‹ Essai sur l'imagination créatriceChapitre 51 sur 72 · OBSERVATIONS ET DOCUMENTS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS ET DOCUMENTS

Appendice A.

LES DIVERSES FORMES D’iNSPIRATION (Voir I re partie, chap. m).

Entre les descriptions de l’état d'inspiration qu’on trouve dans divers auteurs, j'en choisis seulement trois, qui sont courtes et ont chacune un caractère particulier.

I. L'inspiration mystique, à forme passive, dans Jacob Bœhme ( Aurora ). « Je déclare devant Dieu que j’ignore moimême comment la chose se fait en moi, sans la participation de ma volonté. Je ne sais même pas ce que je dois écrire. Si j’écris, c’est que l'Esprit m’inspire et me communique une grande, une merveilleuse connaissance. Je ne sais souvent même si j’habite en esprit dans ce monde actuel et si c’est bien moi qui ai le bonheur de posséder une science certaine et solide ».

^ II. L’inspiration fiévreuse et douloureuse dans A. de Musset : « L’invention me trouble et me fait trembler, l’exécution, toujours trop lente à mon gré, me donne d’effroyables battements de cœur, et c’est en pleurant et en me retenant de crier que j’accouche d’une idée qui m’enivre, mais dont je suis mortellement honteux et dégoûté le lendemain matin. Si je la transforme, c’est pire, elle me quitte : mieux vaut l’oublier et en attendre une autre : mais cette autre m’arrive si confuse et si énorme, que mon pauvre être ne peut pas la contenir. Elle me presse et me torture, jusqu’à ce qu’elle ait pris des proportions réalisables et que revienne l’autre souffrance, celle de l’enfantement, une vraie souffrance physique que je ne peux définir. Et voilà comment ma vie se passe quand je me laisse dominer

APPENDICE

par ce géant d’artiste qui est en moi. Donc, il vaut bien mieux que je vive comme j’ai imaginé de vivre, que je fasse des excès de toute sorte et que je tue ce ver rongeur que mes pareils appellent modestement leur inspiration et que j’appelle tout bonnement mon infirmité 1 ».j

111. Le poète Grillparzer (dans OElzelt-Newin : ouv. cité; p. 49) analyse ainsi cet état :

« L’inspiration proprement dite est la concentration de toutes les facultés et aptitudes sur un seul point qui, pendant ce moment, doit moins envelopper le reste du monde que le représenter. Le renforcement de l’état de l’âme vient de ce que ses diverses facultés, au lieu de se disséminer sur le monde entier, se trouvent contenues dans les limites d’un seul objet, se touchent, se soutiennent, se renforcent, se complètent réciproquement. Grâce à cét isolement, l’objet sort du niveau moyen de son milieu, il est illuminé de toutes parts, mis en relief: il prend corps, se meut, vit. Mais pour cela, il faut la concentration de toutes les facultés. Ce n’est que quand l’œuvre d’art a été un monde pour l’artiste, qu’ellé est aussi un monde pour les autres ».

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