ESSAI SUR L1MM0RTAL1TÉ
vie et de son but la nolion la plus parfaite. C'est pourquoi la vie vouée au labeur en vue de l'élévation constante de la personnalité morale, d'une part, et la mort définitive d'autre part, nous paraissent-elles, à ce point de vue, constituer les vraies sanctions de la loi morale dans un prolongement ultra-terrestre de la vie.
Dans la prochaine et dernière conférence, nous examinerons quelques corollaires des idées précédemment exposées, et nous tirerons de toute cette étude quelques conclusions pratiques.
SEPTIÈME CONFÉRENCE
Que faut-il entendre par personnalités fortes et faibles? Critique biologique de la doctrine du salut universel. — Questions délicates. Immortalité de l'enfant. Immortalité de l'être mentalement atteint. l'ame des bêtes. son rôle dans l'évolution. Peut-elle être immortelle? L'immortalité ET LA MORALE. IMMORTALITÉ DES ŒUVRES. L'IMMORtalité et la question sociale. conclusion pratique de ces Conférences.
De notre dernière conférence il résulte que l'immortalité ultra-terrestre serait le lot exclusif des âmes qui sont parvenues à un degré suffisant de cohésion et d'intégrité pour échapper à l'absorption ou à la désagrégation, c'est-à-dire à la mort définitive. C'est là une solution qui découle du contenu de nos conférences précédentes. Elle nous paraît logique et rationnelle : et nous l'adoptons pleinement.
Mais, avant d'aller plus loin, j'éprouve le besoin de préciser encore, et d'expliquer certains termes dont je me suis servi, afin qu'il ne subsiste aucune
équivoque dans mon exposition et aucune méprise dans l'esprit de mes auditeurs.
Il pourrait se faire, en effet, que les mots de personnalités fortes, de personnalités faibles eussent, malgré moi, pris dans l'esprit de quelquesuns un sens tout autre que celui que j'ai voulu y attacher. Cela est d'autant plus possible que le mot de personnalité a revêtu dans le langage usuel un sens qui s'éloigne notablement de celui que je lui ai attribué. Personnalité est devenu dans bien des cas synonyme de personnage, de caractère, d'homme marquant, d'homme parvenu à une situation influente et puissante, ayant conquis ou des droits ou des pouvoirs sur ses semblables, sur ses concitoyens. On a également désigné par là des personnes se distinguant des autres par quelque particularité saillante, par quelques aptitudes spéciales qui les mettent en évidence, et qui en font des hommes exceptionnels, des hommes remarqués. Ces significations diverses font, en général, abstraction plus ou moins complète de la valeur morale de la personne, pour s'attacher avant tout à ce qui, en elle, attire l'attention, et en fait un personnage soit historique, soit politique, soit scientifique, soit artistique.
Ce n'est certes pas à ce sens que je me suis attaché dans les conceptions que j'ai exposées.
SEPTIÈME CONFÉRENCE
J'aurais eu grand tort de le faire; et cela pour plusieurs raisons : d'abord, parce que ces personnalités sont loin, dans la plupart des cas, d'être ce qu'il y a de meilleur dans l'humanité. C'est parmi elles, en effet, que se trouvent les conquérants qui ont désolé la terre, les potentats et les tyrans qui ont abaissé, bâillonné et fauché l'humanité; les orgueilleux et les ambitieux qui ont froissé, blessé leurs frères et les ont foulés aux pieds; les persécuteurs qui ont étouffé la voix de la liberté morale et nivelé les consciences ; les représentants des grandes élégances et des grandes jouissances, qui ont accaparé à leur profit et vaporisé en quelques instants de plaisir le fruit du labeur prolongé des autres et le pain des multitudes. Il y a aussi là de fortes volontés et des énergies peu ordinaires; aussi les considère-t-on comme de fortes personnalités. Je n'ai pas cependant besoin de vous dire que ce n'est pas à elles que, dans ma conception, je réserve la force et l'immortalité. Plus, en effet, il y a en elles de force de volonté et de capacité pour réussir, plus elles sont malfaisantes et indignes de vivre.
Non, ce n'est pas seulement dans la volonté et dans le pouvoir d'agir que réside la force, la vraie force de la personnalité. J'ai compris, sous le nom de personnalité, un groupement d'éléments psychiques devenus solidaires et coordonnés, groupe-
menl parvenu à la conscience de son identité relative et capable de concevoir sa fin et de vouloir la réaliser. La valeur de la personnalité ne réside donc pas seulement dans la dose ou dans la quantité de la volonté; elle réside surtout dans l'orientation donnée à celle volonté, dans la direction imprimée aux énergies.
En évolutionistc logique, je considère que c'est dans le sens de la tendance et de l'impulsion évolutive que se trouve le grand courant de forces qui peut donner à l'effort de la volonté toute sa valeur dans l'édification de l'édifice organo-psychique, capable d'immortalité. Engager son embarcation dans ce courant, c'est justement l'œuvre de la volonté, et c'est mettre à son service une force immense et intarissable qui la conduit sûrement au port. L'exposer, d'autre part, dans une lutte contre le cours irrésistible du fleuve, c'est la condamner sûrement à l'impuissance et à la submersion finale. Et plus il sera dépensé d'énergie et de volonté, daus cette marche rétrograde, dans cetle lutte contre le courant, plus les chocs et les frottements seront redoutables, et plus les forces du courant évolutif seront efficaces pour démolir et désagréger cette embarcation confiée à un pilote mal avisé et malfaisant.
Or, quel est le sens du courant évolutif ? Nous ne pouvons douter qu'il ne soit dirigé vers Tépa-