‹ ESSAI SUR L'IDÉE ATTACHÉE AU MOT « ESPRIT » DANS L'ANCIEN TESTAMENTChapitre 3 sur 4 · Deuxième partie · texte numérisé non relu

Deuxième partie

MANIFESTATIONS DU ROUACH-ADONAI.

a) Dans la nature extérieure.

Il n’est pas rare que nous trouvions dans les différents livres del’Ancien Testament lexpression Rouach Adonai, Rouach Elohim, Rouach Hakodesch, ou Rouach tout seul dans le même sens. Nous allons examiner les eflets, les manifestations de cet esprit de Dieu ou esprit Saint.

D'après la doctrine de l’Ancien Testament, Dieu est dans le rapport le plus intime avec sa création dans laquelle il est continuellement actif ou plutôt c’est son esprit qui, sortant de lui, entre en activité.

Les Anciens envisageaient particulièrement les changements, les évolutions, les formations qui ont lieu dansle monde visible; ils ne connaissaient ni les lois ni les forces qui gouvernent les mouvements des corps; tous les phénomènes ils les rattachaient directement à Dieu, à son infinie grandeur et à sa toute-puissance. Cest Dieu qui tous les jours appelle le soleil, les astres, qui envoie la pluie, la neige, la grêle; c’est lui qui soulève le vent, c’est lui qui donne et qui enlève la vie aux êtres. Tout ce qui arrive est ramené à -la volonté immédiate de Dieu. La nature est pénétrée de cette action continue del’Étre infini jusque dans ses derniers mouvements : rien ne se fait au hasard, tout vient de Dieu , tout est ordonné par lui. Mais cette action est le plus souvent attribuée à l'esprit, au "N°7.

C’est cet esprit qui se manifesie ordinairement dans l'existence naturelle, dans le développement, en un mot, dans l’histoire des choses, en prenant ce terme dans son acceplion la plus étendue. Ainsi dans la création le °° plane comme force créatrice, vivifiante et fécondante au-dessus de la matière inerte (êveoyeca Cœvun, selon Chrysostome, Gen. F, 2).

Ce passage cependant est entièrement controversé : selon Onkelos et les rabbins, Basile, Ambroise etc., ce 77 ne désigne qu’un vent fort qui aurait servi à sécher la matière inerte de la terre et à séparer ainsi la terre ferme des eaux ; il est vrai que le mot a souvent ce sens, comme nous l'avons vu dans le chapitre précédent, mais ici nous ne saurions l’admettre ; le verbe qui suit s'y oppose, en outre ce n’est point par le, mais par l'étendue (Die Veste, v. 7) que la terre est délivrée des masses d'eaux. Il est question ici de la force

créatrice de Dieu qui pénètre la nature entière pour lui donner la forme et la vie (Cf. Ps. CIV, 19; Job XXVI, 13). Pourtant elle n’est pas renfermée dans la nature, se confondant avec elle; elle s’en sépare au contraire pour planer sur la création. Cette idée de planer est exprimée par le verbe rachaph qui ailleurs aussi se dit de l’aigle qui plane au-dessus de ses petits pour les protéger (Deut. XXXII, 11). C’est pourquoi les talmudistes comparaient déjà l'esprit de Dieu avec une colombe, tel qu'il prend un corps dans Matth. I, 46; Marc 1, 10; Luc IL, 29, et chez quelques pères de l'Église nous entrevoyons l’idée de l’œuf du monde (Weltei) qui sans aucun doute est étrangère à l'esprit de la Genèse.

Il n’est pas difficile de citer des passages où le mot désigne la puissance de Dieu en général, par exemple (Ës. XI, 4); Jehovah anéantit les ennemis avec le simple 7 ou avec le ” de ses lèvres, c’est-à-dire avec la force de sa parole, avec la puissance de la vérité; le ” a donc aussi une force destructive. Mais ailleurs nous le retrouvons dans un sens moins général, comme puissance, force créatrice (Ps. XXXIIT, 6), les cieux ont été faits par la parole de l'Éternel et leur armée par le souffle de sa bouche (Job XXIIT, 13 etc.). Cela justifie l'explication que nous venons de donner de Gen. I, 2. ” est le principe de vie de tous les êtres animés ; le sort des enfants d'Adam et celui des animaux est le même, le même esprit est en eux, ils sont faits de poussière, et ils y retournent. Dieu leur donne et leur retire le (Job XXXIIL, 4; Éz. XXX VII, 13 etc.).

On se rappelle ici naturellement l’histoire de la créaton de l'homme, quand Dieu souffla dans ses narines

le souffle de la respiration. En cet endroit #èphèsch remplace” et en effet nous avons fait remarquer précédemment que les deux termes sont souvent synonymes (Gen. VI,17; VIII, 22; És. XLII, 5). Peut-être l’auteur met-il #èphèsch pour désigner les êtres animés en général, et n’applique-t-il qu’à l’homme en particulier, car Ce dernier paraît désigner quelque chose de plus élevé, de plus noble. Le passage Nomb. XXVIF, 16 ne peut rien prouver dans cette question, parce qu'il est évident que le mot chair ne désigne pas tous les êtres animés de la terre, mais l’homme en particulier.

b) Effets du Rouach Adonai dans l'homme en général.

Le ’N'7 n’exerce pas seulement son influence sur le monde extérieur, mais surtout aussi sur l’homme. Nonseulement il crée l’homme, lui donne la respiration, le principe de la vie physique qu'il conserve et qu’il développe, mais à certaines occasions il descend sur lui, lui donne des forces nouvelles et particulières, le remplit, l'anime, l’agite, l’excite, le pousse à parler, à agir ; il s'empare de l’homme lout entier, il détermine sa manière de faire, imprime une direction énergique à sa volonté ; rehausse, augmente ses forces physiques el spirituelles ; développe son caractère moral, lui inspire la crainte de Dieu, le conduit sur les voies de l'Éternel, l’excite au bien, en général l'élève et le spiritualise.

Quand un homme fait preuve de forces physiques extraordinaires ou d’un courage remarquable, c’est le ” de Dieu qui est descendu sur lui et qui lui a donné ces forces et ce courage (Jug. IIT, 7-10). Ainsi les enfants d'Israël en captivité crièrent à l'Éternel qui leur

ie

envoya Othniel sur lequel reposait le” (Jug. VI, 34). De même l'esprit de l'Éternel pénétra Gédéon qui devait se mettre à la tête d’une expédition. Le ° fut aussi ‘sur Jephté, anima Samson et lui donna une force telle qu'il put se rendre maître d’un lion comme d’un chevreau , sans autres armes que ses mains (Jug. XIV, 6). L'Éternel réveille le * des rois de Médie pour marcher contre Babylone (Jér. LI, 41), il excite le" de Zorobabel, gouverneur de Juda (Ag. I, 44) et le de Jehoschuah, grand sacrificateur, et l’esprit de tout le peuple pour travailler à la maison de l'Éternel etc.

De même le > rehausse et fortifie les facultés intellectuelles; une science nouvelle, un travail fait avec art, en général tout ce qui indique une force spirituelle extraordinaire, est l’œuvre de *N’*. Ce sont des personnes remplies de l'esprit de science, celles qui doivent faire des vêtements à Aaron chargé de la sacrificature (Ex. XXVIIT, 3). Bethsaleel a été rempli de l'esprit de Dieu, en industrie, en intelligence, en science pour toutes sortes d'ouvrages (Ex. XXXI, 2-6; XXX V, 30-35). «L'esprit de Dieu lui enseigne à inventer tout ce qu’on peut faire en or, en argent et en airain, dans la sculpture des pierres et dans la menuiserie, il le rend fécond en invention...»

Le ’N°* reposera sur [saïe, l’esprit de sagesse, d’intelligence, de conseil et de force, l'esprit de science et de crainte de l'Éternel (És. XI, 2). C’est lui qui rend l’homme sage, c’est l'inspiration du Tout-Puissant qui le rend intelligent (Job XXXIT, 8). C'est lui qui parlait par la bouche de David quand celui-ci composait les cantiques d'Israël (És. XI, 2).

Les Juifs revenant de la captivité, chantent les louan-

ges du Seigneur, célèbrent ses bienfaits et le bénissent d’avoir répandu sur Israël dans le désert le bon *; qui les a rendus sages (Néhém. IX, 20). C’est grâce au *N'7 que le jeune Daniel peut interpréter le songe de Nabuchodonosor qu'aucun sage du pays ne pouvait expliquer (Dan. IV, 18).

Cest l'esprit de Jéhovah qui rend les princes aptes à gouverner ; il repose sur ceux qui ont en main la di- rection du peuple (Nomb. XI, 17). Ainsi l'Éternel prit une partie de l’esprit qui était sur Moïse et le répandit sur les soixante et dix hommes anciens que Moïse avait assemblés (Nomb. XI, 25). Ceux-ci commencèrent à prophétiser, c’est-à-dire à donner des conseils au peuple sur sa destinée future, au nom de Jéhovah comme étant ses organes. Le ”* abandonne l’un pour se poser sur un autre ; ainsi quand Samuel oint David, le vient sur lui et abandonne Saül qui tombe alors sous la domination d’un mauvais 7 (1 Sam. XVI, 13-15). Ce dernier lui était envoyé par Dieu parce qu'il était jaloux des succès de David et qu'il cherchait à le tuer.

Le ” éclaire les juges, il les exhorte à rendre des jugements bons et justes; il se pose sur Othniel pour qu'il juge le peuple (Jug. IT, 10). Il saisit David pour qu'il devienne le modèle des rois (1 Sam. XVI, 43). C'est par le ”? que Salomon a une sagesse et une intelligence aussi abondante que le sable qui est sur les bords de la mer, car il est plus sage qu'aucun homme (4 Rois IV, 29 et 30).

Si le courage, la force ou la sagesse succombent, c’est une preuve que l'Éternel a retiré son 1.

L'esprit de Dieu n’exerce pas seulement une imfluence puissante et.salutaire sur l'intelligence, 1l s’a-

dresse aussi au caractère moral de l’homme, il sanctifie et purifie ses dispositions morales. Il inspire la crainte de Jéhovah et conduit sur les voies de l'Éternel. (És. XI, 2), l'esprit de crainte de l'Éternel reposera sur le rejeton du trône d’Isaïe (Éz. XXXVI, 26 et 27), l'Éternel donnera un nouveau cœur aux Israélites, etilmettra en eux un esprit nouveau quand il les aura ramenés dans leur terre (És. XLII, 1). Dieu a mis son esprit sur son serviteur pour qu'il exerce la justice parmi les nations. David supplie l'Éternel que le bon esprit le conduise dans le droit chemin. Il doit done aussi y avoir un mauvais esprit : en effet, nous trouvons un Rowach schèkèr, un Rouach raah : ainsi 4 Rois XXII, 19-24 ,un passage où le Rouach semble être personnifié d’une manière frappante. L'Éternel demande qui séduira Achab afin qu’il périsse à Ramoth; alors un esprit s’avança, se tint devant l'Éternel, et dit: «Je le séduirai, je serai un esprit menteur dans la bouche de tous les prophètes.» Et l'Éternel dit: «Tu le séduiras, sors et fais comme tu dis.»

[l est inutile de dire que ce récit ne se rapporte pas à un fait historique, bien que se trouvant dans un livre historique. L'esprit se présenta, non celui de Naboth, non pas une personnalité spirituelle plus élevée, non pas un être méchant de sa nature, mais peut-être à cause de l’article et parce que les autres prophètes étaient regardés comme de vrais prophètes de Jéhovah, l'esprit personnifié de la prophétie qui, avec la volonté de Dieu, peut assi devenir un Rouach schèkèr , un esprit menteur, imposteur, trompeur. Le Rouach raah est une force qui exerce son influence sur le moral de l’homme, force que l'homme peut employer comme

une source de mal moral, comme il peut s’en servir pour répondre aux desseins que Dieu a formés ; c’est le mal attaché au cœur de l’homme, qu’il peut combattre avec plus ou moins d’ardeur. Sa manifestation dépend donc de la volonté morale de l’homme, et celui-ci peut l'employer conformément ou contrairement aux fins que l'Éternel se propose. Le passage en tous les cas n’a rien de démonologique.

c) Dans les prophètes.

Jusqu'ici nous avons considéré le Rouach comme exerçant une influence sur les hommes en général, avec plus ou moins de force selon les desseins de l’Éternel ou les capacités naturelles de l’homme. Nous avons vu que ceux qui possèdent le Rouach se distinguent des autres par une supériorité marquée, par une force physique, intellectuelle ou morale extraordinaire; leur courage est plus vif et plus décidé, leur intelligence plus forte et plus étendue, leur volonté plus ferme et plus conforme à celle de Dieu, en général leur sphère d'activité est plus vaste.

Nous allons voir maintenant le Rouach exerçant une action particulière sur une certaine classe d'hommes, sur les nebiim, prophètes. Ce sont des hommes qui doivent plus particulièrement servir l'Éternel, en vue des fins qu'il s’est proposées, qui vivent en communauté ou isolés, qui se disent appelés par Jéhovah ou poussés par son Rouach à embrasser avec zèle et enthousiasme la cause de l'Éternel, à veiller à l'exécution des ses commandements, à instruire le peuple par leur parole et par leur exemple, à être, pour ainsi dire, les interprètes entre Dieu et les hommes, l'instrument par

lequel Jéhovah fait connaître aux hommes sa volonté dans les différentes sphères qu’elle embrasse, soit par rapport à l’avenir (prédictions), soit dans la nature (enseignement sur Dieu et le monde), soit enfin dans la conscience (prédication de la loi morale).

Ils sont appelés ansché èlohim , èbedé adonat , melakim adonai, quelquefois Zophèh, Mezaphèh, Schomer, gardiens (Ésaïe, Jérémie, Ézéchiel, Michée), Roèk, Chosèh (Samuel, Gad, Hanani, Amos etc.), ce qui signifie également qu’ils entrevoyaient les mystères, les desseins de Dieu et qu’ilsétaient par conséquent en état de les dévoiler aux autres. [ls sont désignés dans Ancien Testament par le mot nabi, de nabah parler, proclamer, suivant une inspiration divine, et plus tard par celui de roopncns, prophète. Ce n'est pas précisément un homme prévoyant et prédisant Pavenir. La racine est xçogmu, non dans les sens de prédire, mais dans celui de proférer, de proclamer, palam proferre , un homme qui fait fonction d’intermédiaire et qui fait part à quelqu'un d'une manière claire et lucide desarrêts, des décisions, de la volonté d’un autre. Michée nous décrit tout spécialement les qualités d’un prophète, en disant: Je suis rempli par l'esprit de l'Éternel de vertu, de justice et de force, afin que je déclare à Jacob son crime et à Israël son péché (Mich. HE, 8). L'Éternel a sommé les Israélites en manifestant son Esprit par le ministère des prophètes (Néh. IX, 30 ; cf. Zach. VIE, 49 etc). Ils sont . donc tout particulièrement sous l’influence du Rouach élohim qui est sur eux, qui est descendu, tombé sur eux, qui les remplit, les pousse, les enlève parce que Dieu le leur a donné, l'a répandu sur eux. Cest pourquoi un prophète peut être appelé isch rouach (Osée

IX, 7). Les LXX traduisent ce terme par dvTQUTOS 6 nvevuaTropogog , la Vulgate par vir spiritualis, c'est-àdire l’homme sur lequel s’est posé l'esprit de Dieu.

Une expression équivalente se trouve dans Éz. I, 3; IT, 14 etc., où il est question de la main de l'Éternel qui vient sur quelqu'un, c’est-à-dire qui l’inspire comme un prophète (cf. Luc XI, 20 ; Matth. XII, 98).

Quelquefois les prophètes sont, matériellement parlant, les instruments passifs du Rouach. Ainsi Abdias n'a pas le courage d'annoncer à Achab la présence d'Élie par crainte que le Rouach ne l’enlève (4 Rois XVIII, 11, 12). On cherchait si peut-être l'esprit de Dieu avait enlevé Élisée pour le jeter sur quelque montagne ou dans quelque vallée (2 Rois IT, 46). L'esprit éleva et emporta Ézéchiel (Éz. IL, 14). C'est l'esprit qui le conduit (Éz. XI, 7 ; XLUIL, 5), qui l’entraîne même dans les airs en le saisissant par la chevelure de sa tête (Ez. VIIT, 3). Esaïe dit que c’est le Seigneur Éternel et son esprit qui l'ont envoyé (És. XLVIIL, 16), et Zacharie reproche au peuple d'Israël de ne point écouter la loi et les paroles que l'Éternel des armées leur a adressées par son esprit, au moyen des prophètes antérieurs.

Il est probable que c’est seulement depuis Samuel que la qualité de prophète fut regardée chez les Israélites comme une véritable charge spéciale. Il paraît que Samuel prit certaines dispositions pour l'instruction des prophètes ; il est regardé comme le fondateur des écoles de prophètes et c’est avec lui à vrai dire que commence l’époque du prophétisme. Nous trouvons alors les prophètes constitués en sociétés, ils demeurent ensemble à Najoth, Samuel à leur tête. De même nous les trouvons plus tard, du temps d'Élie et d'Élisée (850 avant Jésus-

Christ),réunis en sociétés et demeurant en commun. Les élèves qu’on instruisait, s’appelaient bens nebiim, ils étaient dirigés par un chef, d’abord par Samuel, plus tard par Élie et enfin par Élisée qu'Élie lui- même avait consacré sur les ordres de l'Éternel. Plus tard ils ne sont plus réunis, ils ne paraissent plus qu’isolément jusqu’après l'exil. A partir de ce moment l'inspiration prophétique cessa tout à fait parmi les Israélites, qui euxmêmes sentaient que l'esprit de prophétie avait quitté Israël et attendaient le moment où un nouveau prophète surgirait pour leur communiquer les paroles de Jéhovah d’après une révélation spéciale de Dieu (1 Macc. IX, 27; IV,26; XXIV, 41).

La plupart des prophètes l’étaient non-seulement parce qu'ils avaient été instruits à cet effet, mais parce qu'ils se sentaient envoyés par Dieu; chacun pouvait le devenir s’il avait les qualités nécessaires et qu'il y fût

“appelé par une vocation particulière; quelques-uns d’entre eux étaient d’une origine obscure et inférieure et sortaient de positions très-modestes, Amos avait été pâtre, d’autres (Jérémie, Ézéchiel) appartenaient à des familles de prêtres.

L'esprit de l'Éternel tombasurSaül lorsqu’ ilrencontra une troupe de prophètes qui venaient du haut lieu ou de l’autel, ayant devant eux une lyre,un tambour, une flûte et une harpe et qui prophétisaient, c’est-à-dire chantaient avec enthousiasme des hymnes à la louange de l'Éternel; tout le monde en fut étonné, car Saül n'avait Jamais été prophète et ne le resta pas. (1 Sam. Ke 5):

(1 Sam. XIX, 20). Saül envoya des messagers pour chercher David, qu’il voulait mettre à mort et qui s’était

sauvé auprès de Samuel à Najoth dans les demeures des prophètes. Quand les émissaires aperçurent ces derniers qui prophétisaient, et Samuel à leur tête, l'esprit de Dieu vint sur eux et ils prophétisèrent aussi. Saül en fut averti, il envoya d'autres messagers qui prophétisèrent de même, une troisième fois les messagers du roi tombèrent dans le même état, enfin Saül alla lui-même et l'esprit de Dieu fut aussi sur lui, et il se dépouilla de ses vêtements, tomba à terre et prophétisa comme les autres. Au milieu des horreurs de l’idolâtrie le ”” saisit Zacharie (2 Chr. XXIV, 20). Le ” donc inspire, excite et anime ceux qui travaillent contre la cause de Jéhovah, et son action est plus ou moins forte, plus ou moins prolongée. Quand Dieu eut donné le ” aux soixante-dix anciens ils étaient nebiim aussi longtemps que le.’N'" restait sur eux (Nomb. XI, 25).

L'esprit de Dieu est donc une disposition particulière donnée par Dieu et attachée par lui à certaines conditions en vue de quelque chose qui répond à ses desseins, disposition qui un jour sera générale; dans les temps messianiques tous les membres du royaume de Dieu l’auront. En principe le ”? n’était donné qu’à peu d'hommes choisis par l'Éternel, mais il viendra un temps où tous les membres d'Israël seront des nebiim, des prophètes. Dieu répandra son esprit sur la postérité d'Israël à son grand jour; quand il versera son "7 sur toute chair, les fils et les filles d'Israël prophétiseront, les vieillards auront des songes et les jeunes gens des visions (Éz. XXX VI, 27; XXX VII, 14; Joël INT, 1,2; És. XLIV, 3). Ésaïe prédit une désolation générale et des désastres de tout genre jusqu’à ce que l'esprit soit descendu d’en haut (És. XXXII, 15). Le Rouach peut exercer son

action sur toutes les facultés en même temps, mais comme ces dernières ne sont pas développées au même degré chez tous les hommes, le Rouach'agit quelquefois dans une seule direction avec plus ou moins d’intensité. Chez les uns ses manifestations sont douces et produisent la tranquillité d'âme, la piété ; d’autres fois l'esprit exerce une action plus véhémente : ceux qui subissent son influence sont vivement saisis, perdent quelquefois connaissance, et leurs oracles en ce cas sont accompagnés d’exclamations subites et de gestes désordonnés. En un mot dans la manière des prophètes dénoncer leurs oracles, il y des différences qui ont leur raison d’être dans l’individualité d’un chacun et dans le caractère de l’époque où ils vivaient. À l’origine, ils rapportaient oralement ce que le Rouach Adonai leur avait inspiré, cela ressort de plusieurs passages (És. VIT; Amos VIT, 10 et suiv. etc.), sans qu'eux-mêmes ou les autres songeassent à fixer leurs prédications par l'écriture, afin de les conserver ainsi à la postérité; c’est pour cette raison qu'il y a des siècles entiers après l’époque de Samuel qui ne nous ont presque rien légué en fait de prophéties, du moins rien de complet. Il est probable que ces prophéties revêlaient un langage poétique et lyrique, et que souvent même elles étaient accompagnées de musique (1 Sam. X, 15 et suiv. cf. 2 Rois IIT). Les prophêtes parlaient au son de la lyre, du tambour, de la flûte et de la harpe; en général un moyen extérieur devait bien souvent servir à stimuler, à exciter leur enthousiasme. Chez quelques-uns au contraire, dont les écrits datent d’un temps postérieur, le langage est prosaïque, nous citerons Ézéchiel, Aggée, Zacharie et Malachie.

Le plus souvent les oracles étaient rendus dans des

discours chaleureux, éloquents et d’une abondance remarquable, dans lesquels les prophètes énonçaient des idées parfaitement claires et dont ils avaient eux-mêmes conscience. En effet, nous ne saurions admettre que pendant leur enthousiasme prophétique ils n’aient été que des instruments passifs et aveugles, que l'activité de leur esprit fût en quelque sorte enchaïînée et anéantie par l’action de l’esprit divin, au point qu’eux-mêmes ne se rendissent pas compte de ce qu’ils devaient annoncer. C’est le rôle machinal que leur font jouer les explications orthodoxes; Justin Martyr déjà va jusqu’à les comparer à des flûtes sur lesquelles l'esprit de Dieu jouait toutes sortes de mélodies *.

Mais comment eussent-ils pu conserver un souvenir assez précis deleurs prédications pour les noter plus tard? Leurs enseignements se répandaient en improvisations brillantes et spontanées, répandues ensuite au loin par la tradition et transmises à la postérité au moyen de l'Écriture. C'était là pour plusieurs d’entre eux la manière habituelle de procéder.

On constate et l’on comprend aisément que tous les prophètes n'étaient pas inspirés au même degré, l’inspiration dépendait des circonstances extérieures, des dispositions naturelles, du caractère de chacun et enfin des desseins infiniment variés de l'Éternel. Cet enthousiasme prophétique arrive à son apogée dans lextase, dans les visions, c’est-à-dire dans des états où l’homme s'élève pour ainsi dire au-dessus du monde qui l’entoure, où la raison est proscrite et cède la place à l'imagination. Celle-ci s'emparant du monde invisible, imac-

1Voy. Reuss, Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique, t. Ier, p. 19.

cessible aux sens, le modifiait, le transformait et l’amenait en quelque sorte sur la terre , revêtu de formes matérielles et sensibles.

Cest le plus souvent Dieu et ses qualités qui sont l'objet de ces visions surtout chez Ézéchiel (dans És. VI, Amos VIIT et suiv. etc.) Des formes poétiques, des expressions figurées servaient aux prophètes à rendre d’une façon claire et compréhensible leurs pensées, quand ils ne s'étaient pas trouvés auparavant dans un état visionnaire tel que nous venons de le décrire. Ces visions étaient données par Dieu ou plutôt par son esprit. qui animait et excitait les prophètes. Les mêmes observations s'appliquent aux actes symboliques qu’ils accomplissaient également dans le but de se faire mieux comprendre, de faire pénétrer la vérité au moyen des sens dans l'esprit et le cœur des assistants. Ainsi le prophète Ahia (1 Rois XI,99 et suiv.), annonçant à Jéroboam qu'il règnerait sur le royaume d'Israël quand celui-ci serait détaché de Judas, prend la robe neuve dont il était revêtu et la déchire en morceaux. Dix en sont donnés à Jéroboam, car ainsi l’a dit l'Éternel: « Voici, je m'en vais déchirer le royaume d'entre les mains de Salomon et je en donnerai dix tribus» (Cf. 4 Rois XXII, 11; Jér. XIE, 1-7; Éz. XIE, 1-7; Os. I, 2). Les révélations divines sont reçues par les prophètes de diverses manières, mais toujours au moyen du 7; par lui l'Éternel leur fait connaître ce qu'il est bon qu’ils sachent.

Nous avons déjà eu l’occasion de toucher en passant à un côté particulier de l’activité prophétique, auquel, il est vrai, on attache souvent une importance exagérée. Cependant il convient de le prendre en considération; ce sont les arrêts prophétiques se rapportant à

l'avenir, les prédictions. Elles ont toujours un but moral et pratique, parce qu’elles ont le plus souvent en vue la conduite et le caractère d'Israël ; elles menacent de punitions les méchants et promettent la joie et le bonheur à ceux qui s’'amenderont. Elles s'adressent souvent à des rois ou à des familles royales, quelquefois à des villes ou à des peuples entiers! ; ce sont toujours des masses, non des individus, auxquelles les décrets de la justice céleste sont annoncés. Les prédictions vont jusqu’à évaluer les malheurs et les bénédictions à venir et à déterminer les moyens dont Dieu se servira pour la réalisation de ses menaces et de ses promesses. Les peuples ennemis sont ordinairement désignés comme exécuteurs des châtiments divins, mais d’autres fois ils sont l’objet de la malédiction des prophètes.

Les opinions les plus diverses ont été émises sur l'interprétation que l’on peut donner de ces prédictions. D'un côté on est allé trop loin en les regardant comme des prédictions de l’avenir dans le véritable sens du mot; d’autres, au contraire, ont fait trop peu de cas de l'élévation et de la pénétration d’esprit de ces prophètes. C’étaient des hommes plus capables que les autres d’apprécier la situation des individus et des nations. Ils pouvaient donc déduire du passé et du présent des probabilités presque certaines pour l’avenir. Ce qu’on a appelé leurs prédictions, c'était plutôt l’expression de leurs craintes et de leurs espérances, qui leur étaient inspirées par leur expérience et par un ardent amour de la patrie, et dont la forme est due à leur imagination poétique. Ils n’ont jamais parlé de l’avenir pour

1Voy. Reuss, Histoire de la théologie chrétienne au siècle aposlolique, t. 1e, p. 38.

satisfaire la curiosité, mais pour exprimer un besoin de la nation, pour prévenir des malheurs menaçants, pour ranimer l'espoir des opprimés; leurs prédictions se rattachent à leurs instructions, à leurs préeeptes, à leurs exhortations ; elles leur donnent plus de force et plus de valeur. Comme telles aussi, peu importait leur accomplissement, elles restaient toujours et éternellement vraies, car comme c'était l'esprit de Dieu, le Rouach Adonai, qui les leur avait inspirées , elles portaient leur vérité en elles.

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