‹ Essai sur l'imagination créatriceChapitre 49 sur 72 · L'Intelligence, partie J, livre u, ch. I er · texte numérisé non relu

L'Intelligence, partie J, livre u, ch. I er

CONCLUSION

l’intensité des impressions du dehors refoulent les images au second plan; mais, pendant le sommeil où le monde extérieur est comme supprimé, leur tendance hallucinatoire n’est plus tenue en échec et le monde des rêves est momentanément la réalité.

La psychologie de l’imaginatif se ramène à une interversion des rôles, progressivement croissante; les images deviennent de plus en plus des états forts, les perceptions de plus en plus des états faibles. Dans cette marche contre nature, je note quatre étapes dont chacune correspond à des conditions particulières : 1° la quantité des images; 2° la quantité et l’intensité; 3° la quantité, l’intensité et la durée; 4° la systématisation complète.

1. Au premier degré, la prédominance de l’imagination n’est marquée que par la quantité des représentations qui envahissent la conscience : elles pullulent, prolifèrent, s’associent, se combinent avec facilité et de diverses manières. Tous les imaginatifs qui m’ont fait leur confession, oralement ou par écrit, s’accordent sur l’extrême aisance des associations à se former, non pour répéter les expériences passées, mais pour ébaucher de petits romans 1 . Entre beaucoup d’exemples, j’en donne un seul. L’un de mes correspondants m’écrit que si, à l’église, au théâtre, sur une place, dans une gare, son attention s’arrête sur une personne, homme ou femme, aussitôt d’après son aspect, sa mise, son allure, il construit son présent et son passé, son genre de vie, ses occupations, il se représente le quartier de la ville qu’elle doit habiter, son logement, son mobilier, etc. : construction le plus souvent erronée ; j’en ai maintes preuves. Assurément, cette disposition est normale; elle ne .s’écarte de la moyenne que par un exès

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