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CHAPITRE II

L’imagination créatrice chez l’enfant.

A quel âge, sous quelle forme, dans quelles circonstances, l’imagination créatrice fait-elle son apparition? Il est impossible de répondre à cette question qui a d’ailleurs à peine sa raison d’être; car l’imagination créatrice émerge peu à peu de la pure reproduction, elle en sort par évolution non par éruption.

Toutefois son évolution est assez tardive pour des causes organiques et psychologiques.

Sur les causes organiques, on ne pourrait insister sans tomber dans des répétitions fastidieuses. Le nouveau-né est un être spinal, à cerveau amorphe, riche en eau, diffluent. Chez lui, la vie réflexe elle-même n’est pas complète et le système cortico-moteur n’est qu’ébauché; les centres sensoriels sont indifférenciés, les systèmes d’association restent isolés longtemps après la naissance. Nous avons rapporté plus haut les observations de Flechsig sur ce point.

Les causes psychologiques se réduisent à la nécessité d’une consolidation des opérations primaires et secondaires de l’esprit, sans lesquelles l’imagination créatrice ne peut se constituer. Pour préciser, on peut avec Baldwin distinguer quatre époques dans le développement mental

l’imagination créatrice chez l’enfant

de l’enfant : 1° affective (processus sensoriels rudimentaires, plaisirs et douleurs, adaptations motrices simples) ; 2° et 3° objective, où l’auteur établit deux stades : dans le premier, apparition des sens spéciaux, de la mémoire, des instincts surtout défensifs, de l’imitation ; dans le second, mémoire complexe, mouvements complexes, action offensive, volonté rudimentaire; 4° subjective ou finale (pensée consciente, volonté constituée, émotion idéale). Si l’on accepte ce schéma comme approchant de la réalité, le moment*de l’imagination doit être assigné à la troisième époque (deuxième phase de l’époque objective), qui remplit les conditions nécessaires et suffisantes pour qu’elle puisse naître et s’élever au-dessus de la pure reproduction.

A l’àge propice quel qu’il soit, l’étude de l’imagination infantile n’est pas sans difficultés. Pour pénétrer dans l’enfant, il faudrait redevenir comme lui ; nous sommes réduits à l’interpréter en adultes avec beaucoup de contresens possibles, accordant trop où trop peu. De plus, les enfants que l’on observe, vivent et croissent dans un milieu civilisé. Il en résulte que le développement de leur imagination est rarement libre et complet; car dès que la fantaisie dépasse le niveau moyen, l’éducation rationaliste des parents et des maîtres s’empresse de la maîtriser et de la dompter. Elle est refrénée dans son essor par une puissance antagoniste qui la traite comme un commencement de folie. En fait, elle ne donne sa mesui'e et ne se révèle dans sa plénitude que chez les peuples primitifs. Enfin, les enfants ne sont pas également bons pour cette étude; il faut faire le départ entre les imaginatifs et les non-imaginatifs : ceux-ci doivent être éliminés.

Quand on a ainsi choisi les sujets convenables, l’observation montre dès l’origine des variétés assez tranchées,

des orientations différentes de l’imagination dépendant de causes intellectuelles telles que la prédominance des images visuelles, ou acoustiques, ou tactiles-motrices qui disposent à l’invention mécanique; dépendant de causes affectives, c’est-à-dire du caractère, suivant qu’il est craintif, joyeux, exubérant, renfermé, sain, maladif, etc.

Si maintenant on essaie de suivre le développement de l'imagination infantile, on peut distinguer quatre stades principaux, sans leur attribuer d’ailleurs un ordre chronologique rigoureux.

I. Le premier stade consiste dans le passage de l’imagination passive à l’imagination créatrice. Son histoire serait longue, si l’on recueillait toutes les formes hybrides qui sont faites en partie de souvenirs, en partie de groupements nouveaux, qui sont à ta fois répétition et construction. Môme chez l’adulte, elles sont fréquentes. Je connais une personne qui a toujours peur d’étouffer et qui, pour cette raison, recommande instamment que, dans son cercueil, sa chemise ne soit pas serrée au cou : celte préoccupation bizarre n’appartient en propre ni à la mémoire ni à l’imagination. Ce cas particulier traduit sous une forme claire la nature des premières démarches de l’esprit qui s’essaie à imaginer. Sans énumérer d’autres faits de ce genre, il est préférable de suivre le développement imaginatif en se rattachant à deux formes de la vie psychique r la perception et l’illusion. La présence nécessaire de l’image dans l’une et dans l’autre a été si souvent établie par la psychologie contemporaine qu’il suffira de quelques mots de rappel.

Entre la perception qui saisit le réel et l’imagination l’opposition semble radicale. Cependant, on admet généralement que pour s’élever au-dessus du sentir, pour per-

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