‹ Essai sur l'imagination créatriceChapitre 27 sur 72 · Max Müller, Ouv. cité, p · texte numérisé non relu

Max Müller, Ouv. cité, p

sensorielle; tantôt le réel (la perception) est noyé dans les images, transformé, et l’élément objectif réduit à presque rien; tantôt l’élément objectif reste le maître, mais avec ■des déformations nombreuses.

Le second procédé qui peut agir conjointement avec l’autre, est l’idéalisation. L’imagination populaire incarne ■en un homme réel son idéal d’héroïsme, de loyauté, d’amour, de piété ou de lâcheté, de férocité, de félonie et •autres perversités. Ce procédé est plus complexe. Il suppose, outre la création mythique, un travail d’abstraction par lequel, dans le personnage historique, un caractère dominateur est choisi et tout le reste supprimé, rejeté dans l’oubli : l’idéal devient un centre d’attraction autour duquel ■se forme la légende, l’invention romanesque. Que l’on -compare l’Alexandre, le Charlemagne, le Cid des traditions du moyen âge à ceux de l’histoire.

Même bien plus près de nous, ce procédé de simplification à outrance — que la loi d’inertie mentale ou du moindre effort suffît à expliquer — subsiste toujours : Lucrèce Borgia reste le type de la débauche, Henri IY de la bonhomie, etc. Les protestations des historiens et les documents qu’ils produisent n’y font rien; l’œuvre de l’imagination résiste à tous les assauts.

Pour conclure, nous venons de traverser une période de l’évolution mentale où la création imaginative règne sans partage, explique tout, suffit à tout. On a dit que l’imagination du sauvage est « une folie temporaire ». Elle nous paraît telle, bien qu’elle soit souvent un effort vers la sagesse, c’est-à-dire vers la compréhension des choses. Il serait plus juste de dire avec Tylor, « qu’elle représente un état intermédiaire entre celui d’un homme de notre temps, prosaïque et bien portant, et celui d’un fou furieux ou d’un fiévreux en délire ».

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