LAZARETS
à vivre en plein air, sont protégées par des lazarels improvisés sous des tentes ou des baraques absolument isolées. Ces lazarets très-peu dispendieux peuvent être presque immédiatement agrandis, conditions très-précieuses près des lieux de pèlerinage qui voient s'accumuler tout à coup des hordes d'individus. Dans l'épidémie de 1865, ils ont rendu de réels services. A mon passage à Tiflis^ le général Tchiliaeff, inspecteur général des quaranl aines, m'a dit avoir obtenu de ces lazarets temporaires des effets utiles, et il comptait avoir recours à ce système si de nouvelles épidémies venaient menacer la Russie du côté de la Caspienne.
Toutefois, la construction en pierre aura toujours une supériorité incontestable; mais elle exige impérieusement certaines conditions : l'isolement doit être radical entre les quarantenaires et les cholériques; les quarantenaires auront un hôpital distinct (séparé d'au moins 200 mètres) ; un médecin distinct ; des débarcadères, des buanderies distincts. Je n'insiste pas davantage sur ces détails de construction, exposés dans le savant rapport du docteur Bartoletti « sur les mesures quarantenaires applicables aux provenances cholériques. »
L'écoulement des eaux, des conduits d'eau, la desinfection incessante des matières, doivent être l'objet d'une sérieuse préoccupation. Les fosses mobiles seront préférées aux latrines fixes; des magasins seront installés pour les marchandises, qui seront séparées, suivant qu'elles sont susceptibles ou non susceptibles.
Enfin, une force armée, placée à une distance suffisante, fera observer les règlements en vigueur.
Le plan que nous venons d'exposer convient aux la-
zarets dans lesquels doit être subie la quarantaine de rigueur, c'est-à-dire ceux où doivent se rendre les navires en patente brute de choléra; mais ces lazarets ne sont pas les seuls nécessaires , ils sont trop dispendieux pour être établis en assez grandnombre.il faut donc maintenir les lazarets dits d'observation. Ces lazarets d'observation sont spécialement affectés àla contumace de certaines provenances qui, bien qu'en patente nette, paraissent suspectes à l'autorité sanitaire, soit par rapport au lieu de départ qui n'offrirait pas toutes les garanties de sécurité désirable, soit en raison de circonstances spéciales au navire, soit, entin, par suite de communications sur mer ou de relâche intermédiaire de nature douleuse. Cette sorte de lazaret peut être établie sans inconvénient dans les ports où existe une navigation considérable. Ils causent beaucoup moins de troubles que le lazaret de ricfiieur. Enfin des posles placés de distance en distance doivent avoir pour mission spéciale d'assurer l'observation du règlement, en contrôlant les arrivages de toute nature et en vérifiant les patentes.
On donne le nom de lazarets flottants à des pontons ou gros navires qui, convenablement aménagés^ peuvent servir de lieu de quarantaine. Ce moyen n'est habituellement employé qu'en cas d'urgence, et à défaut d'autre local quarantenaire. On s'en est servi k New-York avec succès pour sé(|uestrer, dés le début, les passagers des arrivages cholériques, VAthinta^ Vlnglnnd et le Virginia.
Le lazaret international recrute son personnel administratif parmi les gouvernements qui prennent part à sa fondation et à son entretien. Un lazaret interna-
QUARANTAINES o9
tional serait placé avec utilité à l'entrée de la mer Rouge, prévenant ainsi les dangers du pèlerinage de la Mecque.
La coopération de l'Europe entière ferait d'un semblable lazaret un lazaret modèle, en rendant exécutoires toutes les prescriptions sanitaires. On aurait une centralisation énergique et une unité de décision impossibles à obtenir des peuples d'Orient. Mais la généralisation des lazarets internationaux rencontrerait des obstacles politiques forcés. Il est toutefois un système intermédiaire très-pratique : ce serait un lazaret situé dans une position favorable à la navigation, administré par le gouvernement local, sans aucune ingérence étrangère ; dans ce lazaret, seraient admis à faire quarantaine les navires de deux ou plusieurs nations, en vertu d'une convention spéciale et moyennant payement d'un droit établi d'un commun accord entre les parties contractantes. Ce système est déjà en vigueur dans la Baltique, entre les États riverains.
La Suède possède l'établissement de Kanzoé, îlot situé dans le Gattégat, sur la côte occidentale de la Suède. L'administration suédoise seule en fait les frais; elle est indemnisée par le droit qu'elle prélève sur les navires russes, mecklembourgeois, danois et prussiens.
Quarantaines. — On donne le nom de quarantaine au séjour forcé des voyageurs arrivant d'un pays où règne une maladie contagieuse dans le lazaret ou à bord des vaisseaux, avant de communiquer avec les habitants du pays ou du port où ils veulent entrer. Malgré ce nom de quarantaine, la durée de ce séjour n'atteint jamais ou presque jamais 40 jours.
Les quarantaines se distinguent en quarantaine dù
HYGIÈÎNE INTERNATIONALE
rigueur et quarantaine d'observation (1). Dans les deux cas il y a séquestration ; mais, dans la quarantaine de rigueur, il y a en outre désinfection.
La quarantaine d'observation est d'une efficacité moins certaine, mais elle n'entraîne que la perte de temps. La quarantaine de rigueur offre plus de garanties, mais elle implique des troubles considérables.
La quarantaine d'observation consiste à tenir à l'écart et à faire surveiller un navire, son équipage et ses passagers pendant un nombre de jours limité, à partir du moment où des gardes de santé sont placés à bord ; le temps d'observation peut être prolongé par l'autorité sanitaire. Cette quarantaine n'entraîne le déchargement des marchandises que s'il s'agit de sub-
(1) D'après l'article 50 de la conférence sanitaire, promulgué par décret du 27 mai 1853, la quarantaine se distingue en quarantaine d'observation et en quarantaine de rigueur.
Art. 51. « La quarantaine d'observation datera, pour les navires et tout ce qui se trouve à bord, de l'instant où un garde de santé aura été mis à bord et où les mesures d'aérification et de purification auront commencé. La quarantaine de rigueur datera, pour le bâtiment, les personnes et les choses à bord, du moment où les marchandises assujetties au débarquement auront été enlevées :
« Pour les marchandises débarquées au lazaret, ou dans un lieu réservé, du commencement des purifications; pour les personnes débarquées, du moment de leur entrée au lazaret.
« Une quarantaine connnencée à bord pourra toujours être continuée au lazaret. »
Art. 52. « La quarantaine d'observation se bornera à tenir en observation, pendant un temps déterminé, le bâtiment, l'équipage et les passagers, et elle n'entraînera pas le déchargement des marchandises au lazaret. ...»
Art. 53. « La quarantaine de rigueur ajoutera à la quarantaine d'observation les mesures de purification et de désinfection spéciales qui seront jugées nécessaires par l'autorité sanitaire.
« Elle entraînera, en outre, dans les cas spécifiés par le présent règlement, le débarquement au lazaret des marchandises de la première classe, et, selon les circonstances et les règlements locaux, celui des marchandises de la deuxième classe. »
QUAKAN TAIN lis 61
stances altérées et corrompues; elle n'exige pas la désinfection, mais commande seulement des mesures d'hygiène.
Elle doit être prescrite aux navires suspects, bien que munis d'une patente nette, dans deux cas :
1° S'il y a soupçon sur le point de départ ;
2° Si l'état sanitaire du bord n'est pas satisfaisant.
Les passagers peuvent être débarqués ou rester à bord.
La quarantaine de rigueur consiste dans la séquestration et l'isolement, tant des navires que des personnes, pour un temps déterminé, avec désinfection de tout ce qui est susceptible de recéler les germes morbifîques.
Elle est applicable d'une manière générale aux navires avec patente brute ou lorsqu'il y a eu des malades à bord. Il est procédé à la désinfection des navires de la façon suivante :
Le navire est d'abord déchargé, puis, ce navire étant ancré dans un lieu isolé, la sentine est vidée, la désinfection a lieu par des fumigations de chlore, les écoutilles sont ouvertes, des manches et des ventilateurs sont établis pour bien aérer les parties intérieures du navire. On lave à grande eau ; la peinture à l'huile complète la désinfection.
Les linges, bardes, effets à usage sont débarqués, plongés dans de Feau chargée de chlorure de chaux , puis envoyés à la buanderie et enfin séchés au grand air. Les effets d'habillement sont également exposés
HYGIÈNE INTEHNATIONALE
au grand airpeiidant la quarantaine; quelquefois même on est forcé de les brûler (1).
Les drilles, chiffons, peaux et vêtements confectionnés doivent être, suivant les circonstances, soumis à des traitements chlorurés ou au lavage. Les autres marchandises sont simplement exposées à Fair; quant aux animaux vivants ils peuvent être Tobjet de séquestration.
Pour la conférence de Gonstanlinople, ce qui doit déterminer le choix de la quarantaine de rigueur, ou de la quarantaine d'observation (dans le cas de choléra), c'est la nature de la patente.
Pour M. Fauvel, ce choix dépend des conditions sa-
(1) Extrait de la conférence sanitaire internationale, promulguée par décret du 27 mai 1853.
Art, 62. <c Les marchandises seront rangées à l'avenir en trois classes :
u Composeront la première, et seront soumis à ce titre à une quarantaine obligatoire, sauf purifications, à savoir :
« Les bardes et effets à usage, les drilles et chiffons, les cuirs et peaux, les plumes, crins et débris d'animaux en général; enfin, la laine et les matières de soie.
« Seront compris dans la deuxième, et assujettis à une quarantaine facultative, savoir : le coton, le lin et le chanvre.
« Composeront la troisième, et seront à ce titre exempts des mesures quavantenaires, savoir :
« Toutes les marchandises et objets quelconques qui ne rentrent pas dans les deux premières classes. »
Art. 63. « En patente brute de peste, les marchandises de la première classe seront toujours débarquées au lazaret et soumises aux purifications.
« Les marchandises de la deuxième classe pourront être livrées immédiatement à la libre pratique, ou débarquées au lazaret, pour être purifiées suivant le=; circonstances et les règlements saiiitaircs particuliers de chacun des pays contractants.
« Les marchandises de la troisième classe, étant déclarées libres, pourront toujours être livrées immédiatement au commerce, sous la surveillance de l'autorité sanitaire. »
i'ATEiMES DE SANTÉ 63
nitaircs du naviro ; il no prescrit la quarantaine de rigueur qu'aux navires, quelle que soit leur patente do santé, qui ont eu des accidents cholériques à îûord, ou dont la cargaison est de nature compromettante, ou enfin, dont les conditions hygiéniques sont jugées dangereuses.
Ce système répond à des nécessités impérieuses de service; la conférence y est revenue elle-même plus tard .
Je ne dis rien ici delà durée de la quarantaine. Elle varie dans la peste, la fièvre jaune et le choléra ; elle est basée sur la durée de l'incubation de ces maladies. Nous fixerons la limite de la quarantaine en traitant des mesures sanitaires particulières, applicables à chacune de ces trois maladies.
Abordons maintenant la question de la patente de santé et de Farraisonnement.
Patentes de sanlé. — La patente est le passe-port du navire; elle constate l'état sanitaire des lieux de départ et des points de rehàche. Les autorités sanitaires inscrivent sur la patente les phénomènes morbides sujets à contumace qui se sont montrés pendant la traversée.
La patente brute est délivrée dans un port où règne le choléra, la peste ou la fièvre jaune.
La patente nette est délivrée dans un port où il n'existe aucune de ces trois maladies transmissibles.
On avait aussi admis une patente suspecte qui, comme son nom l'indique, ne déterminait aucune situation et se contentait de laisser planer un doute sur le point de départ du navire. Elle ne pouvait que pro-
duire des erreurs dangereuses. Les patentes seront donc ou brutes ou nettes. Il est évident que dès les premiers cas de la maladie contagieuse la patente doit être brute ; un terme de quinze jours est une précaution nécessaire entre la cessation de l'épidémie et la déclaration de la patente nette. La patente doit être unique, et elle doit être délivrée par l'autorité sanitaire du pays. Il y eut un moment où les patentes étaient délivrées et par l'autorité sanitaire du point de départ et par les consuls ; quelquefois même, les capitaines pouvaient posséder trois patentes : l'une de l'autorité sanitaire du port, l'autre de leur consul, la troisième du consul du pays de destination. Cette pratique a les plus grands inconvénients; si les patentes ne sont point identiques, et cela peut arriver, le capitaine, pour se soustraire aux mesures restrictives, montre la patente nette au lieu de montrer la patente brute. Si la patente est devenue brute en touchant un port où règne le choléra, le capitaine peut montrer seulement une des premières patentes du point de départ. On conçoit alors l'utiHté de la patente unique, et la patente consulaire est remplacée avec avantage par le visa consulaire. En outre, la patente ne doit pas être changée dans les lieux de relâche et doit seulement y subir les modifications nécessaires.
On avait proposé de varier la couleur de la patente suivant son caractère. La couleur jaune aurait caractérisé la patente brute, et la couleur blanche la patente nette.
Cette proposition ne doit point être acceptée ; elle deviendrait une source de complications et d'erreurs:
PATENTES DE SANTÉ
une patente nette, pouvant devenir brute, si le navire a touché un port où règne le choléra. Enfin il serait utile que la formule de la patente fût la même dans tous les pays ; il serait également important que le texte fût imprimé en deux langues, celle du pays d'origine et la langue française, qui est le plus généralement acceptée. Nous donnons ici comme modèle une patente qui nous a été remise à Trébizonde. Elle renferme sur une même feuille deux parties : l'une imprimée en français, l'autre en langue turque. Nous ne reproduirons ici que le texte français.
HYC.
fi H
fi
Administration Sanitaire.
PATENTE DE SANTÉ
Port d
Nous de la Santé à certifions
que le bâtiment ci-après désigné part de ce port dans les conditions suivantes, dûment constatées :
Nom du bâtiment
Nature du bâtiment
Pavillon
Tonneaux
Canons
Appartenant au port d
Destination
Nom du capitaine
Nom du médecin
Équipage (tout compris)
Passagers
Cargaison
Animaux .. •
Débris d'animaux
Malades à bord
Nous certifions, en outre, que l'état sanitaire du pays et de ses environs
et qu'il règne
peste
fièvre jaune.
choléra indien
épizootie
En foi de quoi nous avons délivré la présente patente le du mois de 187 à heure du
L'expéditionnaire de la patente
li juanitairo,
Droits p
PATENTES DE SANTÉ 67
Nous reproduisons également le texte d'un interrogatoire sanitaire :