équivoques, soit qu'ils eussent une plus grande force de reproduction, soit qu'ils trouvassent des sujets plus susceptibles de se prêter à leur action ; ils se propagèrent sensiblement et c'est à leur époque que parut véritablement commencer le règne de la maladie. »

Arrivons maintenant auxiniluences telluriqùes; nous retrouvons encore ici les mêmes résultats contradictoires au point de vue de l'élévation du sol. En effet, si les plateaux de la Perse ont joui d'une immunité bien connue, d'autres points aussi élevés, le Liban (3,000 pieds), les montagnes de l'Arménie, ont été ravagés par la peste. La constitution et le caractère géologique des terrains ont plus d'importance; tous les terrains, sans doute, ont été visités parla peste, mais il n'est pas douteux que certains états particuliers du sol, un état très-humide, par exemple, se prêtent bien davantage au développement et à la conservation de la peste. Nous croyons même que si l'on avait entrepris, pour cette maladie, des recherches semblables à celles qui ont été faites dans la même direction par Pettenkoffer pour le choléra, on serait arrivé à des résultats certainement curieux.

Cette influence de l'humidité du sol a été depuis long-

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temps observée en Égypte, et Gaetani Bey a remarqué que la peste ne se répand jamais au delà d'Assuan, en raison de la différence de situation, de chaleur, de sécheresse et de nature du sol, tandis que ce fléau s'insinue avec la plus grande facilité dans les localités où l'eau reste stagnante par suite de l'absence ou du mauvais entretien des canaux. C'est pourquoi Bassorah et Bagdad sont devenus dans ce siècle sujets à la peste, dont ils étaient autrefois exempts, lorsque ces deux villes étaient dirigées par une administration plus^prévoyante. La peste ne naît pas dans la Haute-Égypte, la Nubie, l'Abyssinie, elle ne remonte pas au delà de la première cataracte. La bonne qualité du sol, le facile écoulement des eaux, le petit nombre des habitants et les grands mouvements de l'air contrebalancent et annihilent tous les vices du régime suivi par les indigènes. Mais, je le répète, si l'humidité du sol, si le caractère géologique du terrain ont une influence non douteuse, cette influence n'estpoint absolue, puisque la peste peut se développer là où il n'y a pas de fleuve, là où le terrain est absolument sec; la ville de Benghazi était dans ces conditions et cependant la peste s'y est développée.

On a voulu différencier la peste sporadique de la peste épidémique, de la manière suivante : dans la peste sporadique, il y a rarement des bubons; dans la peste

épidémique, le bubon existe presque toujours. Mais cette distinction est absolument illusoire, du moment où les partisans de l'opposition acceptent que, dans la peste sporadique, il peut y avoir des bubons, et que dans la peste épidémique il n'y en a pas toujours.

On a été plus loin, et on a voulu établir la différence par le degré de la transmissibilité. La peste sporadique, a-t-on dit, n'est pas contagieuse, la peste épidémique est transmissible. Si cette distinction existait, elle aurait une valeur de premier ordre, et on voit de suite les conséquences qu'elle entraînerait au point de vue du régime quarantenaire. La peste sporadique ne devrait donner lieu à aucune mesure restrictive, dont l'emploi serait exclusivement réservé à la peste épidémique. Il faudrait alors que nos agents dans le Levant, consulaires ou autres^ fissent le diagnostic de deux maladies n'offrant aucun caractère clinique différentiel. Ce serait là un prétexte à tous les abus de pouvoir, une justification de l'inexécution des règlements. Mais il n'en est point ainsi, la peste sporadique ne peut être opposée à la peste épidémique, comme le choléra nostras au choléra asiatique. Il n'y a, comme je le répète, entre les deux pestes, qu'une différence de degré, chacune portant sur un plus ou moins grand nombre d'individus. C'est cette même différence qui existe dans le pouvoir transmissible. La contagion, en effet, est plus active^ plus puissante quand il y a beaucoup de malades que lorsqu'il y en a peu ; car, plus les cas sont nombreux, plus il y a nécessairement de germes répandus.

C'est cette multiplication des germes qui constitue l'épidémie, qui va former ce que l'on pourrait appeler

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la constitution pestilentielle, si l'on voulait détourner ce mot du sens qui lui a été accordé. La commission de la peste, en effet, et son savant rapporteur, ont prétendu qu'une constitution pestilentielle peut sévir dans des localités incapables de produire la peste, et sans qu'on puisse accuser les pestiférés d'autres localités d'y avoir importé la maladie. Or, quelque respect que nous inspirent les autorités que nous venons de citer, c'est là une prétention tout à fait inadmissible, et accepter dans ces termes une constitution pestilentielle, ce serait nier tout ce que nous avons dit sur la production des foyers de peste.

Il nous reste une dernière question tà examiner. La peste peut-elle naître spontanément dans un navire parti d'un port non infecté et n'ayant à bord, au moment du départ, rien de suspect, ni parmi les personnes embarquées, ni parmi les bardes, ni parmi les marchandises? Cette question a été posée pour la première fois par Prus, et elle est d'une solution extrêmement importante. On prétend avoir vu quelquefois à Alexandrie, en l'absence de toute épidémie, la peste éclater à bord d'un navire stationnant en rade et n'ayant eu aucune communication suspecte. De pareils faits semblent d'autant plus contestables, que leur récit même ne mentionne aucunes conditions de misère ou d'encombrement qui eussent pu favoriser le développement de la peste. Il faudrait, en outre, que toutes les enquêtes faites fussent absolument rigoureuses ; il est loin d'en être ainsi. Il serait enfin nécessaire que les exemples cités fussent entourés de garanties indispensables ; or, aucune de ces conditions n'est remplie dans les trois

faits suivants, les seuls qui aient été publiés en faveur de cette opinion :

M. le docteur Botzaris, médecin de Méhémet-Ali, a dit avoir vu la peste naître à bord, sur un navire à voiles dans la mer Rouge, et dans des conditions où la peste ne pouvait être attribuée à aucune communication suspecte, ni de la part des hommes à bord, ni de la part du navire, ni de son contenu en hardes et en marchandises .

M. le docteur Brayer, rapporte le deuxième fait :

Un navire franc part d'un port de la Méditerranée où les lois sanitaires sont en vigueur. Son bulletin de santé est parfaitement en règle. Il n'a pendant la traversée communiqué avec aucun bâtiment suspect; cependant, à quelque distance des Dardanelles, un homme de l'équipage tombe malade. Le navire, favorisé par le sirocco, franchit rapidement le détroit et arrive à Gonstantinople,où il y avait très-peu de peste. La maladie est prise d'abord pour une fièvre bilieuse, ensuite pour une fièvre putride adynamique. Les symptômes sont si graves, que le médecin consulté pense à la peste; mais le navire vient d'Europe! Enfin, un bubon est constaté, et le malade ; transporté de suite à l'hôpital des pestiférés de sa nation, meurt après 24 heures.

Le troisième fait est dû à M. le docteur Laidlaw :

« Jai trouvé, dit-il, dans le portd'Alexandrie, à bord d'an navire anglais, un matelot qui arrivait d'Angleterre atteint de la peste. La maladie n'existait pas en ville, il éiait absolument impossible qu'il l'eût prise par contact (1). »

(1) Prus, loc. cit., 662.

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