Tome L
La prépondérance commerciale que cette ville acquit vers le milieu du seizième siècle, était non^senlement due aux cir^ constances que nous avons déjà eu occacion d'énumérer ea décrivant la décadence du commerce de Bruges , mais aussi à rindustrie active et florissante de ses habitans, qui ex^ cellaient alors dans plusieurs arts. Avec de tels moyens de prospérité elle est devenue une des premières cités commerçantes du monde, lorsque de plus le négoce n'était assujetti qu'à des droits et à des impôts excessivement modérés.
Le droit de barrière ou de toi formait avec la gabelle de Zélande , la seule rétribution qui fut prélevée au profit du Prince. L'un et l'autre de ces droits portaient sur les marchandises qui entraient et sortaient de la ville par mer ; tout ce qui se voiturait par terre était franc à l'entrée comme à la sortie. Le droit de toi rapportait au Prince dix-huit à vingt mille écus par an (un peu plus de fl. 125,000). La gabelle de Zélande , qui , pour la commodité des marchands, se percevait à Anvers , était du produit annuel de vingt-deux mille ducats *).
La gabelle du vin se montait à quatre-vingt mille écus; celle de la cervaise (ou bierre) à quatre- vingt mille ducats. C'étaient là des revenus municipaux dont la ville disposait selon ses besoins. La construction des nouveaux remparts avait endetté la ville , qui en 1560 devait emprunter à dix et douze pour cent d'intérêt annuel. Du reste, ce taux était relatif à celui du commerce , qui, en raison de ses immenses bénéfices n'hésitait pas à payer chèrement l'agiot. L'intérêt légal
*) Ces droits étaient particuliers à Anvers. Le Prince avait en outre des revenus générauK. La coupe des forêts était Téservée aui domaines ; d*autres droits provenaient de certaines villes , châteaux , villa|;es, seigneuries , terres , moulins , etc. ; de quelques impositions sur l'entrée et la sortie des marchandises; d*une part dans les confiscations, du bénéfice sur les monnaies IVappces dans ces états, du geôlage des prisons , de la ferme et des offices de poissonnier, d*un droit sur le mesiirage des grains, lesquels tous ensemble , ^quoique modérés , lui faisaient néanmoins , observe Guichardin , un reveno pareil à calui d'un roi d'Angleterre.
avait été ûxé par Charles V à douze pour cent , et Philippe II le maintint à oe taux *).
L'empereur Charles Y tira des Pays-Bas , pour les besoins de ses longues guerres, quarante millions d*écus d'or , dont Anvers fournissait une très grosse part.
En 1555, Anvers dépensa pour célébrer la bien^ venue de Philippe n, 260,000 florins d'or.
n se fabriquait à Anvers, en lô60> non-seulement des draps , des toiles de toutes sortes , des tapisseries , des tapis , des futaines, des armures, toutes espèces de munitions de guerre , des dorures, de l'argenterie, des couleurs, de la vaisselle de verre, à l'instar de celle de Venise , des cuirs , toutes sortes de merceries d'or , d'argent , des fils de soie, de laine et de métaux , mais aussi des velours f ) , des satins , des draps
^) Voici ce que dit Guichardin au sujet du prix d'argent :
c Dépôt appellent aujourd'hui let marchands pour colorer un fait odieui par paroles »honnétes , est , de donner de l'argent à quelqu'un pour quelques temps à intérêt ferme »et déterminé , comme pareiemple, selon la permission de Charles V , confirmée par »l0 roi Philippe II, son fils, à 12 pour cent, au bout d'un an : lequel intérêt permis pour »des temps difficiles, s'est maintenu et a fait beaucoup de tort. Des gentilshommes bail- »lant lenr argent sûrement et font aussi l'usure , d'où terroirs deTÎenaent incuU »tiTéa , etc.
Les lombards (les Italiens) , qui étaient au treixiéme siècle les grands accapareurs de l'argent, ne se contentèrent pas du prix modéré qu'ils auraient pu demander si le commerce d'argent avait été libre et autorisé par les lois. On remarque que dans le treîxiéBe siècle , l'intérêt ordinaire qu'ils demandaient était de vingt pour cent. Vers le commencement du même siècle , la comtesse de Flandres , obligée d'emprunter de l'argent pour la rançon de son mari , s'adressa à des marchands Italiens ou Juifs, et elle ne put l'obtenir qu'à un intérêt de vingt pour cent; quelques-uns exigèrent même jusqu'à trente. Au quartonième siècle, en 1311, Philippe IV fixa à Tîngt pour cent l'intérêt légal de l'argent pour les foires de Champagne. L'intérêt eo Aragon était un peu plus bas. En 1242, Jacques I le fixa par une loi à dix>huit poor cent. Dès l'année 1490 il était à Plaisance au taux de quarante pour cent Cela eat d'autant plus extraordinaire que le commerce des états d'Italie était alora devenu trés-considérable.
•f) Il fut un temps où la fabrication des velours était bien perfectionnée dans les Pays-Bas , puisque les fabricans de Milan y envoyaient leurs velours à ramager , qu'ils
(ksoîe, des taffetas, des damas, dont la fabrication ne fut connue en France que vers le commencement du dix-septième siècle.
Un rapprodiement à faire ici , qui doit provoquer de bien sérieuses réflexions , est que l'Edit de Nantes fut rendu par Henri IV en 1598 , année où , sous le règne de Philippe IH , les Maures furent chassés d'Espagne, et que les établissemens des fabriques de soie, de tapisseries, de fayence , de cristaux , etc. , en France , ne furent postérieures à cette époque que de quatre à cinq ans: ces établissemens datent tous de 1603 *). Ainsi les proscriptions de Philippe III d'une part , FEdit de Nantes de Tautre , attirèrent à la France les premiers élémens de l'industrie qu'elle a su acquérir et qu'elle a si puissamment développés depuis lors.
En 1560 on élevait k Anvers , en petit nombre à la vérité , mais aussi malgré la température peu favorable du climat, ce ver industrieux, dont le brillant produit est devenu la matière première de nos étoffes les plus riches et les plus élégantes.
On y raffinait avec beaucoup d'art et d'industrie le sucre, la cire, etc. ; on y épurait certains métaux, on y fabriquait du très-beau vermillon , on y excellait surtout dans la taille des diamans. La preuve de la supériorité et du perfectionnement relatifs auxquels les arts étaient parvenus dans cette ridie cité , c'est qu'on y comptait alors 124 orfèvres, tailleurs de diamans et autres pierres précieuses , et 300 peintres.
en iaiaiient reTenir eniuile, afin de les vendre chei eux à un plus haut prix comme ayant ëtë fabriqués à Anvers ou en Hollande {Du commerce de la ITollandé),
*) 1603. Établissement des manufactures de soie , de tapisseries , de fayences , de cristaux, etc. , en France (Tah. Chr.par Lenght Vvfresnoi).
Le prix da pain *) , celui du yin et de ta bière étaient seuls soumis à la taxe ; le prix de la viande et de tons les autres comestibles était libre , et on peut apprécier les principes qtn y étaient alors admis en économie politique, parTexclamation ingénue de Gnichardin , qui trouve , que c'était là use très-grande faute, car, observe-t-il:, bien qu'il y ait dç tout en abondance, tout y est cher comme crème.
En 1560 , on ne connaissait pas encore à Anvers Tusage du charbon de terre : on ne s'y chauffait qu'avec de la tourbef ).
En 1560 on jeta les fondemens de Thôtel-de-ville §). En ce
*] En 1560 il y a^ait à Anvers 160 boulangers , en 1820 on en comptait 140 , et cependant la population avait diminuée dans une proportion beaucoup plus grande depuis U première de ces époques jusqu'à la seconde; mais la concurrence est bien plus grande depuis la suppression des corps de métiers , dans toutes les professions.
f) Voici ce que raconte le naïf Guicbardin au sujet de l'Usage du charbon de terre :.
f Cette pierre fut premièrement trouvée près de Liège, dès iVin 1198, par un pé* lierin , lequel l'ayant montrée à un forgeron s*évanouit , et n*eût-on de lui autre inoafelle
I n y a à Liège plusieurs mines et creux sous terre , merreilleusement profonds,' dont , •ptr chose admirable et travaiù excessifs , les ouvriers , au grand danger de leur rie , itireot hors la pierre noire à brûler, nommée houille, nouvellement découverte au ipiyi de Hainant etNamur; mais celle de Liège est la meilleure , et on en tire sans toofflpiraison beaucoup plus copieusement , de sorte que setilement du territoire da ihéfc à one lieue de pays à Tentour (laissant la cité fournie qui en consonune <|uan- •tité incroyable) , on en envoya dehors pour chaque année , plus de cent mille écus , >eoiibien qa*dle soit à vil prix. La «'use communément , comme en oe paye (Airrert ttfnt la tourbe.
{) Ce Alt en ce temps , Tannée 1560, qu'on commença à bétir Thôtel-de-ville d'Anvn; la première pierre fut posée le 27 février de cette année. Cet bôtel-de-viUe est on édifice superbe et se ressent tout-à-fait de Tétat de prospérité et de richesse qui citactérise cette ville. Il ressemble à celui d'Amsterdam pour la régularité de l'arcfaiteotnre et semble être fait sur les mêmes plans. Celui d'Anvers contient quatre talons duu lesquels on voit autant d'ordres d'architecture , exécutés avec précision , savoir , on Mlon de Tordre Toscan , un Dorique , un Ionique et un Corinthien.
It première bAtisse de cet hdtel fut détruit par le feu en 1576. Les débris restèrent «n décombres jusqu'en 1581 , on reprit alors les ouvrages , mais ce ne fui qu*ien 1713 ,