‹ Essai sur l'imagination créatriceChapitre 24 sur 72 · La Civilisation primitive, I, p · texte numérisé non relu

La Civilisation primitive, I, p

2. Consulter sur ce point l’ouvrape si riche en documents de W. Crooke : The popular Religion and Folk-lore- of non hem India, 1897

3. « L’Indien qui parcourt la Montana ne se sent jamais seul. Des

Finalement, le mécanisme psychologique du moment de la création est très simple. Il dépend d’un unique facteur précédemment étudié : la pensée par analogie. Il s’agit d’abord — et c’est l’essentiel — de concevoir des êtres analogues à nous, coulés dans notre moule, taillés d’après notre patron, c’est-à-dire sentant et agissant : ensuite de les qualifier et déterminer selon les attributs de notre nature. Mais la logique des images, très différente de celle de la raison, conclut d’une ressemblance subjective à une ressemblance objective; elle tient pour semblable ce qui lui parait semblable; elle attribue à une liaison interne entre les images la valeur d’une liaison externe entre les choses. D’où le désaccord entre le monde imaginé et le monde réel. « Les analogies qui ne sont pour nous que des fantaisies étaient pour l’homme des temps passés la réalité. » (Tylor.)

II. Dans la genèse des mythes, le second moment est celui de l’invention romanesque ; les entités prennent un corps, elles ont une histoire, des aventures; elles deviennent la matière d’un roman. Les peuples d’imagination pauvre et sèche n’atteignent pas cette seconde période. Ainsi la religion des Romains peuplait l’univers d’une quantité innombrable de « Génies ». Pas un objet, un acte, un détail qui n’ait le sien. Il y en a pour le blé qui germe.

légions d’élres lui font cortège. La nalure entière à laquelle il prête une âme, lui parle dans le bruit du vent, dans le grondement des cascades. L’insecte comme l’oiseau, tout, jusqu’à la branche qui ploie, trempée de rosée, possède pour lui un langage, une personnalité distincte. La forêt s’anime dans ses profondeurs, elle a ses caprices, ses colères; elle écarte le hallier sous les pas du chasseur, ou bien l'i treint plus étroitement, l’attire dans des marécages empestés, dans des-fondrières sans issue où de misérables lutins épuiseront sur lui leurs maléfices, boiront son sang en collant leurs lèvres sur les blessures faites par les ronces. L’Indien sait tout cela; il connaît par leurs noms ces redoutables génies. » Mon-

qui pousse, qui fleurit, qui se rouille; pour la porte, ses ’ gonds, sa serrure, etc.. C’est une myriade d’entités nuageuses, amorphes; c’est l’animisme arrêté à son premier stade : l’abstraction a tué l’imagination.

Ces légendes et récits d’aventures qui constituent la matière de la mythologie, qui les a créés? Probablement des inspirés, prêtres ou prophètes; peut-être sont-ils sortis des songes, de l’hallucination, des troubles de la folie; ils dérivent de plusieurs sources. Quelle qu’en soit l’origine, ils sont l’œuvre de ces esprits imaginatifs par excellence (que nous étudierons plus tard) qui, en face d’un événement quelconque, doivent en raison de leur nature bâtir un roman.

Outre l’analogie, cette création imaginative a pour principal ressort la forme d’association précédemment décrite sous le nom de « constellation ». On sait qu’elle consiste en ce que l’évocation d’un groupe d’images est, dans certains cas, le résultat d’une tendance qui prévaut entre plusieurs possibles, à un moment donné. Cette opération a été exposée théoriquement avec quelques exemples individuels à 1 appui 1 ; mais pour en mesurer la valeur, il faut la voir agissant par grandes masses. Les mythes nous le permettent. Ordinairement, on les étudie dans leur développementhistorique, d’après leur distribution géographique ou leur caractère ethnique. Si on procède autrement, si on ne considère que leur matière, c’est-à-dire les thèmes assez peu nombreux sur lesquels l’imagination humaine a travaillé : phénomènes célestes, terrestres, déluges, origine de l’univers, de 1 homme, etc., on est surpris de l’extrême richesse des variations. Quelle diversité dans les mythes solaires, ou de la création, de l’eau, du feu! Ces variations sont

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