‹ Essai sur l'imagination créatriceChapitre 38 sur 72 · Baer,.ap. James, Pij/cAoZotfÿ, I, 639. . 'A · texte numérisé non relu

Baer,.ap. James, Pij/cAoZotfÿ, I, 639. . 'A

Les conditions psychologiques de cette variété de l’imagination créatrice sont donc : l’absence de limitation dans le temps et 1 espace, d ou la possibilité d un mouvement sans fin dans tous les sens, puis la possibilité de remplir l’un et l’autre d’une myriade d’événements vaguement entrevus. Ces événements n’étant pas susceptibles de représentations nettes quant à leur nature et à leur quantité, échappant même à une représentation schématique, l’imagination construit avec des substituts de substituts, qui sont ici des nombres.

L’imagination musicale mériterait une monographie. Ce travail exigeant, outre l’aptitude psychologique, une connaissance' approfondie de l’histoire et de la/technique musicales, né peut être tenté ici. Je ne me propose qu’une chose : montrer qu’elle a sa marque propre, particulière; qu’elle est le type de Vimagination affective.

J’ai essayé d’établir ailleurs 1 que contrairement à l’opinion commune des psychologues, il existe au moins chez beaucoup d’hommes une mémoire affective, c’est-àdire un souvenir des émotions proprement dites, et non des seules conditions intellectuelles qui les ont causées et •accompagnées. Je soutiens qu’il existe aussi une forme de ^'imagination créatrice qui est purement affective , dont la matière est faite exclusivement d’états d’âme, dispositions, désirs, aspirations, sentiments et émotions de toute sorte et que c’est Celle du compositeur génial, du musicien-né.

Le musicien vit dans un monde qui lui est propre. « Il

i. Psychologie des Sentiments, l re partie, ch. ix.

Ribot. — Imagination créatrice. ti.

LES PRINCIPAUX TYPES Il’iMAGINATION

porte dans sa tête un système cohérent d’images tonales où chaque élément a sa place et sa valeur; il perçoit les différences délicates des sons, des timbres; il arrive par l’exercice à en pénétrer les combinaisons les plus variées et la connaissance des relations harmoniques est pour lui ce que le dessin et la connaissance des couleurs sont pour le peintre : intervalles et accords, rythmes et tonalités sont comme des types auxquels il rapporte ses perceptions actuelles et qu’il fait entrer dans les constructions merveilleuses de sa fantaisie *. »

Ces éléments sonores et leurs combinaisons sont les mots d’une langue spéciale, très claire pour quelques-uns, impétrable à d’autres. On a parlé à satiété du vague de l’expression musicale; on s’est complu à soutenir que chacun peut l’interpréter à sa guise. Assurément, il faut reconnaître que le langage émotionnel n’a pas la précision du langage intellectuel; mais il en est de la musique comme tout autre idiome : il y a ceux qui ne comprennent pas, ceux qui comprennent à moitié et par suite commettent des contre-sens perpétuels, ceux qui comprennent bien ; et dans cette dernière catégorie, il y a des degrés, d’après l’aptitude à saisir les nuances, finesses et subtilités de la langue*.

Les matériaux nécessaires à cette forme de la création imaginative se sont amassés lentement. Bien des siècles ont passé depuis les premiers ûges où la voix humaine et

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