‹ Essai sur l'imagination créatriceChapitre 47 sur 72 · Mental physiology, ch. xi (fin · texte numérisé non relu

Mental physiology, ch. xi (fin

autres; on nait avec elle, comme on nait adroit ou maladroit : l’expérience ne la donne pas, elle ne permet que de l’appliquer. Quant à savoir pourquoi l’acte intuitif tantôt réussit, tantôt échoue, c’est une question qui se réduit à la distinction naturelle entre les esprits justes et les esprits faux que nous n’avons pas à examiner ici.

Sans insister sur cette condition initiale, revenons à l’imagination commerciale pour la suivre dans son développement.

L’humanité a traversé une phase pré-commerciale. Les Australiens, Fuégiens et leurs similaires paraissent n’avoir eu aucune idée d’un échange quelconque. Cette période primitive, qui fut longue, correspond à l’âge de la horde ou du clan grossier. L’invention commerciale, ainsi que toute autre, naissant de besoins — simples et indispensables au début, factices et superflus plus tard — n'a pu se produire dans cet état social fruste où les groupes n’ont guère entre eux que des rapports d’hostilité. Rien ne la sollicitait à naître. Mais, à un degré plus haut, la forme rudimentaire du commerce, l’échange en nature (ou troc) apparaît très tôt et presque partout. Puis, ce procédé long, encombrant, incommode, fait place à une invention plus ingénieuse : l’emploi des « valeurs étalons », êtres ou objets matériels, servant de commune mesure à tous les autres; leur choix a beaucoup varié suivant les temps, les lieux, les hommes (certains coquillages, le sel, des grains de cacao, des étoffes, des nattés, une vache, un esclave, etc.) ; mais cette innovation contenait tout le reste en germe, car elle a été le premier essai de substitution :

L’IMAGINATION commerciale

or, pendant la période primitive de l’évolution commerciale, le principal effort de 1 invention a consisté à trouver dans le mécanisme de l’échange des procédés de simplification croissante. Ainsi, à ces valeurs disparates succèdent les métaux précieux (en poudre, en lingots, soumis aux lenteurs et aux inconvénients de la pesée). Puis la monnaie à titre fixe, frappée sous le contrôle d’un chef ou d’un groupe social. Enfin l’or et l’argent sont remplacés par la lettre de change, le billet de banque et les nombreuses formes de la monnaie fiduciaire 1 .

Chacun de ces progrès est dû à des inventeurs. Je dis des inventeurs, parce qu’il est prouvé que chaque modification dans les moyens d’échange a été imaginée plusieurs fois, à plusieurs époques, quoique de la même manière, sur la surface de notre globe.

En résumé, le travail inventif de cette période s’est réduit à créer des procédés de plus en plus simples et rapides de substitution dans le mécanisme commercial.

L’apparition du grand commerce a dépendu de l’état de l’agriculture, de l’industrie, des voies de communications, des conditions économiques, sociales, de l’extension politique. Elle s’est produite vers la fin de la République romaine. Après l’interruption du moyen âge, l’essor reprend avec les cités italiennes, la ligne hanséatique; au xv e siècle avec les grandes découvertes maritimes; au xvi e siècle avec les Conquistadores , avides à la fois d’aventures et d’enrichissement; plus tard, avec des expéditions

1. Historiquement, l’évolution ne s’est pas toujours faite rigoureusement dans cet ordre qui paraît pourtant le plus logique. Les mandats négociables étaient connus des Assyriens et des Carthaginois. Pendant des milliers d’années, l’Egypte a usé de lingots, non de monnaie réelle; niais elle connaissait la monnaie fiduciaire. Dans le Nouveau Monde, les Péruviens faisaient usage de la balance, les Aztèques l’ignoraient, etc. Pour les détails, v. Letourneau, L'Évolution du commerce dans les diverses races humaines , Paris, 1897, part., pp. 264, 330, 334, 384, etc.

mixtes où des négociants équipent à frais communs et quelquefois accompagnent des bandes armées qui combattent pour leur compte; enfin, vient la constitution des grandes Compagnies commerciales qu’on a ingénieusement appelées « des Conquistadores en chambre ».

Nous arrivons ainsi au moment où l’invention commerciale atteint sa forme complexe et doit faire mouvoir de grandes masses. Pris d’ensemble, son mécanisme psychologique est celui de toute création quelle qu’elle soit. A la première phase, l’idée surgit, née de l’inspiration, de la réflexion ou du hasard. Une période de fermentation succède, durant laquelle l’inventeur esquisse sa construction en images, se représente la matière à exploiter, le groupement des actionnaires, l’appel des fonds, la constitution d’un capital, le mécanisme des achats et des ventes, etc. Tout cela ne diffère de la genèse d’une œuvre esthétique ou mécanique que par le but ou la nature des représentations. A la deuxième phase, il faut passer à l’exécution ; c’est un château en l’air qui doit se solidifier. Alors mille difficultés de détail apparaissent, qu’il faut résoudre : comme ailleurs, les inventions épisodiques se greffent sur l’invention principale; l’auteur laisse voir la pénurie ou la richesse de son esprit en ressources. Finalement, l’œuvre triomphe, croule ou réussit à moitié.

A s’en tenir à ces traits généraux, l’imagination commerciale ne serait que la répétition, avec quelques changements, des formes déjà étudiées, mais elle a ses caractères propres qu’il faut dégager :

1° Elle est une imagination combinatrice ou de tacticien. Antérieurement, nous n’avons rencontré rien de pareil. Cette marque spéciale dérive de la nature même de son déterminisme, très différent de celui qui s’impose à l’imagination scientifique ou mécanique.

L’IMAGINATION COMMERCIALE

Tout projet commercial pour sortir de laphase intérieure, purement imaginative et devenir une réalité, exige la mise au point, le calcul très exact d’éléments souvent nombreux, divergents et même contraires. Le négociant américain qui spécule sur les grains est dans la nécessité absolue d’être renseigné rapidement et sûrement sur la situation agricole de tous les pays du monde riches en blé et qui exportent ou importent, sur les probabilités admises de pluie ou de sécheresse, sur les tarifs douaniers des diverses nations, etc. : sans cela, il achète et vend au hasard. De plus, comme il agit sur des quantités énormes, la moindre erreur se traduit par de grosses pertes; le moindre profit sur chaque unité se mesure, se multiplie et s’accroît en un gain notable.

Outre cette intuition initiale qui révèle l’affaire et le moment opportuns, l’imagination commerciale suppose un plan de campagne bien étudié dans lés détails, pour l’attaque et la défense : un coup d’œil rapide et sûr à tous les moments de l’exécution pour modifier ce plan incessamment; c’est une forme de la guerre. Tout cet ensemble de ■conditions particulières résulte d’une condition générale : la concurrence, la lutte. Nous reviendrons sur ce point à la fin du chapitre.

Suivons jusqu’au bout le travail de l’imagination créatrice. Ainsi que les autres, ce mode d’invention'est issu ■d’un besoin, d’un désir : celui de la dilatation du self-feeling, de l’expansion de l’individu sous la forme de l’enrichissement. Mais cette tendance et avec elle la création imaginative qui en résulte, peut subir une transformation.

C’est une loi bien connue de la vie affective que ce qui ■est recherché d’abord comme moyen peut devenir une fin, être désiré pour soi-même. Un amour tout sensuel peut à la longue subir une sorte d’idéalisation ; on étudie d’abord

•Ribot. — Imagination créatrice. 16

une science parce qu’elle est utile, puis à cause de la séduction quelle inspire ; on aspire à l’argent pour le dépenser, puis pour l’entasser. Ici de même : l’inventeur financier est pris quelquefois d’une sorte d’ivresse, il ne travaille plus pour le lucre mais pour l’art; il devient un romancier à sa manière. Son imagination orientée d’abord dans le sens du gain seul, ne cherche plus que son plein épanouissement, l’affirmation et le débordement de sa puissance créatrice 1 , le, plaisir d’inventer pour inventer, de tenter l’extraordinaire, l’inouï : c’est la victoire de la construction pure. L’équilibre naturel est rompu entre les trois éléments nécessaires de la création — le mobile, la combinaison des images, le calcul. — L’élément rationnel fléchit, s’efface et le spéculateur est lancé dans l’aventure avec la possibilité d’un succès vertigineux ou d’une catastrophe retentissante. Mais remarquons bien que la cause première et unique de cette métamorphose est dans l’élément affectif et moteur, dans une hypertrophie du désir de la puissance, dans un besoin démesuré et morbide de l’expansion du moi. Ici, comme partout, la source de l’invention est dans la nature émotionnelle de l’inventeur.

2° Un second caractère propre à l’imagination commerciale, c’est l’emploi exclusif de repi'ésentations schématiques. Bien que ce procédé se rencontre aussi dans les sciences et surtout dans les inventions sociales, le type imaginatif que nous étudions a le privilège d’en user sans exceptions. C’est donc le moment convenable pour les caractériser.

J’entends par images schématiques celles qui, de leur nature, sont intermédiaires entre l’image concrète et le concept pur; mais plus rapprochées du concept. Nous avons déjà signalé des modes assez divers de représenta-

1. Cet état a été bien décrit par divers romanciers, entre autres Zola,, dans l’Argent.

l'imagination commerciale

tions : les images concrètes, matériaux propres à la création plastique et mécanique; les abstraits émotionnels de l’imagination diffïuente; les images affectives dont le type se trouve chez les musiciens; les images symboliques familières aux mystiques. Il peut sembler abusif d’ajouter une autre catégorie à cette liste. Ce n’est pourtant pas une vaine subtilité. En fait, il n’existe pas d’images en général qui,suivantla conception vulgaire, resteraient des « copies » delà réalité. Même leur répartition en visuelles, auditives, motrices, etc., ne suffît pas, parce qu’elle ne les distingue que d’après leur origine. Il y a d’autres différences. Nous avons vu que l’image, comme tout ce qui participe à la vie, subit des corrosions, pertes, déformations et transformations : d’où il résulte que ce résidu des impressions antérieures varie quant à sa composition , (c’est-à-dire en simplicité, complexité, groupement de ses éléments constitutifs, etc.), et revêt des aspects multiples. D’un autre côté, comme la différence entre les principaux types d’imagination créatrice dépend en partie des matériaux employés — de la nature des représentations qui servent à la construction mentale — une détermination précise de la nature des images propres à chaque type n’est pas une opération oiseuse.

Pour expliquer clairement ce que nous entendons par images schématiques, figurons par une ligne PG l’échelonnement des images, selon leur degré de complexité, depuis la perception P jusqu’au concept C.

A ma connaissance, cette détermination de tous les degrés n’a jamais été faite. Le travail serait délicat, je ne le juge pas impossible. Mon intention n’est pas de l’es-

sayer; de même que je ne prétends pas avoir donné pl Us haut la liste complète des diverses formes d’images.

Si donc, on considère la figure ci-dessus uniquement comme un moyen de parler aux yeux, l’image, en s’éloignant par hypothèse du moment de la perception P, de moins en moins en contact avec la réalité, se simplifie' s’appauvrit, perd quelques-uns de ses éléments constitutifs. En#, elle franchit le seuil médian, pour se rapprocher de plus en plus* du concept. Plaçons en G les images génériques, formes primitives de la généralisation dont la nature et le procédé de genèse sont bien connus 1 , nous devons placer plus loin en S les images schématiques qui exigent une opération supérieure de l’esprit. En effet, l’image générique résulte d’une fusion spontanée d’images semblables ou très analogues : telle la représentation vague du chêne, du cheval, du nègre, etc.; elle convient à une seule catégorie d’objets. L’image schématique résulte d’un acte volontaire; elle n’est pas renfermée dans les limites de ressemblances étroites; elle monte dans l’abstraction : aussi elle s’accompagne à peine d’une représentation fuyante des concrets; elle est presque réduite au mot. A un degré supérieur, elle se passe de tout élément sensoriel ou figure et se réduit — dans le cas actuel — à la notion unique de « valeur » : elle ne diffère plus du pur concept.

La construction commerciale et financière ne peut se faire autrement. Tandis que l’artiste, le mécanicien bâtissent avec des images concrètes, représentations directes des choses, l’imagination commerciale ne peut agir directement ni sur les choses, ni sur leurs représentations immédiates, parce que, dès qu’elle a dépassé l’âge primitif; elle exige une substitution à généralisation croissante : les

l.^Pour plus de détails sur ce point, nous renvoyons à notre Évolution des idées générales, ch. i, p. 14 et p. 27-29.

L’IMAGINATION commerciale

matières deviennent des valeurs qui sont elles-mêmes réductibles à des signes. Par suite, elle procède comme dans la position et solution des problèmes abstraits où, après avoir substitué aux choses et à leurs rapports des chiffres ou des lettres, le calcul agit sur les signes et par contre-coup sur les choses.

A part le moment primitif de l’invention, la trouvaille de l’idée (état psychologique qui ne varie pas), il faut reconnaître que, dans son développement et sa construction de détail, l’imagination commerciale est faite surtout de calculs et de combinaisons qui ne comportent guère des images concrètes. Si donc on admet, — ce qui est contestable — que celles-ci sont les matériaux par excellence de l’imagination créatrice, on sera disposé à soutenir que le type imaginatif que nous étudions est une forme dévolution, un cas d’appauvrissement : thèse inacceptable quant à l’invention elle-même, acceptable à la rigueur quant aux conditions que la nécessité lui impose.

Remarquons en terminant que l’invention financière n’a pas toujours pour but l’enrichissement d’un particulier ou d’un groupe restreint d’associés; elle peut viser plus haut, agir sur de plus grandes masses, s’attaquer hardiment à un problème aussi complexe que la réforme des finances d’un État puissant. Toutes les nations civilisées comptent, dans leur histoire, des hommes qui ont imaginé un système financier et ont réussi à le faire prévaloir avec des fortunes diverses. Le mot « système » consacré par l’üsage dispense de tout commentaire et rapproche cette forme d’imagination de celle des savants et des philosophes. Tout système repose sur une idée maîtresse, sur un idéal, centre autour duquel s’agrège la construction mentale faite d’imagination et de calcul qui, si les circonstances le per-

mettent, doit prendre un corps, montrer qu’elle peut vivre.

Rappelons que l’auteur du premier ou du moins du plus retentissant de ces systèmes, Law, prétendait appliquer « la méthode de la philosophie, les principes de Descartes, à l’économie sociale livrée jusqu’ici au hasard et à l’empirisme ». Son idéal était l’institution du Crédit pox l’Etat. Le commerce, disait-il, pendant une première phase, a été l’échange des marchandises en nature ; pendant une seconde phase, l’échange par le moyen d’une autre marchandise plus maniable, étalon universel, gage équivalent à l’objet qu’il représente; il doit entrer dans une troisième phase où l’échange se fera par un signe purement conventionnel et sans valeur propre; le papier représentant la monnaie, comme celle-ci représente les marchandises, « avec cette différence que le papier n’est pas un gage , mais une simple promesse , ce qui constitue le crédit ». Il faut que l’État fasse systématiquement ce que les particuliers ont fait d’instinct; mais qu’il fasse ce que les particuliers n’ont pu faire : créer du numéraire, en imprimant au papier d'échange le cachet de l’autorité publique. — On connaît l’histoire et la chute de ce système, les éloges et les critiques qu’il a encourus; mais par l’originalité et la hardiesse de ses vues, l’inépuisable fécondité de ses inventions subsidiaires, Law a sa place incontestable parmi les grands imaginatifs.

Nous avons dit plus haut que le commerce, dans ses manifestations supérieures, est une forme de la guerre *.

1. Un général, ancien professeur à l’École de guerre, nie racontait qu’en entendant un grand négociant exposer le service rapide et sur de ses

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Ici donc serait le lieu d’étudier l’imagination militaire. Ce sujet ne peut être traité que par un homme du métier; aussi je me bornerai à quelques brèves remarques, appuyées sur des renseignements personnels ou puisées aux sources.

Entre les divers types d’imagination étudiés jusqu’ici, nous avons relevé de grandes différences quant à leurs conditions extérieures. Tandis que les formes dites d’imagination pure d’où naissent les créations esthétiques, mythiques, religieuses, mystiques, peuvent se réaliser en subissant des conditions matérielles, simples et peu exigeantes; les autres ne prennent corps que si elles satisfont à un ensemble de conditions nombreuses, inévitables, rigoureusement déterminées : but fixe, matériaux rigides, peu de choix dans les moyens appropriés. Si, aux lois inflexibles de la matière, s’ajoute l’imprévu des passions et déterminations humaines (comme dans l’invention politique et sociale), ou les combinaisons offensives des concurrents {comme dans le commerce et la guerre); alors la construction imaginative est aux prises avec des problèmes d’une complexité toujours croissante. Le plus génial inventeur ne peut créer d’un bloc et laisser son œuvre se développer d’elle-même par une logique immanente; le plan primitif doit être constamment modifié et réadapté et la difficulté provient non seulement des multiples éléments du problème à résoudre, mais d’un changement incessant dans leur position. Aussi, on ne peut avancer que pas à pas et progresser à force de calculs et d’examen attentif des possibilités. Il en résulte que sous cette enveloppe épaisse de •conditions matérielles et de conditions intellectuelles (calculs, raisonnements) la spontanéité, c’est-à-dire l’aptitude

informations commerciales, la conception d’ensemble et le souci de tous les détails dans ses opérations, il ne put s’empêcher de s’écrier : « Mais, •c’est la guerre ! »

à trouver des combinaisons nouvelles, « cet art d’inventer sans lequel on n’avance guère » (Leibniz), se dérobe aux peu clairvoyants; mais malgré tout cette puissance créatrice est partout, coulant à la façon des rivières souterraines, en vivifiant.

Ces remarques générales, bien qu’elles ne s’appliquent pas exclusivement à l’imagination militaire, trouvent en elles leur justification, en raison de son extrême complexité. Énumérons sommairement, en procédant de l’extérieur à l’intérieur, la masse énorme de représentations qu’elle doit mouvoir et combiner pour que sa construction, adéquate à la réalité, puisse à un moment précis cesser d’être un rêve : 1° Les armes, engins, instruments de destruction et d’approvisionnement, variables suivant les temps, les lieux, la puissance du pays, etc. ; 2° L’élément humain également variable : mercenaires, armée nationale, troupes solides, éprouvées ou fragiles et novices; 3° Les principes généraux de la guerre, acquis par l’élude des maîtres; 4° Plus personnelle est la puissance de réflexion, l’habitude de résoudre les problèmes de tactique et de stratégie. « Les affaires, dit Napoléon, se méditent de longue main et, pour arriver à des succès, il faut penser plusieurs mois à ce qui peut arriver ». — Tout ce qui précède doit être inscrit sous la rubrique science. En avançant de plus en plus vers l’intérieur et .dans la psychologie intime de l’individu, nous arrivons à Yart, à l’œuvre propre de l’imagination pure. 5° Notons l’intuition juste et rapide, au début et à tous les moments opportuns. 6° Enfin, l’élément créateur, la conception, don naturel portant la marque de chaque inventeur. Ainsi, « l’esthétique napoléonienne a toujours dérivé d’un concept unique, basé sur un principe qui peut se résumer ainsi : Économie stricte partout où elle peut se faire, dépense sans compter sur le point décisif. Ce prin-

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cipe inspire la stratégie du maître, il dirige tout autant et plus encore sa tactique de combat, en qui il se synthétise et se résume 1 ».

Ainsi, au terme de l’analyse, apparaît le ressort caché qui fait tout mouvoir et qui n’est assignable ni à l’expérience, ni au raisonnement, ni aux combinaisons savantes; mais qui surgit du fond intime de l’inventeur. « Le principe existe chez lui à l’état latent, c’est-à-dire dans les profondeurs de l’inconscient et c’est inconsciemment qu’il l’applique, lorsque le choc des circonstances de but et de moyens fait jaillir de son cerveau l’étincelle qui provoque la solution artistique par excellence, celle qui-atteint les limites de la perfection humaine 2 . »

1. Général Bonnal, Les Maîtres de la guerre, 1899, p. J 37. <• En lui [Napoléon], dit le même auteur, il y avait du poète et l’on pourrait expliquer tous ses actes par cette complexion unique, mélange à.'imagination r de passion et de calcul. Les.rêves d’Ossian avec l’esprit positif du mathématicien et les emportements du Corse : tels étaient les éléments hétérogènes qui se heurtaient dans cette organisation puissante » (p. 131).

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