Mental Physiology, B. Il, ch
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ceux qui ont le plus d'idées claires et conscientes, mais ceux qui disposent d’un riche fond d'élaboration inconsciente. Au contraire, les esprits superficiels ont un fond inconscient naturellement pauvre et peu susceptible de développement; ils donnent immédiatement et rapidement tout ce qu'ils peuvent donner; ils n’ont pas de réserves. Inutile de leur concéder du temps pour réfléchir ou inventer; ils ne feront pas mieux; ils feront peut être pis.
Sur la nature du travail inconscient, on ne trouve que désaccord et obscurité. Sans doute, on peut soutenir théoriquement que chez l’inventeur, tout se passe dans le subconscient et l’inconscient comme dans la conscience elle-même, sauf un message qui n’arrive pas jusqu’au moi; que le travail qui peut être suivi dans la conscience claire avec ses progrès et ses.reculs, re,ste identique, lorsqu’il se fait à notre insu. Cela est possible. Cependant il faut au moins reconnaître que la conscience est rigoureusement soumise à la condition du temps; l’inconscient, non : cette différence, sans parler des autres, n’est pas négligeable et pourrait bien susciter d’autres problèmes.j
Les théories contemporaines sur la nature de l’inconscient me paraissent réductibles à deux principales : l’une physiologique, l’autre psychologique.
I. La théorie physiologique est simple et ne comporte guère de variantes. D’après elle, l’activité inconsciente est purement cérébrale; c’est une « cérébration inconsciente »; le facteur psychique qui, à l’ordinaire, accompagne le travail des centres nerveux, est absent. Quoique j’incline vers cette hypothèse, j’avoue qu’elle est pleine de difficultés.
11 est établi par de nombreuses expériences (Féré, Binet, Mosso, Janet, Newbold, etc.), que des sensations inconscientes (non perçues) agissent, puisqu’elles produisent les mêmes réactions que les sensations conscientes, et Mosso a pu soutenir « que le témoignage de la conscience est moins sûr que celui du sphygmographe ». Mais le cas particulier de l’invention est tout différent; car il ne suppose pas seulement 1 adaptation à une fin que le facteur physiologique suffirait à expliquer; il implique une série d’adaptations, de corrections,
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d’opérations rationnelles, dont l’action nerveuse, toute seule, ne nous fournit aucun exemple 1 .
II. La théorie psychologique est fondée sur un emploi équivoque du mot conscience. La conscience a une marque rigoureuse : c’est un événement intérieur qui existe non en soi, mais pour moi et en tant qu’il est connu par moi : Or, la théorie psychologique de l’inconscient admet que si, de la conscience claire, on descend progressivement à la conscience obscure, au subconscient, à l'inconscient qui ne se manifeste que par ses réactions motrices, l’état primitif ainsi appauvri de plus en plus, à son dernier terme, reste encore identique dans son fond avec la conscience. C’est une hypothèse que rien ne justifie.
Aucune difficulté ne surgit lorsqu’on s’en tient à la distinction légitime entre la conscience de soi et la conscience en général, l’une toute subjective, l’autre en quelque sorte objective (celle d’un homme captivé par un spectacle attrayant; mieux encore la forme fluide de la rêverie ou du retour d’une syncope). On peut admet que cette conscience évanescente, de nature affective, plutôt sentie que connue, est due à une absence de synthèse, de rapports entre les états intérieurs qui restent isolés, incapables de s’agréger en un tout.
La difficulté commence quand on descend dans la région du subconscient qui admet des degrés dont l’obscurité augmente à mesure qu’on s’éloigne de la conscience claire, « comme un lac ou l’action de la lumière va toujours en s’éteignant » (dans les doubles personnalités coexistentes, dans l’écriture automatique, chez les médiums, etc.). Ici les uns admettent deux courants de conscience existant à la fois dans la même personne, sans connexion réciproque. D’autres admettent un champ de conscience avec un centre brillant et s’étendant indéfiniment vers le crépuscule. D’autres assimilent le phénomène au mouvement des vagues dont le sommet seul est illuminé. A la vérité,
I. Pour la critique détaillée de la cérébration inconsciente, voir B. Sidis, The Psychology of suggestion : a research into the subconcious nature of Man and Society : New-Vork, Appleton, 1898, p. 121-127. L’auteur qui admet la coexistence de deux moi, l’un waking, l’autre subwaking, e t qui attribue à ce dernier toutes les infériorités et tous les vices (i’inconsciént, d’après lui, est incapable de s’élever au-dessus de la simple association pa:r contiguïté; il est <■ stupide, sans critique, crédule, brutal », etc.), serait fort embarrassé pour expliquer son rôle dans l’activité créatrice.
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les ailleurs déclarent qu’avec ces comparaisons et métaphores ils n’ont pas la prétention d’expliquer; mais, en définitive, tous réduisent L’inconscient à la conscience, comme un cas particulier à un cas général; or qu’est cela sinon expliquer?
Je ne me propose pas d’énumérer toutes les variétés de la théorie psychologique. La plus systématique due à Myers, acceptée par Delbœuf et d’autres, est empreinte d’un mysticisme biologique tout particulier. La voici en substance : il y a en chacun de nous un moi conscient adapté aux besoins de la vie et des moi potentiels qui constituent la conscience subliminale. Celle-ci, bien plus étendue que la conscience personnelle, tient sous sa dépendance toute la vie végétative, circulation, actions trophiques, etc. A l’ordinaire, le moi conscient est au premier plan, la conscience subliminale au second; mais, dans certains états extraordinaires (hypnose, hystérie, dédoublement, etc.) c’est l’inverse. Ici est le côté hardi de l’hypothèse : ces auteurs supposent que la suprématie de la conscience subliminale est une réversion, un retour à l’état ancestral. Chez les animaux supérieurs et chez l’homme primitif, toutes les actions trophiques entraient, d’après eux, dans la conscience et étaient réglées par elle. Au cours de l’évolution, cela s’est organisé; la conscience supérieure a laissé à la conscience subliminale le soin de gouverner silencieusement la vie végétative : mais, dans les cas de désagrégation mentale, le retour à l’état primitif se produit. Ainsi s’expliquent les brûlures par suggestion, les stigmates, les modifications trophiques d’apparence miraculeuse, etc. — Inutile d’insister sur cette conception de l’inconscient. Elle a été vivement critiquée, notamment par Bramwell qui remarque que si. certaines facultés ont pu tomber peu à peu dans le domaine de la conscience subliminale, parce qu’elles n’étaient plus nécessaires à la lutte pour la vie, il y a pourtant des facultés si essentielles au bien-être de l’individu qu’on se demande comment elles ont pu échapper au contrôle de la volonté. Si par exemple, quelque type inférieur a possédé le pouvoir d’arrêter la douleur, comment a-t-il pu la perdre?
Au fond de la théorie psychologique, sous toutes ses formes, il y a l'hypothèse inavouée, que la conscience est assimilable à une quantité qui peut toujours décroître sans atteindre zéro.
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C'est un postulat qui rien ne justifie. Les expériences des psychophysiciens, sans trancher la question, justifieraient plutôt l’opinion contraire. On sait que le « seuil de la conscience », ou minimum perceptible, apparaît et disparaît brusquement; l’excitation n’est pas sentie au dessous d’une limite déterminée. De même pour la « hauteur de la sensation » ou maximum perceptible, tout accroissement dans l’excitation n’est plus senti au-dessus d’une limite déterminée. Il y a plus : entre ces deux limites extrêmes, pour qu’une augmentation ou une diminution soient senties, il faut que l’une et l’autre se fassent suivant un rapport constant (seuil différentiel), comme cela est exprimé dans la loi de Weber. Tous ces faits et d’autres que j’omets ne sont pas favorables à la thèse de la continuité croissante ou décroissante de la conscience; on a même pu soutenir que la conscience « répugne à la continuité ».
En somme, les deux théories rivales sont également impuissantes à pénétrer dans la nature intime du facteur inconscient; aussi avons-nous dû nous borner à le prendre comme un fait d’expérience et à lui assigner sa place dans la fonction complexe qui produit l’invention.
Les observations de Flournoy (dans son livre précédemment mentionné, p. 48) présentent pour notre sujet un intérêt particulier. Son médium, Hélène S., fort différent des autres qui se contentent de prédictions d’avenir, découvertes de passés inconnus, conseils, pronostics, évocations, etc., sans rien créer au sens propre, est l’auteur de trois ou quatre romans dont l’un au moins est inventé de toutes pièces (révélations sur la planète Mars, ses paysages, ses habitants et habitations, etc.). Quoique les descriptions et dessins d’Hélène S. ne soient par rapport à notre globe terraqué que des emprunts, transpositions, défigurations, comme Flournoy l’a bien montré; il est certain que dans ce « roman martien », sans parler des autres, il y a une richesse d’invention rare chez les médiums : l’imagination créatrice sous sa forme subliminale (inconsciente) engloutit l’autre dans son éclat. On sait combien les cas de médiumnité instruisent sur la vie inconsciente de l’esprit. Ici, c’est dans le laboratoire obscur de l'invention romanesque qu’il est permis de pénétrer par exception et l’on peut apprécier l’importance du travail qui s’y accomplit.
Appendice C.