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d'une patente brute ; sa cargaison et les conditions de la traversée sont suspectes. Quelles sont les mesures à appliquer? La première indication est de retenir le navire à l'écart ; l'isolement rigoureux doit être prescrit et l'entrée du port absolument interdite. C'est Là, dans cet isolement, qu'il faut procéder aux opérations réglementaires de la reconnaissance et de l'arraisonnement. La seconde indication consiste à procéder au déchargement du navire suivant les règles que nous allons formuler (1).
On doit commencer par faire descendre les passagers. Il faut les soustraire à l'action du foyer dont on suppose l'existence à bord et qui va être mis ci découvert. Les hommes débarqués sont mis en observation. Il serait bon de leur prescrire un bain, du linge blanc, des effets propres, ensemble de soins que les Italiens ont décoré du nom de spocflio.
Ces précautions prises, les panneaux doivent être enlevés , les écoutilles ouvertes. Généralement, l'intérieur du navire, plein, bondé, se prête mal à l'entrée de l'air; on la facilite en extrayant les premiers plans des marchandises et en les attirant sur le pont. On me( ainsi à découvert les parties les plus hautes des parois du navire. Puis on projette une solution de chlorure de chaux au T contre les points devenus accessibles des parois du navire. Pour obtenir ce résultat, on peut se servir d'une pompe cà main ou même d'un simple balai. Tout en adhérant dans une certaine mesure aux
(1) Voir l'instruction réiA'lemcntairc sur les mesures sanitaires auxquelles doivent cire soumis les navires arrivant de la Havane ou de tout autre point, atteints ou suspects de fièvre jaune. {Môlicr, n» 19, p. 185.)
murailles du navire, la solution suit leur pente plus ou moins inclinée, et, coulant entre les murailles et la marchandise, elle descend dans la cale. On fait verser en même temps de la solution chlorurée dans les corps de pompe. On voit ce qui arrive : pénétrant jusque dans les profondeurs du navire, la solution ne tarde pas à y former un certain amas. L'archipompe en est remplie , ainsi que les espèces de rigoles latérales appelées anguilliers , qui, comme deux espèces de caniveaux, sont à droite et à gauche de la quille, de là, elle se répand plus ou moins dans le remplissage, ordinairement formé de fagots ou menu bois, qu'on appelle le fardage et sur lequel reposent les premières couches de marchandises. Elle s'y mêle aux eaux qui croupissent toujours, en plus ou moins grande quantité, dans la sentine et ses dépendances, véritable égout du navire.
Agitée par le mouvement qu'éprouve toujours plus ou moins un navire à l'ancre, cette solution modifie, corrige et désinfecte la cale et tout ce qui s'y trouve.
De Tamas qu'elle y forme s'élèvent, surtout s'il règne une température quelque peu élevée, des vapeurs chloriques qui, se faisant jour au travers de la marchandise, l'enveloppent et la pénètrent plus ou moins ; la solution avait opéré un chlorurage descendant, ces vapeurs, en s'élevant, forment un chlorurage ascendant, et les marchandises se trouvent ainsi assainies avant d'avoir été touchées, en même temps que le principe de la fièvre jaune se trouve détruit. En continuant ainsi tant que dure le déchargement, c'est-à-dire en ayant soin de mouiller et de fouetter de lait chlorique les parois du navire au fur et à mesure que par l'enlèvement des marchandises elles sont mises à découvert,
on parvient sans inconvénient et sans danger à opérer le déchargement (1).
Toutefois une question se présente au point de vue du déchargement. Il s'agit de savoir si les manœuvres qu'on y emploie et qui sont exposés sans défense aux émanations infectieuses dès l'ouverture des écoutilles et pendant l'enlèvement du premier plan des marchandises, c'est-à-dire avant l'emploi des désinfectants, ne peuvent pas être préservés des atteintes de ces émanations.
Dans nos colonies, on ne fait opérer autant que possible les désarrimages et les déchargements que par des indigènes et par des Européens dits acclimatés. Pour cela on s'appuie sur ce fait d'observation, que la fièvre jaune n'atteint qu'une fois le même individu et respecte ceux qui sont nés ou qui vivent depuis longtemps dans ces foyers endémiques. Ne pourrait-on pas obtenir des conditions d'immunité à peu de chose près semblables, en instituant, dans les ports en relation habituelle avec les pays dits cà fièvre jaune, un corps de déchargeurs spécialement affectés au déchargement sanitaire pendant les périodes épidémiques, et soumis pendant et après les opérations au régime des personnes suspectes?
On n aurait plus à redouter pour ces hommes les dangers qui se renouvellent pour les hommes neufs à chaque déchargement. Il y a dans cette mesure, proposée par Dulrouleau et basée sur un des points les mieux établis
(1) Ainsi ont t;té traités tous les navires venus de la Ilovanc au moment de l'épidémie de Saint-Nazaire. La plupart avaient eu des malades et des morts pendant la traversée. Voir, pour plus de détails, le rapport de M. le docteur Gestiu sur les mesures prises à l'ég'ard des arrivages.
de rhistoire de la fièvre jaune^ une chance de sécurité de plus. D ailleurs, on pourrait recruter le personnel de ces hommes dans nos colonies.
Mais, le déchargement opéré, il reste à s'occuper des marchandises. On a apporté longtemps à cet égard une sévérité et une rigueur qui nous semblent avoir été excessives,cariî parait probable que, lorsque les marchandises sont mises hors des cales, les germes ou principes quelconques des maladies sont promptement dissipés, peut-être même détruits. Cependant le début de l'épidémie de Lisbonne doit rendre à cet égard trés-réservé.
Les règlements nouveaux prescrivent l'application des mesures de désinfection pour les marchandises insalubres, soit par elles-mêmes, ou par les altérations qu'elles auraient éprouvées.
De ce nombre et au premier rang sont les cuirs et les peaux, les crins et les poils, les chiffons et enfin les drilles, autre espèce de chifTons, formés de vieilles étoffes, de rognures de drap, de débris de feutre, etc. C'est pour ces espèces de marchandises et surtout pour les deux dernières qu'il ne suffit pas de les étendre à l'air : il faut les immerger dans la mer, les chlorurer ou quelquefois même les brûler. Les laines d'origine suspecte doivent être aussi l'objet de précautions sévères.
Quant au sucre, il faut le déposer sur des allèges découvertes : une simple exposition a l'air devra suffire; l'aspersion qui a été pratiquée à Saint-Nazaire serait presque toujours superflue. Quant aux marchandises arrivées en bon état, l'admission peut être faite sans inconvénient après la simple exposition à l'air.
Au déchargement, tel que nous l'avons décrit, doit succéder l'assainissement. Pour les navires infectés, il consistera dans un nettoyage complet, un grattage à vif, des lavages à l'eau chlorurée, puis, en un et quelquefois plusieurs blanchiments au moyen d'un lait de chaux chloruré. Dans quelques cas exceptionnels, on devra y joindre des fumigations au chlore, suivant le procédé de Guyton de Morveau. Gela fait, on s'appliquera à assécher la cale par les moyens ordinaires, courants d'air, manches à vent, etc.
Tous ces procédés doivent avoir une application plus ou moins rigoureuse selon l'état du navire, ils sont surtout urgents à l'égard des bâtiments marchands proprement dits.
C'est surtout dans ces bâtiments qu'il faut avoir soin de faire enlever les paracloses, pièces mobiles de tout point comparables aux plaques qui recouvrent les ruisseaux des allées et portes cochères et qui en font l'office. Toutes les parties de la sentine où croupissent toujours des eaux noires et fétides doivent être grattées, lavées et asséchées, et on doit s'assurer, par des injections faites dans les mailles, si elles sont libres et propres, et l'on ne cesse d'y faire passer de Teau que lorsqu'elle en sort limpide et sans odeur. Il est évident que ces précautions seront rarement nécessaires pour les navires à vapeur , les grands paquebots et les navires de guerre qui, presque tous en fer, tiennent habituellement leurs cales ouvertes et aérées.
Il ressort de cet exposé que la quarantaine ne se borne pas aux mesures de séquestration et d'isolement, mais doit comprendre aussi les moyens de purification que nous avons décrits sous le nom de déchargement
sanitaire et d'assainissement. C'est à tort que les adversaires des mesures restrictives adressent ce reproche aux partisans des quarantaines : « Vous isolez, vous séquestrez, mais vous ne purifiez pas ! » Nous avons, à plusieurs reprises, fait justice de ces critiques ; elles eussent pu être applicables aux quarantaines du moyen âge. Les mesures restrictives sont aujourd'hui appuyées sur des bases scientifiques ; si l'isolement y est rigoureusement prescrit, la désinfection en est une condition également absolue.
Métier, qui à la conférence de 1852 n'avait pas défendu les mesures quarantenairos, y a été converti par les événements de Saint-Nazaire. C'est alors qu'il a prescrit avec une très-grande netteté les mesures à suivre dont nous avons précédemment donné l'exposé. Toutefois, s'il a eu le mérite d'avoir régularisé la méthode, on ne peut dire qu'il en ait été le créateur. Le désarrimage des navires de guerre ne diffère pas, au fond, du déchargement sanitaire, et depuis longtemps, d'ailleurs, le General Boiird of health avait insisté sur l'importance des mesures d'hygiène.
Ainsi donc: l"* Fisolement sérieux et suffisamment prolongé ; 2° l'emploi raisonné des procédés de désinfection, tels sont les moyens qui constituent une garantie sérieuse. Nous n'avons plus à recourir aux mesures extrêmes employées à une autre époque.
On coulait les navires, on les incendiait: l'immersion fut pratiquée sur une grande échelle dans la grande épidémie de Barcelone, et le Donostiara fut incendié dans l'épidémie du port du Passage. Le récit suivant montre combien ces rigueurs semblaient naturelles alors : « Le capitaine Fohn, qui a eu 6 malades et 2 morts,
fit naufrage le 5 et son navire fut brûlé le 6, » dit-on dans les récits du temps.
On a également proposé le flambage au gaz, mais ce moyen ne paraît pas avoir donné tout le résultat qu'on en attendait.
Le sahordement, qui a été employé par Métier sur V Anne-Marie, ne doit pas non plus figurer dans les mesures sanitaires qui seront instituées à favenir, et Métier paraît s'y être déterminé bien plus par des causes d'ordre moral que par une absolue nécessité.
D'ailleurs, le déchargement sanitaire et l'assainissement, judicieusement appliqués, seront presque toujours suffisants. Nous avons déjà vu que le résultat obtenu par ces derniers moyens a été excellent pour tous les navires autres que V Anne -Marie arrivés à Saint-Nazaire. Dutrouleau cite un autre cas où ils ont été également couronnés de succès. La frégate-hôpital V Amazone, arrivée à Toulon en octobre 1862, après avoir eù au Mexique 175 hommes atteints de fièvre jaune, a été évacuée et désarmée, puis désinfectée. Peu de temps après, elle a pu prendre un chargement de 500 forçats pour Cayenne, et ramener les passagers en France sans éprouver le plus léger accident.
Nous avons formulé les traitements applicables au navire ; examinons maintenant les mesures qui doivent concerner les passagers.
Le fait bien constaté de la situation des fovers naturels de la fièvre jaune dans le voisinage de la mer a fait naître le précepte de ne choisir les lieux de préservation, sous la zone torride, que le plus loin possible des bords de la mer, en distance ou en altitude. Ces règles sont évidemment moins rigoureuses dans nos
climats; cependant il serait imprudent de trop s'en écarter. Nous avons à proximité des ports de France, des iles ou des côtes élevées qui seraient des points de lazaret parfaitement choisis. Déjà, après l'épidémie de Saint-Nazaire, le gouvernement a décidé la création d'un lazaret dans le voisinage de ce port. C'est là que, si une nouvelle épidémie se présentait, les passagers pourraient subir leur quarantaine. Mais on peut être pris au dépourvu, comme Ta été Mélier.
Dans ces cas, deux moyens peuvent être employés: les tentes ou les baraques et les lazarets flottants. Les premiers ne sont pas applicables aux ports du nord lorsqu'il s'agit de fièvre jaune. Aussi Mélier les a-t-il repoussés et a-t-il eu recours au lazaret flottant. On lui envoya de Lorient un brick et une frégate. Le brick, à l'état de ponton, était destiné à l'observation. La frégate, installée en hôpital, était destinée à recevons les malades. Enfin, un petit stationnaire à vapeur devait assurer dans toute la Loire une police efficace.
Ce lazaret flottant est précieux à titre de ressource immédiate ; mais l'atmosphère du navire a un rôle pernicieux sur la propagation de la fièvre jaune, et il y aurait péril à constituer le bateau en hôpital définitif.