DUREE DE L'INCUBATION DU CHOLÉRA
En 1848, un navire chargé d'émig-rants partit du Havre le 9 novembre, le choléra ne se manifesta à bord que le seizième jour de la traversée. Quand ces émigrants, au nombre do 346, Allemands i)Our la plupart, s'embarquèrent, le choléra ne régnait pas encore au Havre, mais plusieurs de ces individus arrivaient d'Allemagne, ou la maladie existait; il y eut parmi eux n attaques et 1 morts. Il est a noter qu'ils transmirent le choléra à 13 personnes de l'île Staten, ou se trouvait placée la quarantaine.
A la môme époque (3 novembre 1848), sur un autre navire, Swanton, également parti du Havre avec 280 émigrants pour la Nouvelle-Orléans, le choléra n'éclata à bord que le 25 novembre, c'est-à-dire le 23*= jour de la traversée, et y occasionna 13 morts. Un certain nombre de ces émigrants venaient, comme ceux de l'autre navire, de points de l'Allemagne ou régnait le choléra (1).
Les derniers faits se rapportent à l'épidémie de Gibraltar:
Le 21 août 1865, alors que le choléra régnait clans la ville, une partie du 1*^*' bataillon du 9*^ régiment, qui s'était jusquelà maintenu en bonne santé, reçut l'ordre de partir pour le Cap et fut embarqué sur le Honown, grand bâtiment neuf, bien aéré. Le lendemain, 22 août, un cas de choléra rapidement mortel eut lieu à bord. Le navire fut remorqué dans le courant, et comme aucun autre cas ne s'y était déclaré, il prit la mer au bout de 30 heures. Tout alla bien jusqu'au 5 septembre, mais à ce moment, après 13 jours de mer, le choléra éclata à bord et, dans l'espace de 14 jours, enleva 9 hommes, 1 femme, plusieurs enfants, ainsi que le chirurgien du navire(2).
Une telle durée d'incubation, contraire à la grande majorité des faits, ne saurait être acceptée ; les observations que nous venons de relater sont susceptibles de deux interprétations : ou bien, les passagers avaient avec eux des bardes souillées de matières cholériques,
(1) Baly, Report on choiera, 1854.
(2) Confér. de Consiantinople. Rapport extrait d'une communication officielle de M. Rutherford, inspecteur cénéral do l'armée à Gibraltai^
placées dans un air confiné, pouvant par conséquent transmettre le choléra ; ou bien encore, quelques-uns des individus embarqués étaient atteints, dès leur départ, de la diarrhée dite prémonitoire, diarrhée qui, méconnue au début, aura transmis plus tard le choléra.
Mais il est une dernière question qui a, pour la durée de la contumace, une importance presque égale à celle de la durée de l'incubation : pendant combien de temps un individu atteint de diarrhée cholérique conserve-t-il le pouvoir de transmettre le choléra?
Cette question, très-discutée à la conférence, est d'autant plus difficile à résoudre que la diarrhée cholérique se sépare peu cliniquement de la diarrhée commune. Toutefois, on a considéré que la diarrhée dite prémonitoire ne dure guère généralement plus de trois jours, et que lorsqu'elle dépasse cette limite, il est bien rare qu'elle se prolonge au delà d'une semaine; que par conséquent, findividu isolé de toute cause de contamination, et dont la diarrhée se serait prolongée plus de huit jours après son isolement, sans avoir présenté aucun signe caractéristique de choléra confirmé, pouvait être tenu comme non cholérique.
Mais cette opinion générale n'a pas été unanime: parmi les opposants s'est trouvé M. Mùhlig ; et l'on sait que Griesinger admet pour la durée d'incubation une période beaucoup plus longue.