‹ Essai sur l'importance du commerce, de la navigation et de l'industrie, dans les provinces formant le royaume des Pays-Bas, depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1830Chapitre 125 sur 126 · CHAPITRE QrATRIÈltE · texte numérisé non relu

CHAPITRE QrATRIÈltE

CONCLUiSION.

Etat du Royaume des Pays-Bas en 1830.

gERSOKNE ne saurait contester la situation proispère 'des peuples des Pays-Bas en 1830, des campâmes tles mieux cultivées de l'Europe , des exploitations ^^^^\fsiàe minéraux, les ateliers de nos artistes, les manufactures de nos fabricans , nos ports encombrés de navires » les comptoirs de nos négociais, nos bourses de comnner-

ce*), les grands itiarchés de nos villes, tout atteste cet é(at de splendeur : dès édifices et des habitations innombrables s'élèvent en tous lieux; le relevé de la population est une preuve irréfragable ; c'est le thernnomètrè régulateur de Tétât plus ou moins satisfaisant du bien-être des nations. En examinant la progression de la population depuis notre régénération politique, nous reconnaîtrons que nous n'avons même rien à envier aux Etats-Unis de TAmérique du Nord, qui ont vu tripler leur population dans l'espace d'un demi siècle , nous avons même un avantage qu'ils ne possèdent pas, c'est l'aglomératiou , le rapprochement des individus toujours à portée de s'entre aider et de se prêter la main, condition bien plus favorable au développement des lumières et des industries ainsi qu'aux progrès rapides du bonheur national.

Notre gouvernement ne fut pas plus tôt organisé, qu'il sentit le besoin et s'imposa le devoir d'encourager l'industrie nationale. En 1816 il demanda aux états-provinciaux un tableau de tous les états industriels , avec l'indication des entraves qui s'opposaient aux progrès de chaque branche d'industrie, et dès 1814 le gouvernement prit les arrêtés le plus en faveur pour le développement de l'industrie belge.

En effet, l'étranger peut à peine concevoir les progrès de notre agriculture, se représenter les importantes exploitation de minéraux , et toutes ces industries qui par excellence attachent l'homme au sol , éveillent en lui le sentiment de la nationalité et enflamment l'amour de la patrie , en ce qu'elles s'identifient en quelque sorte à une prospérité et à un bien-être qui ne peuvent se transporter ailleurs. L'agri-

*) Au commencement de 1830 rar{]^ent était M abondant, le ctédit national si solidement établi et la confiance qu*il inspirait si grande, que la dette active de 2 I pour cent était montée à 65 pour cent , ce qui fait 30 pour cent au-dessus du pair à raison de 5 pet. d'intérêt. Quel est le pays qui pettt alléguer de pareils exemples.

culture fut portée chez nous à un deg^ré inconnu à tonle«^ les autres nations ; c'est dans les Flandres et même dans les provinces voisines qu'il faut venit étudier Tart d'arracherà la terre les productions les plus variées et les plus abondantes, et de faîreen sortequ'elle ne reste nulle part improductive.

Indépendamment des cultures introduites avec un succès inespéré sur un sol auparavant stérile par les colonies agricoles dans les provinces septentrionales et dans la province d'Anvers, il est certain qtie la culture du mûrier a été essayée aVec d'heureux résultats, que celle de la vigne se propage dans des provinces où elle était inconnue, et qu'une étenduecon sidérable de bruyères a été défrichée dans la ci-devant Gampine par un grand nombre d'habitans du voisinage et par des spéculateurs qui ont acheté plusieurs parties de ces terrains.

C'estsurtout dans les contrées comprises entre la rive gauche delà Vesdreetla Meuse jusqu'aux sources de l'Ourteet jusqu'à la Sure, le Luxembourg, et laSemois, que l'agriculture s'est améliorée depuis l'établissement du royaume des Pays-Bas. Le cultivateur laborieux conquiert maintenant des récoltes sur les cimes presque nues des montagnes, dans les déclivités des pentes rapides des précipices, sur les plateaux rocailleux, froids et ferrugineux des bruyères, où naguère la brebis affamée trouvait à peine quelques brins d^une herbe maigre et languissante. Sur ce point nous pouvons invoquer le témoignage de personnes qui n'ayant point visité ces cantons depuis quinze ans, les ont revus dernièrement avec autaut de surprise que de satisfaction. Tels sont les effets d'une industrie en quelque sorte occulte, que peu à peu envahit le sol qu'elle féconde , augmente en silence la richesse territoriale et élargit le domaine productif delà population dont elle favorise l'accrois -• cernent.

Au surplus, ces contrées de la rive droite de la Meuse ont Tome IIL 21

depuis peu d'années éiè dotées de la Société du Luxembourg, 'lont les travaux et les entre{H*ises pourront être pour ce pays f|<!S sources d*améliorations promptes et certaines. Le canal commencé par ses soins pour la jonction delà Meuse à la Moselle, doit porter le mouyement et le commerce dans une quantité de communes, condamnées josqu'ici à végéter dans Tinaction etrisolement par le défaut de communications. Ce canal dont le développement est très-étendu et la construclion trèsdifficile, sera un des plus beaux et peut-être le plus utile des monumens du rogne de Guillaume 1^. Il doit changer sous le rapport agricole et commercial la face de cette province, qu'en outre les travaux minéralogiques et les exploitations de la Société contribueront puissamment à vivifier.

Voilà encore une industrie qu'on ne peut apprécier d'après une exposition et dont il serait impossible de comprendre les bienfaits dans connaître les localités et la statistique de ces

contrées.

L'exposition nenôns mettra point davantage en état de calculer toute la portée d'autres industries éminemment importantes : elle ne nons fournira pas des notions sur le commerce, la navigation, les constructions civiles qui quadruplent en général la valeur du sol, les pêcheries, les forces motrices obtenues par l'eau et par l'air, les tourbières, les exploitations des minéraux , etc.

Sans nous arrêter longtemps , jetons un coup-d'oeil rapide sur ce dernier objet. Le charbon de terre est le plus abondant des minéraux que recèle noti-e sol ; c'est aussi le plus généralement exploité, le pins utile pour l'usage commun de la vie et le plus précieux pour nos fabriques auxquelles il prête dei^ forces motrices dans les machines à vapeur et un agent souvent 'indispensable. Les houilliéies sont une des bianohes les plus

impdilantes de la richesse nationale ; néaomoins il y a quinze am, on les croyait épuisées en partie; les travaux étaient mal ordonnés, mal entendus; on n'exploitait guéi^ que les veines lesphis faciles. Depuis lors, le systèmed'ex traction et d* épuisement s^est perfectionné; on est descendu dans des profondeurs inconnues à nos ancêtres, on a découvert une quantité de fi* Ions ignorés et on a reconnu que ces trésors souterrains étaient réellement ittépuisables. Aussi (es demandes en concession de ces mines se sont*elIes multipliées , et ont-elles contribué à propager Fesprit de l'association si fécond en glands résultats. Ce sont les provinces de Liége^ de Naamr et du Hainaut qui jouissent presqu'exdusivemeat de ces avantages.

Ce sont aussi celles oà les mines de métaux sont le plus abondantes. On y trouve presque partout le fer à de moyennes profondeurs; de hauts^^fourneaux qui jadis épuisaient nos forêts par la quantité de charbon qu'elles en tiraient, réduisent maintenant la mine en gueuses avec beaucoup plus d^économie, alimentés par le coak, ou la houille charbonnée. Ce fer aflSné par de nouveaux procédés dans de nombreuses usines, . subit ensuite une infinité de métamorphoses.

Le zinc et le plomb sont aussi des métaux exploités en grand et avec succès dans le royaume des Pays*Bas. Nous possédons une mine de cuivre dans le grand-duché dé Luxembourg. On la dit assez riche pour promettre une exploitation avantageuse, et Ton assure que la Sodété de Luxembourg Ven occupe activement; cependant elle avait longtempsété négligée et en quelque sorte abandonnée; nous ignorons la cause de Tespèce de délaissement dans lequel elteétait tombée. C'est un fait que nous ne nous dispensons pas de signaler, mais aussi il est vraisemblable que cette exception unique, quoique d'ailleurs insignifiante pour la prospérité de notre industrie^ en général ^ ne subsistera plus longtemps, si elle existe encore. -

Nous savons toutefois qu'on pourra se plaindre aussi de ki diminution du commerce des aluns et de la garance, mais oatrje qu'il n'est point facile de croire a cette prétendue décadence, les plaintes dont il s'agit tiennent à dea causes qu'on peut faire disparaître et qu'il ne nous importe pas d'examiner, ici. Si l'espace nous le permettait, il conviendrait plnlôtde rechercher celles qui ont élevé notre industrie au plujs haut point de prospérité; nous prouverions facilement que le système dédouanes » adopté par notre gouvernement , y a contribué autantet peut-être plus que les encouragemens qu'il- n'a cessé de répandre sur toutes les branches de l'industrie ; nous démontrerions que sa fermeté à persévérer dans ce système malgré les critiques et les clameurs des partisans des prohibitions, a sauvé l'industrie du royaume. Mais ces preuves et œs discussions exigeraient un espace qu'elles, ne peuvent occuper ici.

Ajoutons pour clore nos. considérations, les. paroles remarquables prononcées en 1829 par le doyende notre diplomitie"^) à la seconde Chambre des Etats-Généraux ; elles contiennent en peu de lignes la peinture fidèle de l'état du royaume à. cette époque :

« Je dirai donc que l'erreur seule a pu représenter le royaume des Pays-Bas comme un état nouveau qui en serait encore à son apprentissage et à son début , ou aurait besoin de se former sur le modèle de ses aînés , supposition que désavouent à la fois l'honueur de la nation, l'évidence des faits et le témoignage irrécusable de l'histoire. Loin de là , les modifications qu'a subies notre sort tiennent exclusivement à la marche progressive du temps et aux vicissitudes des èvéncmens , dont l'influence s'est étendue à tous les pays , sans effacer aucune des pages de nos annales,

') Baron Verstolkelc /oeleii.

^ui depuisde$sièGleS:n(>usont assuré un premier rang parmi les peuples. Nous contestera-t-on les quartiers requis pour siéger parmi les doyens de la civilisation moderne? L'étranger n est-il pas fréquemment venu alltimer à nos foyers le flambeau des lumières et de la liberté religieuse et civile , et t'esprit d'ordre et les vertus domestiques émoussèrent- ils jamais chez nous lie patriotisme et le génie ? A Tépoque mémorable de la refonte d^s états , la réunion des deux grandes parties dîi royaume ftit jugée indispensable àTéquilibre européen. Ces motifs en garantissent Tintimité et la durée au point que nous ne pourrions nous-mêmes les répudier.

)>Aujourd'hui nos dix-huit provinces combinées offrent un ensemble , dont tes beaux jours de Tâncienne Grèce retracent à peine Timage. Leur position centrale au milieu de puissans voisins , tous intéressés à leur sort ; les souvenirs inhérens à leur sol , théâtre où furent vidélss^ tant de querelles , et où des villes et des villages scellèrent de leurs noms la réconciliation des peuples; leurs capitaux, leurs colonies, Téssor qu'ont pris leur industrie , leur navigation et tcur commerce, leurs progrés dans les sciences et les arts , le développement successif de leurs institutions, leurs discussions animées, lorsqu'il s'agit de résoudre quelque problème législatif, leurs bigarrures mêmes , qui en compliquant leur économie et en rendant leurs traits de famille moins sensibles , réclament l'attention de l'étranger plus vivement que ne ferait une masse compacte d'élémens homogènes, et diversifient à l'infini leur physionomie et leur action sous le rapport physique, industriel, littéraire et religieux ; tous ces titres nous |)ermettent de contempler sansjalousie les avantages multipliés dont jouissent les autres peuples, de rendre justice entière au mérite qui les distingue, et de nous prévaloir quelquefois de leur exemple, mais en même temps de ne reconnaître la supériorité de personne. S'il est des moyens statistiques plus étendus que les nôtres, la considération des

«ilats compte encore d^autres bases que les ressom^ces ûor mériques.

)»La force de notre position défensive» la seule qui nous importe , répond entièrement à nos besoins , et ce qui la rend inexpugnable y c'est que notre indépendance est tellement la condition du repos général, qu'une atteinte portée à notre pavillon compromettrait le sort de tous les navigateurs , et que l'incendie d'un de nos villages embraserait l'Europe. Toutefois cet état de choses ne nous dispenserait pas de cultiver l'amitié des autres gonvernemens, si déjà nous n'y étions portés par nos sentimens , et de concerter , lorsque les circonstances viendraient l'exiger, un. système fédératif propre à garantir notre bien-être social au milieu des mouvemens politiques. En ce moment ,. à quelques exceptions près , éloignée de nos limites , et tenant à des causes accidentelles , la tendance prononcée de l'Europe est essentiellement pacifique. L'on en peut tirer l'augure d'une paix durable», mais tant qu'il y aura des hasards ^ des passions, des erreurs > des renouvellemens de générations , des vues divergentes , des coUisons d'intérêts , elle ne saurait être perpétuelle , et si jamais la dissention éclatait autour de nous, l'alliance de notre royaume, indépendant et libre dans ses choix, par cela même qu'il étend ses égards à toutes les puissances, serait dans la balance d'un poids difficile à évaluer.

» Quoi qu'il arrive, N. et P. S., les Nassau, ceints du diadème , se montreront constamment à la hauteur des exemples que leur ont légués leurs aïeux républicains , et des grandes destinées de la patrie. Ils se rappelleront la part que les Pays-Bas ont eue jusqu'à ce jour auxévénemens du monde; ils sauront toujours concilier les libertés du peuple avec les attributions du trône, nécessaires à ces mêmes libertés; ils chercheront et trouveront à cet effet leur soutien dans le sein de la représentation nationale , et leur empressement à sou

lagerles fardeaux dés citoyens ne sera subordonné qu'à nà devoir plus impérieux encore, celui d'assurer intérieuremert^ la marche de la chose publique, et de veiller au dehors aux intérêts industriels , commerciaux et politiques du royaume , en maintenant intacts la dignité , Thonnour et les droits de la nation. s>

En jettant un toup-d'œil rapide sur cet ouvrage, nous reconnaissons que nous avons suivi le mouvement et la fluctuation du commerce et de la navigation, le développement successif ou le décroissement subit de l'industrie, de la pêche, etc. , depuis les premiers temps jusqu'à nos jours. Nous avons commencé par ébaucher les liens commerciaux qui existaient déjà ici lors de l'invasion des Romains, l'éclat et la magnificence dont les villes des Pays-Bas brillaient sous le gouvernement des ducs de Bourgogne, nous avons dépeint les richesses d'Anvers sous Charles V , et nous sommes arrivés à cette secousse que le port de l'Escaut éprouva par la révolution sous Philippe II , et qui fit passer son commerce en Hollande; en déroulant le tableau de l'importance immense de ce commerce , nous avons pu remarquer comment ce pays s'est, comme par enchantement élevé du sein delà liberté et s'est emparé pendant quelque temps du sceptre des mers est allé fonder sa puissance au-delà de l'Océan , enfin les temps qui ont suivi cette époque de gloire ont été moins brillans, des révolutions successives ayant tari les sources des prospérités ; nous n'avons pas manqué d'en faire apercevoir l'influence funeste , enfin après la chute du colosse moderne nous sommes arrivés à l'établissement du Royaume des Pays-Bas et nos yeux sont restés fixés sur les trésors que quinze années de bien-être avaient jetés dans toutes les classes de la société. On peut donc en conclure

que quiconque aura lu avec attention et sans prévention cet ouvrage, et aura suivi la jn^rcjje. progressive des diverses sources de prospérité jusqu^en 1830, sera facilement convaincu qu'à cette époque-la Belgique avait acquis un degré de bien-être, de richesse et de luxe dont elle n'avait point été susceptible sous aucun autre gouvernement, et dont la cause se découvre aisément dans la réunion avec la Hollande , sous laquelle les débouchés d'outre-mer avaient si puissamment favorisé l'industrie , on que le palladium du commerce, du travail et de la civilisation flottait parmi nous, le symbole de la richesse s'était fixé sur le territoire de la patrie et quel heureux présage pour l'ayenir ne fal^ lait-il pas déduire de ce dont ie temps présent noiis gratis fiait déjà..

C'est donc avec un sentiment pénible que nous déposons la plume à la mémorable époque de 1830, époqiie si abon^dante en souvenirs et en regrets , où Fimprudence guidée par des intérêts ennemis de notre gloire, a brusquement déchiré le lien de notre pacte social et a plongé des milliers des familles industrieuses et ouvrières du bieuhêtre dans l'abime de la misère ; puisse le temps et l'oubli cicatriser tant de blessures profondes portées an corps social , et adoucir l'amertume dont l'oubli delà reconnaissance a abreuvé nos généreux bienfaiteurs ; et, si un jour le bien-êlre détruit re. naît dans notre beau pays, puisse alors la muse de l'his^ toire confier à une main habile le soin de tracer les tableaux somptueux des richesses d'alors et les consigner à la suite de ces pages : ce tableau portera avec lui la preuve que la Providence exausera les vœux ardens que je forme aujourd'hui pour le bonheur de la patrie.

Décembre 1830.

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