‹ Essai sur l'hygiene militaire des Antilles;Chapitre 2 sur 5 · Les corps destinés à servir dans l’Archipel , devanî · texte numérisé non relu

Les corps destinés à servir dans l’Archipel , devanî

être absents de rEiirope pendant plusieurs années ^ les con^

seîls d^administration ne peuvent assez s’occuper des mesures relatives à rhabillement. Le haut prix de la main-d’œuvre dans les colonies, et même souvent le défaut d’ouvriers rendent indispensable d’prganiser des ateliers nombreux d’hommes de diffél'ens métiers , pris dans l’intérieur des régimens , pour pourvoir à leurs propres besoins , et y suffire entièrement. Avant le départ il convient de faire , autant que possible., l’achat des matières premières des objets gui^sont au compte des corps ; les toiles sur-tout qui sont nécessaires à rhabillement des troupes , et dont les conseils d’administration ont fait très-fréquemment les avances ou la fourniture , doivent être achetées en France , non-'Seule— ment à cause de leur haut prix dans les colonies , mais encore parce que on n’y trouve souvent ni les quantités , ni les qualités dont les corps ont besoin ;

4.^’ Le sarreau et les deux pantalons de toile , que chaque soldat reçoit du ministère de la marine , avant que de s’embarquer, ne pouvant lui servir que pendant la traversée , et ensuite pour faire les corvées de garnison , les corps font faire ordinairement des habits-vestes et des pantalons à guêtres entoile , afin de tenir lieu de petit uniforme. L’usage en est également commode et économique ; cependant , malgré leurs avantages , ces habits trop légers nuisent à la santé des soldats , en ne les garantissant point assez des perturbations atmosphériques , et en s’imbibant promptement du flux de la transpiration , dont l’évaporation trop rapide produit un froid subit et dangereux. Il est à désirer que pour prévenir ces effets on fasse porter aux soldais , sous leurs habits de toile , des gilets d’une laine légère ; cette précaution peu dispendieuse suffirait pour faire échapper à des fluxions deqjoitrine, presque toujours mortelles, un grand nombre de militaires qui en sont atteints chaque anjaeCf Elle ïje doit pas être négligée par les Européens quels

que soient leur rang et leur profession ;une fatale expenendé prouve que les habillemens très-légers qu on porte aux Antilles étant une cause continue de la suppression plus ou moins complète de la transpiration, on doit leur attribuer les rhumes dangereux dont on est atteint Sans F Archipel, plus fréquemment qu’en Europe , dans les saisons froides. Les poumons irrités par les rechutes consécutives qu’on éprouve ^ deviennent le réceptacle des humeurs morbifiques de tout ce système , et la vie est éteinte graduellement par une consomption pulmonaire presque toujours incurable.

5.® Un examen individuel et attentif doit être fait parles chirurgiens des corps , afin de s’assurer de l’état de la santé des hommes destinés à s’embarquer pour les colonies. On peut sanî inconvéniens prendre ceux attaqués de maladies vénériennes et dont la situation n’offre aucun danger pres-^ sant , ces affections conservant rarement aux Antilles la malignité quelles ont dans les pays froids , et cédant presque toujours au seul emploi des sudorifiques ; mais il est prudent d’exclure des troupes qui doivent s’embarquer , les militaires atteints de la gaie : cette maladie se communiquant très-rapidement à bord > et tout un détachement pouvant en être infecté avant que de parvenir à sa destination. Il est même à craindre pour les Européens nouvellement arrivés aux Antilles , que le régime et les remèdes qu’il faut employer pour guérir cette maladie n ajoutant au trouble que le changement de climat apporte dans l’économie animale , il n’en résulte une prédisposition funeste. En 1808, à la Martinique , Finfluence de cette cause parut avoir provoqué Firruption de la fièvre jaune, qui eut lieu spontanément au mois de janvier , à une époque où le maximum de la température n’excéda pas le 22.^ degré reaumurien, et

où le mercure du thermomètre descendit plusieurs fois au

point du jour jusqu’au 16;® degré et demi. L invasion eut

( Si )

ïieu d’abord et principalement parmi les conscrits arrivée ie mois précédent et atteints la plupart de la gale. li y en eut qui périrent en trente-six heures avec tous les symptômes de Fépidémie ; mais dans plusieurs individus, la mort devança le développement de la totalité de ses caractères^ et l’effusion de l’ictère , par exemple , n’eut lieu qu’après que les malades ftirent expirés. Le même phénomène s’est reproduit en i8i5 dans des circonstances identiques.

On conçoit que la nécessité de séparer de leurs camarades les soldats qui ont contracté la gale , et celle de les envoyer aux hôpitaux, qu’on doit toujours considérer comme le centre de l’infection, sont des motifs bien puissans pour les exclure de la composition des troupes qu’on fait passer aux Antiiles.

6.° Il serait très-utile de pourvoir les corps de troupes qu’on envoie en Amérique , d’un plus grand nombre d’officiers de santé qu’il ne leur en est attaché en Europe , afin de ne pas éprouver, par la perte presqu’inévitable de plusieurs d entr’eux , le malheur d’être privé de leur secours, ou bien celui d’être obligé de recourir aux médecins du pays.

Les corps destinés à servir en Amérique sont ordinairement suivis par beaucoup plus de femmes qu’il n’en est attache à chaque bataillon par les ordonnances militaires. Il n’est pas sans avantage pour les troupes de favoriser l’embarquement de celles dont la santé est bonne , et dont les mœurs ne sont pas dissolues au point d’offrir quelque incon-^ vénient. Aux Antilles, ces femmes tienneiit les cantines des régimens avec plus d’intelligence et à des prix plus modérés que les femmes de couleur qu’on pourroit employer. II est d ailleurs plus facile de soumettre à une surveillance salutaire la qualité des alimens et des boissons qu’elles vendent aux soldats 5 mais , si elles ne sont mariées à des militaires, elles trouvent bientôt sans peine quelque occupation

plus avantageuse , et, abandonnant leurs premiers projets^ elles cessent de remplir les engagemens elles avoient contractés avec les régimens.

§. III. — De la Traversée.

Les traversées des ports de France aux colonies des An® tilles sont rarement de moins d’un mois , et n en excédent presque jamais deux. La longueur de cet espace de temps s’accroît beaucoup par l’oisiveté, l’ennui , le mal-aise et l’impatience. Cependant, ces voyages sont plus agréables que le retour en Europe , soit à cause de l’espoir rarement déçu de trouver avec, les vents alisés un temps propice et des mers plus belles , soit à cause de la satisfaction qu on éprouve en quittant les pays froids , quand on commence à sentir la douce température de 1 Océan des tropiques. Ce changement qui est favorable au maintien de la propreté parmi les troupes, devient dangereux pour cfelles atteintes de quelque épidémie : la chaleur faisant prendre presque toujours à ces maladies un caractère contagieux. Il arrive, au contraire , que lorsque des troupes attaquées de quelque maladie épidémique passent des Indes Occidentales en Europe , les ravages deviennent moins grands et moins rapides’ à mesure quelles s’éloignent de la zone torride. Les hommes atteints de phthysie ou de dysenteries anciennes ou compliquées sont les seuls qui ne participent pointa ces heureux effets du climat des hautes latitudes.

Les moyens les plus efficaces d’entietenir la santé des troupes à bord des bâtimens, et pendant une longue, traversée , sont : la propreté , l’exercice et la gaîté ,- dont l’influence est , sans contredit , plus puissante encore que celle des aliraens. Sur les vaisseaux de guerre, les règles générales de la discipline , relatives sur-tout à la salubrité, étant

prescrites par leurs commandans ^ les officiers des troupes passagères n’ont d’autres soins que de veiller à leur exécution ; mais ^ il n’en est point ainsi sur les transports qu’on emploie souvent pour porter des détachemens ou même des corps entiers aux Antilles. Toutes les précautions nécessaires à la santé des troupes sont alors à la charge de leurs officiers , dont les soins ne sont pas aussi fructueux qu ils le désirent , quand l’expérience ne leur a pas indiqué déjà ce qu il convient de faire. Les principaux moyens qu’elle indique pour parvenir à ce but, sont:

Distribuer séparément les officiers de santé des régimens sur les di\rers transports où leur secours est nécessaire, tandis qu’il est superflu à bord des bâtimens de guerre qui ont chacun les leurs ;

3.^ Faire vérifier la nature et la quantité des médicamens existans à bord des transports, s’assurer des moyens de faire de fréquentes fumigations; etc. ;

3.^ Si l’on marche en convois , exiger des chefs des détachemens , à bord des différens bâtimens , des rapports, détaillés sur la santé des hommes qu’ils commandent ; et, selon l’occurence , prendre des mesures convenables , ou en adresser la demande aux capitaines commandant ces bâtimens ;

Astreindre les soldats a la plus grande propreté, leur faire laver leur linge quand le temps le permet, veiller à ce qu’ils en changent le plus souvent possible , les habituer à se laver les mains , la bouche et la figure tous les matins ; et, pour faciliter ces ablutions, faire donner à chaque compagnie une ou deux bailles ou baquets , qui sont placés à cet effet sur le gaillard d’avant ou dans la seconde batterie ;

5. Defendre strictement que les militaires boivent tourà-tour dans le même vase; et ,*pour cet objet, s’assurer que chacun en ait un av^nt l’embarquement ;

6.° Prendre lei mesures nécessaires pour marquer les hamacs, et les placer et les déplacer en ordre , même, s’il le faut , seulement en présence des officiers , afin de prévenir et d’empêcher que les militaires ne prennent les premiers qui se trouvent sous leur main; à défaut de cette précaution , le virus contagieux, dont un hamac peut être infecté, se communique rapidement à tous les hommes qui s’en servent les uns après les autres;

Aussitôt qu’on a quitté les hautes latitudes , ou même plus tôt, si le temps le permet , retirer aux militaires les couvertures qu’on leur donne à bord, et dont le tissu de laine garde et conserve les miasmes contagieux. Le même motif doit faire examiner ces couvertures avec un soin scrupuleux avant que d’en permettre l’usage ;

8 ° Passer des revues et des inspections le plus souvent posdble, afin d’occuper les militah’es et de surveiller leus

propreté ; .

ç).o Soumettre également les compagnies a une visite

journalière des officiers de santé ;

10. ° Prohiber les jeux de cartes qui retiennent les soldats assis pendant une partie de la traversée, les empêchent de se livrer à aucun exercice salutaire, et donnent naissance à des querelles et souvent à des affections mélancoliques,

, sur-tout dans les jeunes gens qui ont fait des pertes considérables ;

11. ° Empêcher les militaires de dormir sur le pont : ce qui les expose pendant le jour, lorsqu’on est entre les tropiques , à Faction violente et dangereuse du soleil , et pendant la nuit aux effets du froid relatif et de i’humidite;

12° Entretenir la gaîté par tous les moyens qu on peut imaginer , tels que des jeux, des danses et des spectacles;

le baptême du tropique, auquel sont soumises, suivant l’usage

des marins, toutes les personnes qui n’ont pas encore vécu

Soos la zone torride , est une occasion que les commandans ■ des troupes doivent saisir pour inspirer aux militaires cette gaîté utile à leur santé ;

i3.^ Habituer les soldats à donner la main à la manoeuvre, meme quand leur secours serait superflu , l’eXercice et Foccupation étant , sur-tout à bord , de puissans préservatifs contre les maladies ;

ï 4.® Exiger des officiers et des sous-officiers une surveillance aussi exacte et aussi active qu’à terre dans les détails de police^ qu’on ne néglige point impunément ; le plus grand nombre des accidens qui, dans les traversées , arrivent aux soldats des troupes de terre passant aux colonies , provenant d^une inexpérience à laquelle leurs chefs immédiats doivent suppléer. Parmi les circonstances de ce genre qui, quoique minutieuses ne doivent point être méprisées , est la surveilveillance qu’il faut apporter à ce que dans les embarcations les soldats ne gardent point leurs havre-sacs sur leur dos , dans la crainte que leur poids ne contribue à les faire tomber à Feau , ou ne les empêche de surnager , s’ils y tombaient. 11 est également utile , en arrivant à bord , de charger les sous-officiers de s’assurer si tous les militaires savent pendre leurs hamacs , et en attacher les rabans avec des nœuds solides , mais qu’on puisse promptement défaire. A défaut de cette précaution y les soldats sont exposés à des chutes dangereuses ^ ou bien ils rendent les branle-bas très^ longs, ne pouvant défaire les nœuds qui attachent leurs hamacs. Pendant la traversée ^ on doit consigner aux sousofficiers de service d’empêcher les soldats de rester dans les porte-haubans ; ceux qui craignent d’être obligés de mettre la main à la manœuvre , s’y trouvant presque toujours plus tranquilles que sur les gaillards , s’y endorment et risquent de tomber à la mer , même sans qu’on s’en aperçoive* Enfin , une tâche aussi difficile qu’essentielle à remplir , est

celle d'empéolier les militaires de rester sans cesse dans les entre-ponts tant qu’ils sont exposés au froid dans les mers d’Europe ; et lorsqu’on est arrivé dans celle des tropiques, de les empêcher de demeurer nuit et jour sur le tillac où ils se couchent, ce qui est également contraire à leur santé.

C’est par les dispositions qu’on vient d’indiquer qu’on

écartait les maladies des bâtimens négriers, qui étaient sans contredit ceux où l’on embarquait le plus grand nombre d’hommes pour leur faire faire une longue traversée. La propreté, l’exercice , la gaîté, un régimersimple , et surtout l’action presque continuelle de I air libre , constituaient les précautions par lesquelles on parvenait à garantir les Nègres qu’on transportait aux Antilles dans ces bâtimens , des épidémies que provoquait leur réunion dans un espace très-étroit ; ils detneuraient sur le pont toüt le jour ; et tous les moyens possibles étaient employés pour les exercer et les distraire. Lé lieu où ils icoucbaient était ' lavé aussitôt qu’ils le quittaient-; on û’y laissait aucun bagage , aucune couverture ou autre objet , d’ou péuvent naître la malpropreté , la corruption et dés exhalaisons délétères. Leur régime, qui sé composait de riz , dé végétaux et d’eau, contribuait à repôüsâèr les dispositions inflammatoires ; et l’on ne peut guère dbùter qu’outre l’effet saiiilaire des lotions fréquentes auxquelles on les obligéait, lé défaut de vétemens, et sur-tout de vétemens de laine , conducteurs des virus contagieux, n’eussent une influence heureuse sur leur santé. Une partie de ces règles peuvent être appliquées avec quelques modifications aux militaires allant outre-mer. EUes ne diffèrent point essentiellement de Celles qu’avait adoptées le général TVhitelock , qui était estimé dans l’armee anglaise , pour l’ordre , la discipline et la propreté qu’il savait entretenir parmi les troupes embarquées.

Il est digne de rémarque qu’il n’existe aucune règle fixe pour déterminer d’une manière invariable , chez les diverses puissances maritimes de l’Europe , la place que doivent occuper dans une traversée les militaires embarqués sur des bâtimens de transports , ou fréquemment les troupes sont entassées de la manière la plus funeste à leur santé. Les Anglais meme n’ont point d’ordonnance à cet égard ^ quoiqu'ils aient une loi fixant le nombre d’esclaves que les navires négriers devaient contenir en raison de leur tonnage , et prescrivant que la hauteur des bàrimens ne serait pas de moins de cinq pieds entre les ponts , et l’espace en superficie de moins de huit pieds pour chaque individu. Dans une disGussion qui eut lieu en 1798 , sur ce sujet dans le Parlement , le général Tarleton affirma que la mortalité des soldats anglais , à bord de transports allant aux Indes Occidentale , était beaucoup plus grande que celle des nègres exportés d’Afrique.

S* IV* — Du Débarquement,

. Les mesures que l’on doit prendre pour le débarquement des troupes diffèrent, selon les circonstances, qui souvent imposent la nécessité de ne pas faire tout ce que demandent les soins importans de la santé du soldat ; mais dans l’hypothèse où l’on aurait le pouvoir de ne rien omettre , comme dans le cas de la prise de possession d’une colonie , ou dans les mouvemens des troupes ayant lieu aux Antilles pendant la paix , il convient :

D’éviter d’opérer le de'barquement avant que les logemens soient faits , les fournitures prêtes , et les vivres distribués ; ce pourquoi les adju4ans et les fourriers doivent être envoyés à l’avance , dès que les ordres ont été transmis aux autoi'ités locales :

2. ^ De débarquer les troupes au, point du jour, afin de leur éviter , s’il est possible , l’action dangereuse du soleil au zénith , et de leur donner, pour prendre connaissance des choses qui leur sont nécessaires , l’étendue entière de la journée 5

3. ® D’employer , pour accélérer cette opération presque toujours lente et accompagnée de quelque désord^ , nonseulement les embarcations des transports , mais encore celles de la côte qu’on désigne aux Antilles , sous le nom de Gros Bois et de Grandes Pirogues ;

4°. D’ordonner aux soldats de Joindre à leurs havre-sacs les hamacs qui leur ont servi pendant la traversée , et de prendre soin d’en faire préparer à terre un nombre égal , attendu qu’à bord , ils n’en ont qu’un pour deux hommes ; faute de cette double précaution on a vu , il y a peu de temps , trois bataillons être réduits à coucher pendant plusieurs jours sur le sol nud de casernes en ruines , et pullulant d’insectes venimeux et dévorans ;

5. ® De faire transporter par des mulets , requis à l’avance, les sacs des soldats et leur bagage , dans le cas où en débarquant , les troupes seraient obligées de se mettre en marche pour quelque lieu distant ;

6. ^ De tenir les troupes le moins long-temps possible sous les armes pendant les mouvemens ou les cérémonies qui ont lieu lors de l’installation d’un nouvel ordre de choses ; d’éviter principalement qu’elles ne demeurent long-temps exposées à l’action des rayons du soleil , et sur-tout quelles ne soient, mouillées par la pluie qui, par une décalorisation spontanée , produit la suppression de la transpiration et l’irruption des maladies aiguës et chroniques. Le docteur S are si , mon digne ami , considérait , ainsi que moi, comme lune des causes qui contribuèrent à l’invasion de la fièvre jaune en 1 8o3 , la pluie diluviale qui surprit les troupes de la Mar-;

tûilque, au moment de leur débarquement, pour prendre possession de la colonie ;

7.° De faire observer , dès le premier moment du débarquement, tout ce que prescrivent les ordonnances des places, afin d’empêcher les militaires de se livrer à des exces que provoquent les privations qu’ils ont éprouvées pendant la traversée, et que rend très-funestes l’action du climat , dont ils éprouvent les premiers effets ;

S.® D’empêcher par tous les moyens possibles que dans les premiers temps de leur arrivée , les soldats ne boivent du tafia ; la violence de cette liqueur, de laquelle ils n’ont pas l’habitude , produisant une ivresse prompte et dangereuse;

9.“ De préférer transporter les troupes par mer aux différens postes qu’elles doivent occuper , plutôt que de leiar faire faire des marches pénibles à travers le pays , avant qu’elle soient acclimatées.

io.° De tâcher, dans les premiers temps, d’empecher les soldats de s'exposer inutilement à la grande chaleur du jour, sur-tout si l’on est dans l’hivernage ; mais d’éviter , si pour y parvenir on est obligé de les consigner dans les forts, de prolonger les ordres de consigne au -delà des heures où la chaleur est extrême. L'expérience ayant prouvé que beaucoup des militaires qu’on renferme ainsi , se livrent à des affections tristes non-moins funestes que 1 abus qu’ils auraient pu faire de leur liberté.

C’est une mesure importante que de faire éviter aux mili^ tairesl’action brûlante des rayons, du soleil, parceque quoiqu’il n’y ait point de danger, pour les personnes acclimatées , dans les éysipèles de la tête et du visage qui en résultent , ces mêmes affections favorisent dans les. Européens nouvellement arrivés les désordres d’cài naissent les fièvres pernicieuses. Dans quelques circonstances , cette action du soleil est si violente qu’elle suffit pour donner la mort subitement

en causant une apoplexie. C’est ce qui arrivé parfois dan» les marches, et 1 auteur de cet essai a vu un capitaine du régiment , qui se rendant du Port-Louis à la Pointe-à-Pitre , à travers les plaines calcaires de la grande terre de la Guadeloupe , tomba au milieu des soldats qu’il conduisait et expira à l’instant.

S- V. — Des Garnisons des Antilles.

Les principales garnisons des îles du Vent , sont les forteresses qui défendent leurs ports , et ou l’on trouve réunies la plupart des choses necessaires à l’établissement des troupes. Presque toutes leurs casernes sont de longs bâtimens dont l’intérieur ne forme souvent qu’une seule salle au rezde-chaussée ; ils sont en bois et peu solides ; mais ils suffisent à leur destination puisqu’on cas de siège ils sont infailliblement détruits par les projectiles de Tennemi , et que d’ailleurs on ne peut douter que , dnns une contrée aussi humide que les Indes occidentales , il ne soit préférable de loger les soldats dans des maisons éh bois plutôt que dans celles qui sont construites en pierres et dont les murs suintent sans cesse. On ne parle point ici des casemates , parce que, par leur extrême humidité et le défaut d’air et de jour , elles sont a peine habitables pendant les courts instans que durent les sieges des forteresses des Antilles. En 1809 , lors du bombardement du f ort-Bourbon , oe n’était qu’avec beaucoup de peine qu’on parvenait à y faire rester les soldats qui n’étaient pas de service \ la plupart préférant s’exposer aux projectiles de l’ennemi , plutôt que de subir le supplice qu’on éprouvait dans les casemates par l’excès de la chaleur et l’espèce d’asphixie produite par les gaz non-respirables.

Si les citadelles présentent l’avantage très -grand de pouvoir maintenir , parmi les troupes qui les occupent , une discipline plus stricte et plus exacte que dans les casernes si-

tuëes dans les villes ou même dans les campagnes , cet avantage est chèrement acheté dans la plupart des forteresses des colonies de T Archipel ^ par Finsalubrité de l’air qu’on y respire. Construites sur les bords de la mer , dans le voisinage des grands rentrans de la côte qui forment les ports , elles ont toutes dans leurs environs des mai ais dont les exhalaisons sont pestilentielles.

Dans les circonstances de la paix et de l’arrivée d’un grand nombre de troupes non-acciimatées ^ il serait certainement à désirer qu’au lieu de les caserner dans les forteresses , on les fit baraquer dans quelques lieux élevés de l’intérieur des îles , choisis judicieusement après un examen attentif des officiers de santé et de l’état-major , et même soumis à l’avance à quelque épreuve authentique. On sait combien les qualités de l’air influent sur l’économie animale, principalement sur les dispositions inflammatoires qu’éprouvent les Européens lors de leur arrivée aux Antilles. La chaleur est alors non-seulement nuisible , mais il paraît que si elle ne suffit pas seule pour déterminer l’invasion de la fièvre jaune , elle est tout au moins Furie de ses causes nécessaires ; tandis que l’air frais et pur des endroits élevés est propre à la prévenir et peut-êtie à en arrêter les progrès.

L’expérience laisse si peu de doute aux habitans de la Caroline , sur les heureux effets qu on peut obtenir en éloignant des lieux ordinairement ravagés par la fièvre jaune les personnes qui ne sont point acclimatées , qu’il est d’usage à Charlestown d’envoyer les étrangers à qui Ton téresse à File Sullivan , située seulement à sept milles de la ville , mais où l’épidémie ne s’étend point, ce qu’on attribue à la fraîcheur qu’y entretiennent les brises de la mer (i).^

(i) Voy. Voyage à i’ouest des monts Alleghaniens , par Michaux , p. 4«

La haute température du climat des Antilles ne permet point d’attendre^ au niveau de l’atlantique ou à une élévation médiocre , telle que celle à laquelle sont situées les villes de la cote ^ une fraîcheur suffisante uniquement produite par l’action de la brise. Pour obtenir le degré de fraîcheur qui conviendrait à la santé des troupes non-acclimatees , il faudrait joindre à Faction salubre des courans d’air du Nord-Est J le froid relatif qu’on éprouve sous la zônetorride à une certaine hauteur au-dessus du niveau de la mer ; à la Martinique, le Gros-Morne offre l’une des positions où ces deux avantages sont réunis. En 1802, le général Devrigny , commandant les troupes de la colonie , prit la résolution de les y baraquer • mais plusieurs obstacles , qui tenaient moins à la nature des choses'qu’à des intérêts personnels , s opposèrent à son exécution. L’auteur de cet essai qui, comme chef d’état-major , avait dressé le projet adopte par le general , d après une reconnaissance détaillée des lieux , ne tarda pas à etre témoin des affreux ravages d une épidémie dont vainement il avait voulu prévenir l’invasion.

Si Fopiniqn du médecin anglais Daeidson est réellement fondée , on conçoit de quelle importance il est de caserner les troupes des Antilles dans des lieux assez élevés pour abaisser d un certain nombre de degrés la température à laquelle on est soumis au niveau de la mer. Ce praticien avance que la chaleur suffit pour faire naître la fièvre jaune , et il fixe même le 24.^ degré réaumurîen , 86.^ àeFareinhety comme celui auquel commencent la malignité et la contagion ; cette opinion est aussi celle du docteur Clarke qui a observé à la Dominique , les effets du climat des Indes occidentales (i).

(1) A treatise on the yello\y ftver ^ hy James Clarke ^ London 1797-

Un voyageur célèbre , dont on ne connaissait point louage sur les États-Unis lorsque ceci fut écrit, loin de la itrie des sciences et au milieu des désastres des épidémies

néricaines, pense comme sur reffetpernicieux de

chaleur des lieux bas , et l’influence bénigne des lieux élevés.

,e fait qu’il rapporte, et dont il fut témoin en 1792 dans le de Corse , appuie ce qu’on a avancé plus haut. Tandis lie tous les postes des côtes étaient attaqués par des fièvres ernicieuses, les forts de Vizavona et de Vivario en étaient on-seulement exempts , mais encore les soldats malades Li’on y envoyait , y recouvraient leur santé ; ces forts , que L de Volney visita , sont situées à 1 100 toises au-dessus du iveau de la mer , aux deux extrémités d’une passe étroite ui s’ouvre dans la chaîne des montagnes ; ils sont exposés ans cesse à un vent impétueux , et la plus grande chaleur [u’on y ressent, n’excède pas le 16.^ ou 17.^ degré du thernomètre de Réaumur , 68.® à 70.^ de celui de Fareinhet, On pourrait facilement citer une multitude de faits anaogues qui ont eu lieu dans l’Archipel 5 on se bornera a un »eul exemple. En 1794 5 1© 16.® régiment d infanterie Anglaise étant arrivé à la Jamaïque , il fut mis en garnison a Montego , ville située sur la côte et presqu au niveau de la Iner.Sur cinq cents hommes trois cents périrent dans 1 annee; les maladies qui les enlevèrent ne cessèrent leurs ravages que lorsque les restes du régiment eurent été cantonnes Llans les montagnes à vingt milles du la côte , sur le site ou Igisait la vieille ville des Nègres-Marons. Cette heureuse exjpérience fit naître l’idée de construire des casernes en cet jendroit ; et bientôt après le 55.^ régiment y ayant été stationné , on observa en 1 806 qu’il ne perdit qu’un seul homme jen six mois.

I Les considérations qui naissent de ces faits doivent déter- I miner les mesures à prendre dans l’Archipel pour le loge-

ment des troupes • indépendamment de celles qui sont d^usage en Europe , ii en est plusieurs particulières aux Antillei dont l’omission pourrait, dans certaines circonstances, devenir très-importante.

i,° S’il est possible de ne pas caserner les troupes dans lei citadelles , dont le séjour est à redouter pour elles , attendi leur situation mal-same , on doit choisir, da,ns un site élevé aéré , découvert et sur-tout loin des marécages, un empla cernent propre à la construction d un camp de baraquei vastes et commodes, qu’il est facile de construire presque sans frais et très-promptement.

^ 2.® Il est essentiel en déterminant la situation d’un camp . ou seulement les ouvertures desbarraques qui le composent . d’observer la direction des vents dominans et la nature de£ terrains que leurs courans parcourent ; ces considératiom importent à la salubrité des brises et à leur fraîcheur’ or obtient le dernier objet en dirigeant du nord au sud la plu^ grande longueur des corps-dedogis, et en ouvrant les fenêtres à l’orient et à l’occident.

3. *^ Malgré ces précautions saîuîanes, il est essentiel , eî sm-fout pendant les vents du sud , de riiivernage qui sont presque toujours marqués par l’invasion ou les progrès de la lièvre jaune et de la dysenterie , de faire faire dans les casernes , les baraques, les postes de la côte, les pavillons des officiers , etc., des fumigations qu’il convient de répéter plus ou moins fréquemment, selon les circonstances et indépendamment des branle-bas journaliers et de tous les moyens propres à aérer et nettoyer les bâtimens.

4. *^ L’usage des hamacs est trop économique pour qu’ii soit abandonné ; il présente outre cet avantage celui de la commodité et encore celui , qu’on nepeuttrop apprécier , de comporter que chaque soldat couche seul , ce qui diminue les chances de la propagatioa des maladies que l’abondance

i émanations du corps humain rCnd si contagieuses entre tropiques; mais il en résulte aussi , sur- tout quand les dats sont acclimatés et susceptibles de l’impression de la îcheur relative des nuits , de nombreux rhumatismes nt une simple toile ne peut défendre les militaires, et ’on pî'é viendrait facilement en leur distribuant des courtures de coton qui seraient d’un usage particulièrement le aux détachemens stationnés sur les hauteurs.

5.^ Pendant la nuit , si l’excès de la chaleur ne permet s de laisser les fenêtres des casernes entièrement fermes, ce qui est le plus prudent, quand les hommes n’y sont s en tiop grand nombre , il impoi te au moins de ne pas sser ouvertes celles près desquelles les soldats sont coués dans la crainte de les exposer à l’action immédiate d’un urant d’air qui suffit pour faire naître une foule de malaes par la suppression de la transpiration et la concentram des forces vitales ( i).

6 ® On doit s’assurer que les militaires ne sortent pas la dt de leurs casernes , et n’échappent pas par ce moyen â surveillance de leurs chefs ; ils y sont d’autant plus portés le les nuits sont communément superbes entre les tropiles, et qu’on n’éprouve point alors l’abattement que la chaur produit pendant le jour.

7.^ Il faut faire nettoyer , à la plus grande distance pos^ 3le, les terrains environnans les casernes, détruire les buis-

(t) Si, dans ce Mémoire, on n’a point appliqué à ce qn^on t , de la transpiration , la nouvelle théorie qui résulte des ipériences des chimistes français , c’est que l’ancienne docine est beaucoup plus répandue , et que , quoique diamétralelent opposées l’une à l’autre , les précautions d’hygiène ir,iquées par toutes les deux jae sont pas essentiellement diffémtes.

sons et déraciner les hérbes qui favorisent les approches de kv grande vipère Fer-de-Iance (i) si redoutable dans les îles dej la Martinique et de Sainte-Lucie* ^

8.° On doit veiller rigoureusement à la propreté et sur-toutj à ce qu’il n’y ait point de matières excrémentielles sur la terrèj! aux environs des casernes ; cette mesure est importante^ ainsi que celle de tenir les latrines éloignées et situées sous-j le vent. Le défaut de soin à cet égard , facilite les progrès-^ des contagions et principalement des dysenteries. Une funeste expérience prouve que ces maladies meurtrières ne se communiquent pas seulement ^ comme plusieurs autres' dont les miasmes ne se transmettent que par un contact intime ; mais bien qu’elles se gagnent sans attouchement comme le principe contagieux de la petite-vérole et de la< peste , et que c’est sur-tout par les déjections des malades^ qu’elles se répandent.

g.® l!es casernes doivent être balayées , arrosées , lavées) et souvent blanchies à la chaux afin de prévenir la pullula- . tion des insectes et autres animaux nuisibles (z). Parmi lesj

(3) Fipera lanceolata 5 Lacep. TrigonocepJialus lanceola* tus, Opper.

(2) Au mois de décembre i8i4 j à l’époque de l’annee la^ plus sèche et la plus froide , et par conséquent celle qui est la moins favorable aux insectes et aux animaux nuisibles de la?

Torride , des déterminations Spécifiques ont fait connaître J de la manière la plus positive , que les casernes du fortj Koyalde la Martinique étaient habitées au moment de l’établissement des troupes par sept espèces de punaises , deux es-} pèces de puces , cinq espèces d’araignées , dont deux couvrent une surface de quatre à cinq pouces 5 le Scorpion d’Amérique , Scorpo Americanus ; — la Scolopendre mordante. — Scolopendra morsitans ; le Pou de bois. Thermes arboreum ; le Ravet. Blam Americana^ — deux espèces de Guêpes ^

plus désagréables sont les Chiques (i) , espèce de puce prev gLumperceptible qui se loge dans la peau des doigts de pieds et qui les fait ulcérer si on néglige de loter pendant long-* temps. Un insecte encore plus petit et plus incommode parce qu’il échappe aux recherches les plus attentives , est une espèce d’^cara^ qui ^ dans les temps secs, fourmille dans les savanes , et qu’on désigne à la Martinique sous îe nom de béte-rouge J il tourmente les soldats qui ont manœuvré sur des terrains herbeux , et il produit en s’enfonçant dans la peau des démangeaisons si violentes , que ne pouvant y résister on se gratte jusqu’au sang , ce qui cause très-souvent des ulcérations qui finissent par devenir dangereuses.

11 faut faire enlever les Chiques , quand elles ont atteint un certain volume , par quelque personne adroite qui ne crève pas la pellicule où sont contenus leurs œufs ou leurs petits , sans quoi elles pullulent de nouveau dans le même endroit ; on parvient aussi à les tuer avec de la cendre de tabac; mais quant aux bêtes-rouges, on ne peut appaiser la démangeaison qu’elles produisent quen se frottant les jambes avec du tafia ou du citron.

Le ver redoutable de Garthagène , connu sous le nom de Dragonneau (2) , et dont la longueur est quelquefois de

r Abeille perce-bois. — ^pzs violacea ^ le Cloporte. — Onis^^ eus asellus ^ — la Mouche brûlante, ■ — Evania^ une espèce de Scolie ; — le Criquet — Acrydiüm ; plusieurs espèces de Scarabées, de Hannetons , de Dermestes , d’Acarus ; deux espèces de Poux ; la Moustique — Culeæ irritans^ le Marîngouin — Culex piilicaris ; le Lépisme; la Forticule ; trois espèces d’ Anolys ; mabouia ; Lacertus cinereus minor^ Lacép.

Eaeerta striata, (N.) Une espèce de Chauve-Souris ; deux espèces de Rats ; etc. , etc.

(1) Puiex penetrans» L.

(2} Gordius medimnsis,.

plusieurs pieds , n’est point indigène des Antilles , quoiqüW y voie par fois des esclaves qui en sont attaqués ; ce sont ceux qui l’apportent d’Afrique dans la chair de leurs cuisses ou de leurs jambes , où il pénètre assez profondément pour qu'on ne puisse l’en retirer qu’avec beaucoup de peine et de

douleur.

Les Européens , sür-tout quand ils arrivent dans l’Archipel, sont très-sensibles aux piqûres des Maringouins et des Moustiques ; il leur est impossible de reposer un instant soit pendant le jour , soit pendant la nuit, lorsqu’ils sont exposés aux atteintes de ces insectes qui sont innombrables dans les endroits marécageux ; ce tourment , qui excite vivement l’impatience , n’est peut-être pas sans danger pour les personnes acclimatées puisqu’il favorise les dispositions inflammatoires. Les officiers peuvent en être préservés au moyen de ces rideaux sans ouvertures , qu’on nomme moustiquaires, et dont les lits sont entièrement enveloppés ; mais comme la dépense ne peut en être faite pour les soldats , on délivrera ceux-ci des Maringouins et des Moustiques en faisant fermer les portes et les fenêtres des casernes un” peu avant le coucher du soleil , et en laissant une seule ouverture vers laquelle ces insectes se dirigeront tous pour sortir, par un effet de l’instinct qui les attire vers la lumière.

La piqûre de certaines mouches , telles que la guêpe rouge (i), la guêpe maçonne (2) , la mouche brûlante (3), le von-von ou abeille perce-bois (4) ? cause une violente

(1) Vespa.

(2) Spheæ,

(3) Evania,

(4) Apis violacça.

douleur suivie de tuméfaction et d’une lièvre plus ou moins forte et plus ou moins prolongée , selon la constitution du sujet, la disposition patliolo|ique de rinsecte qui a fait la blessure et la nature de la partie blessée. Ces mêmes circonstances semblent influer pareillement sur les résultats de la morsure du serpent fer-de-lance , et sur ceux de la piqûre que le scorpion fait avec l’aiguillon dont sa queue est armée , et la grande Scolopendre ainsi que l’araignée avicui'dre (i), avec les mandibules cornées et injectantes dont leur bouche est garnie.

Des embroqations d’huile , ,de l’alkali volatil , ou même seulement , à défaut d’autre chose, des lotions faites avec de rurine, sont les remèdes dont on se sert aux Antilles pour la piqûre des insecte.s ; il paraît que fa quantité de ve • nin que peuvent injecter ceux qu’on vient de désigner n’est pas suffisante pour produire d’autre mal qu’un effet local et borné.

S. VI. — Des Vivres des Troupes.

La nature des alimens qu.e les troupes reçoivent pour ration, seconde puissamment l’influence du climat ; on ne peut douter qu’elle n’ait pour effet d’augmentçr le nombre des maladies dysentériques, et de fane naître piiesque tous les individus un vice scorbutique dont la complication maligne aggrave la plupart des affections pathologiques et ajoute au danger des lésions des organes ; les mêmes effets qui, pendant les voyages dq.Iong cours, résultent sur les vaisseaux de l’usage des salaisons dont les marins font leur principale nourriture, sont combattus, ,<Ju moins dans ces

(i ) Aranea avicularia*

Circonstances , par une foule de moyens préservatifs qui ont été indiqués pour les navigateurs , depuis les voyages de Bougainvitte et de Cook; mais aux Antilles ils se propagent parmi les troupes sans qu’on cherche à les prévenir, et c’est seulement lorsque les progrès de la maladie marquent son invétération, qu’on s’occupe d’une guérison que plusieurs causes puissantes rendent difficile et douteuse.

Les distributions de toute l’année se composent de bœuf et de lard salés , et même pendant la paix on donné rarement de la viande fraîche aux garnisons , malgré i’écôiiomié considérable que présenterait cette dernière fourniturè dont le prix est infiniment plus bas. Parmi les motifs qui ont contribué à l’établissement de cet usage , il faut compter : 1.® les obstacles qui se sont toujours opposés jitsqu’à présent à Jes communications régulières avec la Guy aune française , le Brésil et les colonies espagnoles de la Terre-Férme , qui seuls peuvent approvisionner avantageusement ’ la. Martinique et la Guadeloupe du bétail nécessaire à la consommation de ces deux îles ; 2.® le besoin de consommer les ap- P rovisionnemens de siège des forteresses de ces deux colonies , qu’il faut fréquemment renouveler à cause de la détérioration qu’ils éproiiveùt rapidement; 3.'^ et enfin la facilité plus grande que présente aux opérations administratives ce genre d’approvisionnement.

De grands pâturages , qu’on pourrait accroître encore , offrent cependant à la Martinique et à la Guadeloupe, lès moyens de former, dans l’intérieur de ces îles , des établissemens tels que les anciennes battes de Saint-Domingue ; ils fourniraient aux besoins de la consommation des troupes et des escadres, et l’on ne peut douter que Si la surveillance de cette entreprise était confiée à un administrateur qui réunît aux connaissances des localités cette activité qu’on conserve si rarement sous la zone torride , on ne dût

' ( Si )

attenSré ’de sôh prompt succès une amélioration dans le régime intérieur des troupes des colonies.

A la Martinique pendant la dernière gueCré , par le défaut de cette mesure, les soldats étaient obligés -de trocquer les vivres salées qü on leur distribuait, contre des légumes du poisson ou de la viande fraîche d’un bas prix, La conviction des suites funestes que produit l’usage continuel des salaisons étant fondé sur des exemples journaliers ^ les chefs des corps ne pouvaient se refuser à tolérer ou même à autoriser cet échange, tout désavantageux qu’il fUt au soldat , sur qui gagnaient toujours sans modération ceux chargés de cette espèce de trafic;

C’est également par le désir de diminuer les inconvéniens

graves qui résultent, dans les climats chauds , d’une longue consommation d’alimens salés - qu’on laissait les militaires faire des jardins autour de leurs casernes et dans quelques parties des fortifications , telles que les glacis et les fossés.' La rigueur des ordonnances des places à ce sujet devient: Bans motif dans son application aux forteresses des Antilles où la vigueur de la végétation est telle que ^ malgré des coupes annuelles, un épais taillis de plantes fructescentes et Sarmenteuses couvre tous les ouvrages et ne peut guère disparaître que par les soins assidus des soldats , dont les plantations sont beaucoup moins nuisibles , lorsque sur-tout elles* ne sont point environnées de clotûres^

^ Les secours que ces jardins fournissaient aux compaimies étaient très-précieux ; et si, comme le réclame le maintien de la discipline, on défend auxcorpsde troupes coloniales de travailler dans les villes et dans les campagnes , on nepourra parvenir à l’amélioration qü’exige dans la nourriture du soldat le défaut de vivres frais , qu’en allouant aux régimens et en divisant par compagnie, quelque terrain dont la culture supplée aux ressources qu’ils tirent de ces per-

..missions également dangereuses pour l’armce et pour la colonie.

A la Martinique , les hauteurs qui environnent la base des pitons du Garbet , offriraient des terrains inanités et fertiles qu’on pourrait assigner utilement aux militaires de la garnison de cette colonie ; il serait très-avantageux qu iis y fissent des plantations de riz de montagnes ; cette plante dont la culture s’est introduite dans nos îles depuis un petit nombre d'années, y prospère dans les terres hautes qui bordent la lisière des bois; mais sa multiplication est bornée, parce qu’on ne fait point d’exportation de ses produits , et que les nègres , ainsi que les colons eux-mêmes , préfèrent à l’aliment qu’elle leur donne, les'racmes charnues de la patate douce , de l’igname et du manioc qu une longue habitude leur fait trouver meilleurs. On ne peut douter pourtant que f usage du riz indigène ne soit préférable à celui de la farine qu’on retire du dernier de ces végétaux, sur-tout pour les troupes européennes quand la disette oblige à les nourrir avec des vivres du pays. Pendant la -uerre , lorsque la possibilité d’un blocus fait craindre cet évènement jusqu’ici toujours funeste à la santé des soldats, ce serait une mesure sage et prévoyante que de leur faire former pour eux-mêmes dans les montagnes , des plantations

de riz qui préviendraient la fâcheuse nécessité de les ahmenter avec de la farij^e (le .manioc.

L’effet nécessaire de la qualité souvent médiocre ou mauvaise des salaisons données aux militaires pour ration, est de changer la manière de vivre qui est adoptée en Europe par les armées françaises. Dans l’impossibdite de faire de la soupe avec le bceuf ou le lard salé qu’ils reçoivent , et que la chaleur du climat , jointe à l’humidité , détérioré presque toujours dans les magasins, ils prennent les habitudes du pays et se nourrissent comme les gens ce cou-

leur , de cette multitude de racines tubéreuses par lesquelles la nature remplace , sous la zone torride j les graminées farinifères de nos climats. Les plus communes sont : l’igname , la patate douce , la pomme de terre j le chou caraïbe , le topinambour, le manioc et Tartichaut de Jérusalem (i ). On sait que les racines du manioc , qu’on dessèche par Faction du feu , après en avoir ôté par la pression un suc lactescent et vénéneux , sont réduites en farine et servent de nourriture aux nègres et à beaucoup de colons. Lors du blocus de 1 808, on fut forcé par la disette de remplacer presqu’entièr.ement la ration de pain des troupes de la Martinique , par cette espèce de farine , et cette nécessitéeut Feffet le plus fatal sur le très-grand nombre de soldats , qif une mauvaise nourriture et Faction dévorante du climat avaient jetés dans une sorte d’étisie.

Parmi les aîimens du pays auxquels s’habituent les militaires, sont plusieurs espèces de crabes qu'ils achètent dans les marchés , ou que souvent ils prennent eux-mémes sur les bords de la mer ou dans les ravins. Ces crustacées , ainsi que les poissons que Fon pèche dans quelques parages autour des lies , deviennent parfois une nourriture dangereuse et dont Fusageest suivi des symptômes que produisent les poisons végétaux. On reconnaît, dit-on, dans ceux de ces animaux qui sont suspects , l’existence de cette propriété vénéneuse par *^la couleur noire que prend une pièce d’argent qu’on jette dans l’eau pendant leur cuisson , mais il n’est pas prudent de se fier beaucoup à cette épreuve.

(1) L’Igname , Dioscorea sativa , L. — La Patate douce ^ C^onvolvulus hattatas , — La Pominé de terre , Solanum herosum, Le Chou-Caraïbe, Arum ^agiti folium. ( Genre cailadium de Persoon.) — ^ Le Topinambour, Curcuma Ame-ricana, — Le Manioc , Jatropha Manihot, - — L’Artichaut de Jérusalem , Melianthus tuberosus , ©te. , etc<»

En génâ-al, quoîqu^aux Antilles la nourriture ne soit pas aussi substantielle qu’en Europe , on j mange moins que dans les pays froids. On n’éprouve jamais, ou presque jamais , Tappétit FOUS la forme d un désir ; il se réduit à un besoin dont on est averti par des défaillances et meme des douleurs d’estomac. On peut assigner , pour causes de ces phénomènes , la direction des forces vitales qui sont constamment appelées au-dehors par 1 action de la chaleur sur le corps humain , ce qui ne laisse que peu d’énergie à l’organe intérieur ; tandis que chez les peuples du nord la concentration des forces vitales produit dans le système digestif une aptitude et une activité très-grandes. L’inertie de l’estomac lend très-nécessaire aux Antilles que les alimens soient réglés , médiocrement abondans et sur-tout d une digestion facile. C’est principalement pendant la crise dangereuse de 1 acclimatement , que la modération dans la quantité des alimens est rigoureusement indispensable ; une abstinence rigide est peut-être l’un des meilleurs préservatifs eond e les suites des indispositions menaçantes auxquelles les Européens sont sujets * et parmi les causes qui provoquent l’invasion de la fièvre jaune , on doit compter les repas longs et abondans que les colons donnent aux personnes nouvellement arrivées , et qui presque toujours n’ont lieu qu’après des courses à cheval par des chemins très-pénibles et sous un soleil brûlant.

C’est une précaution utile que de mettre les militaires en garde contre le goût pour les fruits qu’ont presque tous les jeunes gensj ces alimens leur plaisent par la nouveauté de leur saveur, par leurs qualités acides et rafraîchissantes, .et sur-tout par le prix et la réputation qu’ils ont en Europe ; mais l’excès qu’on en fait, ou meme seulement fusage fréquent, diminue l’activité des sucs gastriques, favorise l’atonie des organes digestifs ^ et provoque i’inyasioii des fièvres re-;-

mîttentes et întermittentes. On sait que les acides végétaux sont assez puissans pour dissoudre le tissu membraneux des animaux , et que cet effet a lieu meme pendant la vie; ce qui explique ramaigrissement des personnes qui font un abus de Tusage des acides ou des substances qui les contiennent.

On peut user sans crainte des fruits où le principe muqueux et sucré domine principalement; et tels sont ceux du bananier, du figuier banane , du sapotilier, du cachirnent, du cachiment morveux , du cherimolia , de la pomme caïielle , du corossol, et généralement de tous les Anones (i). La barbadine et la pomme de liane, de la famille des Cucurbitacées, sont rafraîchissantes et d’un goût agréable (2). Les iTérébinthacées fournissent des fruits sains et abondans, dans > ceux de 1 acajou , du monbin, du manguier et du pommier de Cythère (3). Il faut user sobrement des Hespéridées, dont on fait dans l’Archipel un grand abus , soit en mangeant leur^ fruits après le repas, soit en faisant des limonades ou des orangeades débilitantes et dangereuse s (4). Les fruits

(1) Le Bananier J Alusa paradisiaca, — * La Figue banane ^ J)/. Sapientium, — Le Sapotilier , Achras Sapota^ — Le Cachiment , Anona Heticulatd, — Le Cachiment morveux , A. Mucasa, — Le Cherimolia , Cherimolia, — La Pomme canelle , A, Squamosao ^ Le Gorossol , A, Muricata,

(2) La Barbadine, Bassiflom quadrangularis, — La Pomme de Liane , Passijlora L,aurifolia,

(3) L’Acajou, Anacardium Occidentale^ — Le Monbin ,

Spondias Monbin, — La Pomme Cythère, Cytherea

Le Manguier, Mangifera indiea,

(4) Les Hespéridëes des Antilles sont : Le Citronier , Citrus

Medica. -, L’Oranger , C, Aurantium, La Chadeck

C. Decumanus, — Le Limonier , Limonia acidissimu, — Le Limonier nain j L, Trifoliata^

du cocotier, de l’amandier , du pistachier souterrain , ainsi que les graines du gigiri (i) , où un principe ôléagineuX est combiné avec la fécule , sont d’une digestion pénible pour les estomacs délicats ou affaiblis. Le groseiiler et la pommeraquette (a), le châteignier du Malabar et l’arbre à pain (3), donnent des fruits qu’on peut manger sans appréhension ; mais il n’en est pas ainsi de ceux du carambolier aigre, du tamarin , du cerisier ^ du karata , et sur-tout de l’ananas (4>; on doit compter l’acide contenu dans le dernier comme le plus violent de ceux qui se forment dans les fruits des Antilles. Qn sait qu’avant sa parfaite maturité l’anânas fait saigner les gencives, et qu’il oxide le fer profondément et avec rapidité.

Les boissons dont usent les militaires doivent attirer égàlement l’attention des officiers qui désirent ne négliger aucun de leurè devoirs. Dans les forteresses êe sont d’immenses citernes qui fournissent aux besoins des garnisons; elles n’exigent que quelques soins journaliers et une économie prévoyante; mais, dans les postes de la côte et dans les cantonnemens éloignés , il est essentiel de VNeilier à ce que la qualité des eaux que boivent les soldats n’ait aucune propriété malfaisante ; cette surveillance est indispensable aux

(1) Le Cocotier , Cocos nucifera, — L’Amandier , Terminalia catappa» — - Le Pistachier , Arachis hypogeà, — Le Gigiri , Sesamum Orientale.

(2) Le Groseiiler , Cactus pereskia. — La Raquette , C. Opuntia.

(3) Le Chaîeigniçr du Malabar et l’Arbre à pain , Artoçar^^ pus incisa — Variétés, A. et B,

(4) Le Carambolier aigre , Avèrrhoa acida. — Le Tàmàiin , Tamarindus indica. — Le Cerisier , Mdlpighia punicifolia., — Le K-arata , Brornclia Karata, ■ — L’Ananas , B, Ananas.

Antilles J où les rinères chargées des débris infusés des végétaux coulent sous des ombrages qui les privent de laction utile de la lumière. Elle ne lest pas moins , quand l’eau que consomment les troupes provient de ces mares stagnantes , qu’on trouve particulièrement dans les îles calcaires de l’Archipel , et dans les quartiers de la Martinique et de la Guadeloupe , où le sol est de la même nature. Si les détachemens ne sont que temporaires , on peut sans peine diminuer la qualité malfaisante des eauX de rivières, en y mêlant , dans une faible proportion , du vinaigré , ou bien mieux encore du tafia ou du rhum , ou en les battant à l’air libre , ou en y plongeant un fer rouge , comme on le fait à Batavia , suivant Thunherg ( t. II , p. âo6); mais, dans le cas où les postes sont fixes, un officier actif et intelligent peut installer facilènient un filtre à charbon , ou bien faire recueillir l’eau dès pluies , sans avoir besoin de citerne ni de tuyaux , et en sê servant d’excavations dans les laves , et de ces bambous que leur forme rend propres à servit dé gouttières.

Dans les citadelles il est avantageux d’établir des cantines : 1.® parce qu’on est à même d’yjFaire obtenir aux militaires à un juste prix ce qui leur est vendu ailleurs beaucoup plus cher; 2.° parce qu’on peut exercer une plus grande surveillance sur ces lieux que sur les cabarets situés au-debors ; 3.^ parce qu'on peut veiller efficacement à ce que les liqueurs spiritueuses qu’y boivent les militaires ne soient pas falsifiées ou altérées , et n’aient pas conséquemment des effets nuisibles sur leur .^anté. Mais il est à redouter , comme étant au détriment du militaire , et d’un exemple scandaleux fatal à la discipline , que le privilège de tenir des cantines ne soit Vendu , èt que même il ne soit rendu exclusif , afin d’augmenter là valeur de sa vente; un chef intègre fera adjuger publiquement au rabais , les can-

tines des forteresses , et fera' nommer pour les surveiller uri cermm nombre de militaires pris dans tous les rangs et aa choix des consommateurs. Ce sont peut-être les seuls moyens de prévenir des abus funestes et des soupçons injurieux.

Au surplus, s’il est dangereux pour des soldats nonacclimatés de boire des liqueurs spiritueuses ; ces mêmes boissons, prises en petite quantité, sont utiles à leur santé, quand ayant contracté rhabitude du climat ils sont devenus moins susceptibles de maladies inflammatoires , que de celles provenant de l’atonie et de la débilité des organes. L’exemple des habitans de la Hollande, et des États-Unis prouve que dans tous les pays humides l’usage modéré des liqueurs spmtueuses s’oppose avec succès aux fièvres intermittentes ; et lorsqu à la Martinique on est forcé de stationner des troupes dans des lieux , où , comme au .Robert , ces maladies sont endémiques , ce serait une mesure d’économie et d’humanité que de faire faire aux soldats des distributions de vin, ou tout au moins de rhum , par lesquelles on préviendrait la mort d un très-grand nombre , et les dépenses immenses que coûte dans les hôpitaux la guérison douteuse de beaucoup d’autres.

S< VII. — Z)(° /a Marche des Troupes.

Les circonstances qui, dans l’Archipel, tendent à altérer la santé des troupes , sont bien plus nombreuses encore pendant les marches que dans les garnisons ; et ce n’est que par des soins attentifs et vigilans qu’on peut avoir l’espoir de préserver les militaires du danger de leur action. L’atonie dont une atmosphère humide et brûlante frappe tous les organes, et principalement le système musculaire, ne permet point d’attendre du soldat des marches aussi

longues et aussi rapides que dans les pays froids, sur-touS s’il n'a pas encore contracté l’habitude du climat. Dans les commencemens de son séjour aux Indes Occioentales , l’Européen éprouve une telle prostration de forces , que souvent un trajet de quelques centaines de toises suflit pour l’accabler de la fatigue la plus violente. Il esi vrai que cette inaptitude aux exercices du corps diminue dans la suite , mais elle ne cesse jamais au point que l’homme Vigoureux et bien portant puisse exécuter sans un danger éminent ce qu’il faisait sans effort sous la zone tempérée.

Indépendamment des précautions qu’indiquent les localités , il faut généralement , lors des mouvemens des troupes ,

r.® Substituer autant que possible les trajets par mer aux marches à travers le pays , nonobstant la répugnance que les soldats ont presque toujours à s’embarquer , et les dépenses que cette opération cause souvent aux régimens ^ par la perte des armes et les avaries des effets d habillement et d’équipement ; . *

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