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par cela même revêlir une forme plus rayonnante.
L'œuvre d'art, en effet, a son rayonnement, et c'est par là qu'elle frappe et qu'elle agit, en éveillant en nous des impressions, des émotions, des mouvements intérieurs, conformes à ceux de l'artiste lui-même au moment où il la créait. L'œuvre d'art a aussi son âme, et cette âme, qu'elle a reçue de l'artiste, peut, comme celle de ce dernier, projeter au dehors des éléments psychiques, éléments d'harmonie, de grâce, de beauté. Autour d'elle, elle rayonne le beau, et ces rayons — qui se diffusent et se fondent dans le psychique universel, tant qu'ils ne sont pas reçus par un cerveau, c'est-à-dire par une autre forme capable de les accumuler et de les faire siens — ces rayons, dis-je, pénètrent au contraire dans la forme cérébrale assez parfaite pour les saisir et pour en faire des éléments constituants de l'âme.
Lecerveau humain représente dans le régime de la vie terrestre l'état le plus parfait de cette forme cérébrale réceptrice des radiations psychiques du beau ; mais il est plus que probable que le cerveau des animaux n'y est pas étranger. Les fleurs, avec leurs formes gracieuses et leurs séduisantes couleurs, sont très probablement (en dehors de l'attraction qu'elles exercent comme sources d'aliments) des objets de prédilection et des lieux de pose préférés par bien des insectes. Et, dans tous les
cas, la sélection sexuelle, si répandue et si démontrée dans tout le règne animal, les soins que les mâles de bien des bêtes donnent à leur toilette de noces, les elTorts qu'ils font pour rendre leur chant harmonieux, expressif et éloquent, la recherche poussée jusqu'à la coquetterie des poses et des attitudes chez certains animaux, démontrent clairement qu'il y a, en dehors du crâne humain, des centres nerveux capables de recevoir et d'accumuler les émanations psychiques d'un caractère esthétique.
Si l'œuvre d'art rayonne le psychique qui en est la partie essentielle, et dont elle n'est que la forme, — il est évident que le sens d'une œuvre d'art, que sa signification, c'est-à-dire que les rayons psychiques qui en émanent, seront d'autant plus intenses, précis et éloquents, que l'œuvre aura été l'émanation d'une âme dans laquelle le beau accumulé aura reçu une cohésion et une organisation plus parfaites. Plus l'âme de l'artiste aura été pétrie de clarté et d'harmonie, plus claire et plus brillante sera aussi son œuvre.
Mais, si l'œuvre d'art n'est que la forme donnée par l'artiste à cette partie de son âme qu'il a déposée en elle, si, d'autre part, il est vrai qu'il y ait une corrélation étroite entre la forme et l'esprit, il est juste de penser que l'esprit déposé dans l'œuvre d'art, que l'âme qu'il y a en elle en est insépa-
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rable, car si la forme n'est que la manifestation de l'esprit, l'esprit sera toujours le compagnon fidèle de la forme. Pour que l'esprit disparût, il faudrait que la forme disparût aussi, c'est-à-dire que la forme ne fût plus la forme, c'est-à-dire que l'œuvre d'art ne fût plus œuvre d'art.
Mais, si l'œuvre d'art rayonne l'esprit, si d'elle émanent des rayons du beau, comment comprendre que l'œuvre d'art ne soit pas bientôt appauvrie et épuisée, et que, perdant rapidement son âme, elle ne perde en même temps sa forme, et ne cesse ainsi rapidement d'être une œuvre d'art ?
L'œuvre d'art n'est pas douée d'une immortalité absolue, quoiqu'on la qualifie souvent d'immortelle. Mais l'œuvre d'art peut être douée d'une longévité potentielle considérable. Si un accident, si une violence voulue ou accidentelle ne vient la détruire et lui donner une fin prématurée, l'œuvre d'art peut persister longuement. Aussi, le langage ordinaire la qualifie-t-il d'immortelle. Mais, même livrée à elle-même, elle est appelée à se désagréger et à périr. Elle appartient à cette forme de l'esprit qui n'a pas encore acquis le pouvoir énergique d'amorce et de rajeunissement, qui est la caractère essentiel du plasma. La désagrégation atteint donc l'œuvre d'art et la fait disparaître comme telle. La statue devient bloc informe, le tableau se décolore, le monument tombe en ruines,