‹ Essai sur l'importance du commerce, de la navigation et de l'industrie, dans les provinces formant le royaume des Pays-Bas, depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1830Chapitre 3 sur 126 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Etal du Commerce , de V Industrie et de la Navigation y

depuis les Romains jusqu*d la domination

de la maison de Bourgogne.

Il est assez géoéralement connu , que lorsqu'on remonte vers les premiers temps où le Commerce, l'Industrie et la Navig[ation commencèrent à se faire apercevoir dans nos contrées , principalement pendant la période romaine , on découvre que leur origine est enveloppée d'un nuage obscur, et qu'il est impossible de saisir dans leur ensemble tous les détails qui s'y rapportent. Néanmoins les historiens de ce temps, particulièrement Jules-César, Pline, Varron, Strabon et plusieurs autres , font mention de ces premiers établissemens, et c'est pour les développer dans leur véritable état et avec autant de clarté que l'époque le permet, que nous jetterons d'abord un coup-d'oeil sur les peuplades le»

plus connues qui habitaient nos contrées à l'époque où elles ont été conquises par les Romains. G)mmenrons par :

Les Nerviens qui habitaient le Cambiésis, le Hainaut, la plus {grande partie du pays de Sambre et Meuse, et par les Namnrois, qui, descendant de là entre Soignis et Nivelles et par la rive gauche de la rivière la Senne jusqu^i Rupelmonde, longèrent la rive droite de TEscaut, le pays de Bornhem, celui de Termonde sur la rive droite de TEscaut et tout le pays d'Alost *).

Le pays des Menapiens comprenait Tournay et le Tournesis, les villes et la châtelainie de Lille, de G)urtray, d'Audenaerde, de Bruges, de Gand, le pays de Waes jusqu'à Termonde sur larive gauche de TEscaut et les quatre métiers de Hulst, Axel, Bouchante et Assenede.

Les limites des Menapiens commençaient là où la Roere tombe dans la Meuse, au point ouest située la ville de Roeremonde. Ces limites se dirigèrent de là en ligne directe jusqu'à la rivière le Demer , non loin de l'endroit où la ville de Diest se trouve actuellement, et de la rive septentrionale du Demer et du Rupel jusqu'à l'Escaut, et, en le longeant, de l'ancienne rivière le Streine vers la Meuse, et par la rive méridionale de celle-ci jusqu'à la ville de Grave ; de là remontant en passant la Meuse jusqu'à la rive gauche du Rhin et jusqu'au delà d'Urdingue et l'endroit où la Roere tombe dans la Meuse. On pense que les Menapiens ont possédé aussi quelques pays sur la rive droite du Rhin. U r^ulte donc de ces investigations que le pays des Menapiens comprenait, outre les contrées que nous venons de citer, la partie septentrionale du Brabant, Anvers, Bois-le-Dnc,

*) Les Liégeois descendent des Eburoiis qui résistèrent à César et lui firent essuyer la perte de cinq légions.

une petite partie de F arrondissement de Louvain , le pays de Zevenbergen , Geertruidenberg , une partie du pays de Hensden , quelques villages en Hollande , une grande partie delà Gueldre , et la partie du pays de Glève située sur la rive gauche du Rhin , une partie des environs de Cologne et du duché de Juliers et presque toute la Campine liégeoise.

Pline dit aussi que les Taœcmdres habitaient les bords de r 'Escaut sous diverses dénominations. Il est à supposer que du temps de César, ils formaient un petit peuple sous le patronage des Menapiens ; peut-être une partie ou une fraction de ces derniers , habitant les extrêmes bords de TEscaut , s'étaient-ils nommés Taxandres. Il parait en être de même des iimitVartïe^, qui occupaient, selon l'opinion adoptée de ce temps, avant les conquêtes de Jules-César, le pays situé entre Anvers, Bergen-op-Zoom et Bois-le-Duc, et qui, ainsi que lesSuniciens, se sont entremêlés avec les Taxandres que nous venons de nommer , sous le nom desquels ils sont souvent compris. On pourrait citer grand nombre de petites peuplades qui habitaient les parages environnant les Taxandres, savoir : les Attiaiiques aux environs de Tongres, les Bellovaques , les Ambiens , les Condrustens , les Ambibariens qui habitaient entre le Rhin et la Meuse, et les Suniciens, sur la rive gauche de la Meuse.

Les Morins demeuraient dans la partie de la Flandre Occidentale ou Flandre maritime ; leur pays forma plus tard le diocèse de Terouane.

En passant aux peuples qui s'étaient établis sur la rive droite du Waal, on rencontre d'abord les Bataves et les Caninef aies. La Meuse, après avoir reçu une partie du Rhin forme les lies des Bataves , et les Caninefates s'établirent au nord de la Hollande.

Les Frisons sont assez exactement indiqués par Tacite; on

ne peut y méconnaitre la Frise d'aujourd'hui avec les provinces deGroningue et d'Overyssel qui faisaient partie de la Frise, enveloppant avec la West-Frise, ces immenses lacs depuis Staveren j usqu'à la mer.

Les Treviriens occupaient à Test la province de Luxem* bourg, s'étendant par Télectorat de Trêves jusqu'au Rhin. Au couchant ils se prolongaient jusqu'à la Meuse.

Les Cœrisiens, les Segniens^ les Uhiens et les Sicambres occupaient aussi quelques parties peu importantes de notre territoire au midi et à l'est du royaume des Pays-Bas.

Les Romains avaient des rapports et des correspondances très-suivies avec les Gaules, dans lesquelles il faut comprendre les Belges et qui , au dire de Cicéron, étaient remplies de négocians romains.

Les Menapiens entretenaient , au rapport de Strabon , dans leurs vastes forêts des troupeaux si nombreux de brebis et de porcs, qu'ils fournissaient non-seulement à Rome , mais à la plus grande partie de l'Italie, une grande quantité de viandes salées et de laines façonnées. Les Gaulois , dit Varron , envoyaient tous les ans à Rome, des jambons délicieux et d'excellens saucissons que les friands de Rome estimaient beaucoup ; et cette assertion prouve que Varron , sous la dénomination de Gaulois, entendait les Menapiens.

Selon Strabon , les Romains fréquentaient les contrées habitées par les Menapiens, et y achetaient les riches toisons que produisaient leurs gras pâturages et par lesquelles Horace entend les laines si abondamment recueillies et si aitistement fabriquées. Les vêtemens qu'ils en confectionnaient se nommaient Sagum € lana (fait avec de la laine).

César et Varron parlent l'un et l'autre d'une terre blan-

châtre et grasse , appelée creta que les babitans du pays exportai^it et qui serrait à engraisser les terres dans les Gaules et dans l'île britannique^ cette terre blanche est décidément la marne qui dans l'ancienne langue belge s'appelait Marga^ei dont l'usage n'est pas moins connu que le nom, en France et en Angleterre.

Les Menapiens et les JUarins leurs voisins entretenaient encore one autre branche de commerce ; ils nourrissaient une grande quantité d'oies , qu'au dire de Pline , ils conduisaient à travers les Gaules et les Alpes à Rome et en Italie. Ce commerce singulier était encore un aliment de luxe et de sensualité pour les Romains, qui trouvaient un bel ornement dans les plumes blanches de cet oiseau et im met délicat dans son foie qu*ils assaisonnaient de lait ou de vin mielleux.

Ces peuples entretenaient, sous la domination romaine , des fabriques de sel, comme il est démontré par deux inscriptions insérées dans le recueil de Gruter , faites au nom des Sauniers, Menapiens et Morins.

Les Atrebates étaient également très-commerçants ; la filature était non seulement en usage, mais même en honneur chez ces peuples ; leurs étoffes étaient renommées et recherchées dans les pays lointains. C'était avec cette laine qu'on fabriquait les habillen^ens qu'on portait dans tout l'empire et que Ton appelait birri.

Une preuve que Ton fabriquait des tapis dans nos contrées du temps de Pline, c'est que cet auteur nous apprend que nos tapis différaient de ceux des Parthes.

Rome et toute l'Italie recherchaient nos toiles avec beaucoup d'empressement; on peut à cet égard s'appuyer sur le témoignage dePlautus : m Uni cooperta est textrino Gallia.»

Il est prouvé par difféi*ens passages de César , de Pline et de Tacite , que l'agriculture fut en général exercée avec le plus grand soin et le plus grand ^ccés chez les Menapiens , chez les Eburons, les Marins et les Treviriens; tous les anciens écrivains s'accordent à dire que les Romains tiraient leur blé de la Belgique qui était leur grenier d'approvisionnement, et ce commerce devint si florissant et si étendu, qu'une grande partie des villes de l'empire n'étaient pour ainsi dire habitées que par des citoyens adonnés au commerce, qui, dans des temps de calamités, devenait toujours la ressource et lé salut de l'empire.

Plus tard, après avoir rappelé la paix et rétabli la tranquillité que la guerre avec les peuples allemands avait bannie de ce pays , Valentinien voulut y ranimer l'industrie et y vivifier le commerce, et par ce moyen y amener l'opulence. C'est sous ce règne, en effet, que nos contrées furent dans l'état le plus florissant ; le commerce surtout y eut à cette époque un grand développement, et il semble résulter de Tacite, que les habitans des villes de la Zélande et des rives des embouchures tant de la Meuse que du Rhin , étaient déjà exercés dans la navigation lors de la domination romaine.

Ce grand nombre de marchands romains établis dans nos contrées y trafiquaient avec les iles britanniques et autres pays. Jules César, avant de tenter la conquête des iles britanniques , consulta les marchands de notre pays qui commerçaient avec ces iles ; ce commerce consistait en toiles k voiles , en gros draps et en toiles de lin.

On a trouvé en Zélande des anciennes inscriptions, par lesquelles les Romains témoignaient leur reconnaissance aux Dieux, pour la conservation de leurs marchandises contre les dangers de la mer. Il parait que du temps de Caligula , le commerce florissait déjà dans l'ile des Bataves, au point que ce prince trouva à propos d'y faire vendre les omemens

tàe corps y le mobilier et les esclaves de sa. sœur qui avait été. condaiDiiée à mort. Cette veate eut un si g^rand succès» que Suétone fait mention du prix élevé qu'elle produisit.

Du temps de Vitellius, il y avait encore chez les Bataves grand nombre de marchands romdns, qni fuiient aloi^ as* saillis à main armée, par les. Ganinefates, et , si Ton en croit Tacite 9 les tombeaux romains dont on a trouvé des venges, n'y furent pas seulement construits pour les militaires, mais aussi pour y inhumer les manjhands qui habitaient le pays.

U est encore tout naturel de penser, que la pêche, le commerce et l'industrie ont e^ chez les Bataves la même origine que la nayigatioi;i et y ont fait les mêmes progrès ; car tontes les branches de l' industrie^ humaine se tiennent et sont nécessairement liées entre, elles; elles naissent et croissent ensemble. La situation même -àe la Hollande indique la pêche comme le berceau de son commerce , de même qu'elle fut Torigine de sa navigation et de sa puissance. Il ne faut donc pas douter que la pécha des Bataves ^'ait été infiniment animjée par le séjour des armées romaines, et bien davantage ensuite par l'exportation qu'ils firent à l'étranger. Néanmoins, les historiens de ces temps reculés ont fait peu attention aux institutions utiles à la naissance et aux progrès des arts les plus nécessaires à la société; ils ont passé légère-» ment sur la pêche des premiers Hollandais, le plus important de tous leurs arts, celui qui a Jeté les premiers fondemens de leur élévation , celui qui dut par conséquent attirer les premiers soins de la société, et être d*abord le principal objet de leurs institutions politiques.

Ton. I. 2

On peut toutefois encore, en suivant Jules-X^sar chez les Germains, après sa conquête des Gaules, se former une idée de la navigation hollandaise ; <m le voit (Jules-César) en recevant Thommage de divers peuples de la Germanie , traiter les députés des Bataves avec distinction. Il fit avec eux un traité d'alliance par lequel il reconnut les Bataves pour un peuple libre et ami du peuple romain , et n'en exigea que des troupes auxiliaires. Par là il s'efforça de se les attacher, et par la suite les Romains firent de File renfermée entre les deux bras du Rhin leur quartier-général , y établirent leurs magasins, et partirent <fe là {KMir parcourir les rivières qui y aboutissent Les expéditions de Jules-César , de Drusus et des autres généraux romains qui formèrent des établissemens dans File des Bataves, doivent avoir jeté les fondemens d'une navigation qui s'est accrue insensiblement sous la protection de ces conquérans , et Ton est d'autant plus autorisé à le supposer, que les Bataves ont été de toutes leurs expéditions et que 1^ Romains les préféraient même à d'autres troupes pour tout ce qui avait trait aux opérations de la guerre maritime et qui exige des gens faits et propres à la navigation. Il est même à croire que les Bataves avaient déjà, à Tarrivée de César, une navigation assez considérable pour engager ce général à les regarder autant sous ce rapport que par la situation de leur ile, comme dés alliés nécessaires. Ce furent les accroissemens que le séjour ou le voisinage et les mouvemens des armées romaines donnèrent à leur navigation, qui sans doute les mirent en état de renoncer à l'alliance des Romains, lorsqu'elle leur devint enfin onéreuse, de leur préférer celles des Saxons, et de prendre part à l'irruption que les Francs et les Germains firent dans les Gaules. Les Bataves ftirent les seuls de ces peuples entreprenans que l'empereur Probus ne put vaincre ; ils brûlèrent une partie des vaisseaux que les Romains avaient sur le Rhin , se saisirent de ceux qui pouvaient leur servir, les mirent en mer et firent voile vers l'Arragon en Espagne qu'ils prirent, ainsi que Syracuse en Sicile, où ils firent un horrible dégât.

Toomant ensuite yera T Afrique , ils dévastèrent les côtes de la Lybie, firent une tentative inutile surCarthage, et à quelque temps de lu , unis avec lesSaxons» ils vinrent dévaster les côtes de France. Ainsi la Hollande avait dans son sein , dès le m^ siècle y un peuple de marins intrépides qui paroourai^it une grande partie des mers de FEurope.

Les canaux et les routes que les Romains avaient fait creuser dans le pays , devaient nécessairement y rendre le commet» aisé et lucratif, Caligula fit bfttir sur la côte de la mer une tour avec un fanal pour servir de guide aux pilotes dans la direction de leurs navires. Les historiens font aussi mention de réglemens relatifs an commér* ce y qui ont produit leur effet et par lesquels les militaires étaient exempts de payer les droits ordinaires sur les marchandises destinées à leur propre consommatiim ; mais si c'était pour e^ faire commerce, ils étaient tenus à payer comme les autres. U fut décidé que les vaisseaux n'entre* raient pcHUt dans le dénombrement des biens dès mardiands qui ne payeraient aucun tribut à raison de ces vaisseaux. Les droits de douane pour les marchandises dont l'entrée était permise , étaient le huitième denier, du prix de leur estimation. P^^oimé n'était exempt de ce droit» Les/ mar^ diandises que des nations amies apportaient da'terriloi* re de l'empire dans leur patrie, ne pàyaieiit aucua droit pourvu que la sortie en fàt permise.

Chez les Romains, des particuliers possédèrent pendant quelque temjps les salines, et le contimereè en était libre, sous les consuls P.Valérins et T. Luorétius; plus tard, pour subvenir aux besoins de l'état, les salines furent remises aux domaines publics , et chacun fut contraint de se pourvoir desel chez ceux qui les tenaient à ferme. Cette loi ôta

aax Belges la liberté de faire du sel , dont ils jouissaient ayant la conquête des Gaules par les Romains.

Le négoce d'étoffes de soie était également interdit à tous les particuliers, il n'y avait que l'intendant général du commerce qui exclusivement pût en débiter.

Les Batàves fournissaient des hommes et des chevaux aux Romains qui craignaient moins des blessures et de se voir enlever quelques avantages de position que de perdre leur cavalerie; lorsque les Bataves, ainsi que les Belges, se lassèrent de leur en fournir, c'était avec des chevaux des Gaules qu'ils remontaient leur cavalerie.

Parmi les objets de commerce d'importation , les Belges n'avaient probablement pas d'autre papier à écrire que le papyrus d'Egypte , qu'ils ne pouvaient avoir que des ikiarchauds étrangers^ Mabillon dit que c'étaient des marchands égyptiens qui fournissaient les Gaulois de papyrus. Le poil de chèvre y venait de l'Asie.

Les garnisons, les flottes et les armées occasionnaient une dépense considérable dans la Belgique; cela y attira non seulement bon nombre de marchands, mais aussi des courtiers romains. Le commerce devait y être bien <x>nsidè* rable, vers Fan 442, puisque Salvien, qui restait alors à Trêves, dit que les marchands et les courtiers occupaient la plus grande partie de toutes les villes , et qu'il n'y avait que le commerce qui put les mettre en état d*accjuitter tous les impôts dont ils étaient chargés.

Les marchandises d'exportation consistaient encore en esclaves, en productions du sol, en bestiaux, en minéraux tBit en produits de l'industrie.

Le commerce était déjà si étendu peu de temps après

Auguste, cpe seton Ftaye Josephe , les marchandises allaient partout et que la Belgique fournit constamment Rome de blé pendant la disette , occasionnée par Stilicon, et pendant la rébellion de Gildon ; les Gaules d'ailleurs produisaient un fromait préférable à tout autre.

Les Romains estimaient beaucoup la racine de cherris à cause de son volume extraordinaire; l'empereur Tibère et les grands de Rome en faisaient venir tous les ans des bords du- Rhin,

Les Frisons se révoltèrent sous Tibère , à cause qu'ils ne pouvaient pas fournir des peaux de bœufs d'une taille assee forte y telles que l'eligeait Olennius.

Non seulement la Belgique , ainsi que nous l'avons fait remarquer plus haut, fournissait Rome et presque toute lltalie de porcs , de bœufs salés et d'oies , mais elle leur envoyait aussi du i^omb , de la craie et une certaine espèce de marbre.

Les Bataves faisaient avec de la lessive et de la graisse du savon, dont les Romains se servaient. Un autre commerce d^importation consistait particulièrement en vins dont ces peuples étaient très friands, et que leur apportaient les vaisseaux qui couvraient la mer, la Meuse et le Rhin. Il parait que la loi, qui défendait à quelques peuples l'usage du vin, tomba en désuétude sous la dommation des Romains.

n parait qu'on ne cultivait pas encore la vigne dans Itr Belgique du temps de Tacite, mais Probus fit une chose bien agréable aux Gaules en leur permettant de la planter, d'autant plus que Domitien avait défendu de la cultiver sans une permission particulière, tant en Italie que dans le pays conquis.

Tacite et Diodore s'accordent à dire que les Belges septen-

trionaux avaient toutes les qualités requises pour le commerce, car ils avaient l'esprit fort pénétrant et le jugement sain; ils étaient sincères, honnêtes et hospitaliers. Toutes ces bonnes dispositions naturelles pour le commerce leur devinrent utiles sous la domination du paiple romain , car en ayant adopté les mœurs, ils connurent les besoins de son luxe et de ses caprices , et ce ne fut qu'en échangeant le superflu de leurs besoins réels, qu'ils, purent se procurer les objets de luxe , en attendant que l'industrie leur fit trouver de nouvelles ressources. L'agriculture ne leur suffisant plus pour se procurer tout ce que la mollesse des Romains leur fit connaître , ils furent obligés de cultiver les arts et les sciences, qui jusqu'alors leur étaient inconnus et d'embrasser enfin le commerce. On peut rapporter à l'époque romaine ce passage de Tacite , que ceux qui habitaient les frontières se servaient dans le commerce de monnaies d'or et d'argent , mais que ceux qui habitaient l'intérieur du pays faisaient le conuneroe d'échange, selon l'ancien usage, c'est-à-dire, celui qui se pratiquait avant lu conquête des Romains.

Le Dieu principal qil'<m invoquait dans toute la Gaule était Mercure qui présidait au commerce et au trafic **"). C'est à Mercure particulièrement que s'adressaient presque toutes les inscriptions qu'on y a découvertes. Nos premiers pères adressaient par la même raison leurs vœux à Néhallennia comme protectrice des marchands.Ge culte si universel et si spécial envers les dieux protecteurs des banquiers et des marchands, prouve combien la nation portait ses vues vers le commerce.

*) Herctire en vieux teuton signifie marchand, La première racine dn mot ■ercure ett Merc on Merct qui reat dire marché dans la kngne néerlandaise qui tire son origine de ]a Teutonie.

La construction de vaisseaux en Belf^ujiie et notammeni dans la partie septentrionale, était très-simple à l'arrivée de Juies-Césai'. Ils s'étaient lonfjtcmps servis des mt^mes barques que leurs ancêtres ; mais les Romains , connaissant toutes les ressources de l'arebitectare navale, firent constroire tant de vaissseaux dans la Belgique, qu'à la On les Belges deriarent aussi bons architectes que leurs maîtres. César «'étant proposé de faire la conquête de l'Angleterre, (it roostmire sur nos côtes une grande quantité de vaisseaux qu'il joignit à la Ootte qu'il avait employée précédemment contre eux. Cotte flotte n'était composée que de vaisseaux de transport, destinés ît transporter l'armée, les chevaux et les vivres. Le point de réunion était à Boulogne. U est iodubiuble que César employa à la construction do ces vaisseaux on grand nombre de chai'pentiei's belges; car l'année suivante, il fit rassembler au même port une nouvelle flotte consistant en six cents vaisseaux et huit galères. Les irruptions que les Romains avaient faites Jusqu'alors en Ailemagne pour subjuguer les Germains n'ayant pas été heureuses, Germanicus prit ensuite le parti de faire construire nne flotte pour passer en Allemagne par mer. On travailla avec beaucoup de diUgence dans tous les ports de la Belgique à faire constuire mille vaisseaux, nombre qu'on crut suffisant pour transporter l'armée et tout ce qui en dépendait. Ou fit des vaisseaux courts, dont la poupe et la proue étaient étroites et le ventre large pour mieux résister à l'impétuosité des flots. Il y en avait dont la caréné était plate, afin qu'ils ne fussent point arrêtés dans la basse-mer. D'autres avaient un gouvernail à la proue et un à la poupe , pour aborder également de part et d'autre sans perdre de temps à tourner le vaisseau. La plupart étaient pontés afm d'être propres au combat et à porter les marchandises, les chevaux et les vivres. Tous ces vaisseaux étaient construits do façon qu'ils allaient avec une égale vitesse à voiles et à rame«. On avertit lous les pilotes de se rendre dans la

Batavîc, où il était plus aisé d'aborder à cause que le Rhin mouillait cette île.

On îg^nore le temps précis où les Francs tentèrent pour la première foi» d'envahir la Belgique. Selon l'e sentiment commun des 'auteurs les plus dignes de foi, ce fut vers ta fin du n® siècle qu'ils commencèrent déjà à faire âe» incursions en deçà du Rhin, et quoique leurs entreprises né fussent pas toujours couronnées de succès, leur puissance s'accrut telleilient , que les Salfens, qui étaient les plus puissans de tous les Francs^, parvinrent après deux cents ans de gderre, à s^établir solidement entre le Rhin et la Meuse, di^ puis le»^ environs de Cologne jnsqu'à Tembondiure des deux rivières. Ils n'y demeurèrent pas longtemps en repos. Les Belgesearèntbèaucoup à souffrir dans ces'ravàges continuek. Phàramond, à la tête d'une armée nombreuse » étendit' tous les jours les bornes des possessions dés Francs; la plujfart des places fortes de la Belgique furent forcées de se rendre et une bonne partie de ces prorinces reconnut la dommation des Frîincs.

La Frise était toujours séparée des autres provinces ; èlte comprenait alors une étendue considérable de terrain ; elle disputa la victoire aux conquérans conduits par Pépîii d'Hei'stal, mais elle finit par se déclarer pont les Francs;

Quelques faibles traits de lutnière qui percent de temps en temps les ténèbres de l'histoire av&nt l'époqde deOiak*lemagno, nous découvrent assez à quel point les moeurs des Belges étai^t déj A devenues baii>ares. La suprême loi était celle des armés, ou la volonté du prince. Celui-ci exerçait despotiquement sur les seigneurs le droit de vie et de mort. Lés

seigneurs avai^it le jnéme pouvoir snr les citoyens, et ceuxci ^r les individus de leurs familles ; la terreur seule g^euvernaittoot.

n résulta de cet état de choses que le commerce et Tagricultnre tombèrent en désuétude. Ils étaient presque inconnus dans nos contrées pendant le V®, le VI® et le VlP^siècle qui ne présentaient que le tabtean de Toisivité et de la misère , la^ terre- étail occupée par des brigands , la mer in« festée par de^ pirates , qui fermaient ton» les diemin» et empêchaient toutes les communication».

Le \Jll« siècle est le premier qui se présente sous un jour an peu moins sombre, et les conquêtes de Qiarlemagne oflPr^it répoque la plus propre à déterminer le moment de départ dans Fexamen du commerce et de la navigation. Cette dernière faisait des progrès remarquables en Hollande y on peot en juger par les armemens dont la chronique fait mention en 837. Les Normands , ayant fait une descente dans l-ile de Walc^eren et porté lem*s brigandages jusqu'à Anvers , ils ordonnerait Téquipement d-une flotte dans différenspoits de la Hollande. L'histoire dit que ces barbares firent beaacoup de tort ans moyens d'existence de ses habitons.

Vingt ans après, en 857 , Roruk, à qui Lothaire avait cédé une' partie de la Hollande, y équipa une flotte ao moyen de laquelle il passa dans la Mer du Nord jusqu'en Danemarck.

Déjà à coté de la pêche, de la navigation et du commerce d'économie, commence à s'élever l'industrie, qui s'occupe de rendre propres à notre usage les productions de la nature en leur dcmnant une forme assortie. Les premières manufactures chez totis lès peuples industrieux furent celles que leur d^nandaient les premiers besoins. Celles des habitans des

côtes et des rives de fleuves furent nécessairemait la construction, la fabrication de corda^ , de voiles, de filets , de tonneaux et de barriques; aussi la construction s'est-elle élevée au point de devenir un objet de commerce trés-riche et de rendre célèbres dans toute l'Europe quelques-unes de nos contrées.

La naissance des manufactures de première nécessité , telles que celles de toiles , d'étoffes de laine , de bonneterie , etc. , ne pouvait être éloignée de la naissance de l'industrie qu'exige le commerce d'économie ; et ce commerce devait nécessairement les perfectionner à mesure qu'il progressait Telle a été la marche de l'industrie chez toutes les nations qui se sont élevées par la pèche, la navigation et le commerce d'économie. Ainsi , dès le règne de Charlemagne , nos provinces avaient des manufactures de quelque importance et déjà recherchées dans un siècle où les arts n'avaient fait encore que peu de progrès en Europe.

Charlemagne était dans l'usage de taire présent à ses offi* ciers le jour de Pâques d'habits frisons de différentes cou* leurs, n envoyait même quelquefois à des princes étrangers des manteaux frisons de couleur blanche grise ou pourpre , ce qui prouve que les Frisons (dénomination sous laquelle on comprenait aussi quelquefois les peuples de la Hollande , de la Zélûide, de la Gueldre et de la Hollande-Septentrionale) avaient des manufactures d'étoffes de laine et possédaient l'art de la teinture que ce prince protégeait sans doute par ses présens. Ces présens mêmes supposent un degré de perfectionnement qui était l'ouvrage du temps » et qui permet de croire que les manufactures étaient très-anciennes chez ces peuples.

Plusieurs anciennes inscriptions rapportées par l'auteur de la religion des Gaulois , et trouvées également en Zélande , témoignent que ces iles ont fait de très-bonne heure le com-

merce en grains a?ec la Grande-Bretagne , ei sou8 le règne des rois Francs de la première et de la seconde dynastie, le commerce maritime commençait déjà à y faire des progrès notables; on y introduisit déjà au profit de la caisse royale la perception des droits sur les marchandises qui passaient par les rivières , les ponts ou les routes. Les anciens documens de Téglise d'Utrecht et autres des preuki&s temps font mention , que déjà à cette époque , les barrières d'eaa et les r^evances à payer y furent établies.

Dès le IX^ siècle il se trouvait à l'embouchure de la Meuse un endroit remarquable par son commerce : on le nommait Witlam, et à cette même époque, les villes Wyk le Dmurstede et Tiel étaient également importantes. Néanmoins à l'Est de la Mer, dit Zuiderzee, formant aujourd'hui la Frise, le commerce s'est établi plus tard. La taxe que les Saxons, à ce qu'il parait, et les Frisons eux-mêmes levaient sur les chevaux et le bétail à cornes , sead[>le prouva que ce pays n'exportait guère plus que ce bétail , bien que l'on puisse oondure des institutions des rois Francs, qu'on y cultivait du seigle et qu'on s'y occupait de l'industrie des abeilles , ce qui formait au moins des objets de trafic intérieur.

Les premières manufactures établies en Belgique furent aussi celles de laine et de lin ; la laine que les habitans recueillaient de leurs moutons , servit à tisser des draps conununs pour leur propre usage. Les métiers dont ils se savaient pour tisser les toiles étaient assez semblables à ceux dont on se sert aujourd'hui. Les Atrebates qui excellaient dans l'art de faire des étoffes de laine et qui en fournissaient à plusieurs nations , le leur avaient transmis. La

teîntnre qu'ils savaient donner à ces étoffes jouissait même d'unç g^rande renommée.

Au X« siècle, on s'adonna déjà avec persévérance à Fa* griculture et à l'industrie. Le comte de Flandre Baudouin le Jeune introduisit plus tard des tisserands et des foutons à Gand, ville déjà très-peuplée à cette époque; ce prince encouragea le commerce par rétablissement de marchés publics et de foires annuelles, dont les premiers furent établis à Bruges , à Courtrai , à Cassel et à Tourhout *).

La rareté du numéraire pouvait bienté^ détruire ce commerce naissant; mais ce prince éclairé dioisit parmi les plds habiles commerçans des priseurs publics qui fixaient les prix et la valeur dés marchandises par rapport à d'autres , afin de faciliter le commerce d'échange. Selon un auteur distingué; les Flamands furent parmi fous les peupleade l'Europe les premiers qui perfectionnèrent avec tant de soin et d'assiduité Fart de manufacturer des toiles et des draps. Vers ce temps ils commencèrent à employer la laine d'Angleterre et d'excellent lin qu'ils recueillirent déjà de leur propre sol. C'est à ces circonstances qu'il faut attribuer que leurs toiles et leurs draps étaient sous le rapport delà finesse et delà qualité, supérieurs à d'autres, et qu'ils furent déjà très-renommés vers le IX^ siècle f).

*) Quelques chronique! font néanmoins mention que Tourhout (Thonrout) aTiit nn commerce. 4'éahaage ren^irqtuble et une foire |, ou niarchë annuel , dès. !« VII* siècle.

Voici ce que Harchant dit au sujet de ces marches : Sedjofn manum de iUa ta» Mb, poHiuquB Bruga êpMtemuê Ubêrrimas pretiosatquê nundinas, JoHuario Mt^ joqu0ttnmiat%nr$curr§n^0ê,

■f) Il est remarquable que le fil de 4(oton , déjà connu du temps de PUne et dont des manufactures étaient établies au X« siècle dans quelques Tilles de rAllemagne, était incontiu en Flandre. Cette marchandise -n'est pas connue dans les tarifs des anciens péages de ces contrées , et il a*y eut même pas soas Charles V. de métiers de tisaeraivis de coton , ui dans la capitale , ni dans ja proYÎnce. (Voyez la Concession Caroline^ Art. 69.)

Trois siècles plus tard, comme nous allons le voir tout-àrheure.les Flamands fournissaient des draps et des toiles à la majeure partie des nations de toute l'Europe.

Bans le X« siècle, les choses continuèrent insensiblement à s'améliorer. Les souverains du temps ne se bornèrent point à protéger et à développer en quelque sorte l'industrie et le commerce » mais ils s'appliquèrent à donner de la force et de la stabilité aux différentes institutions. Ils établirent les fortifications des villes du midi et restaurèrent celles qui avaient été fortifiées du temps des Romains

La draperie et la teinturerie en écarlate florissaient dans DOS contrées vers le milieu du XI^ siècle» On sait que l'em* perenr Henri TU. , pour récompenser les services de Thierry, comte de Qèves, loi conféra le burgraviat deNymègue, le château impérial nommé Valkenho/ei le droit de péage, à condition d'envoyer tous les ans trois pièces de drap écarlate i fabriquées avec de la laine d'Angleterre.

Une nouvelle preuve des progrès du commerce et de l'ion portanoeque la navigation acquérait dans nos eaux,se présente en l'an 1015, lors de la fondation de la ville de Bordrecht, où le comte Thierry fit percevoir des droits sur toutes les marchandises qui montaient ou descendaient le fleuve. Les marchands du pays en furent très-mécontens, notamment ceux de Diid, qui s'adressèrent à plusieurs reprî^sà l'emp^ireur, afin de ï&OÊgaf^ev à interposer son pouvoir pour les dégrever de ceU te charge insupportable; ils faisaient valoir à l'appui de leurs sollicitations» que le commerce avec l'Angleterre en souffrait

au point qu'ils ne seraient bientôt plus en état de payer leurs impôts au trésor impérial.

Revenons maintenant à la pêche. — La situation même du Nord du royaume démontre que la pêche était le berceau de son commerce, comme elle le fut de sa navig^ation et de sa puissance qu'il acquiert plus tard. La Hollande a corn* mencé comme Gênes et Venise; elle doit son élératicm à des barques de pêcheurs. Ses premiers habitatis étaient obligés d'aller demander à la mer leur principale nourriture; de petites flottes, composées de barques à rames, couvraient les eaux du Rhin. Telle fut celle que le duc de Lorraine , ligué avec les évoques de Cologne, de Cambrai et de Liège, arma sur le Rhin , au commencement du XI^ siècle pour enlever la ville de Dort ou Dordrecht , au comte de Hollande. C'est la première flotte de cette espèce , mentionnée par l'histoire et qu'elle nous présente armée pour une pareille eipédition. Vers la fin de ce même siècle, il se donna un combat naval avec de semblables flottes, composées de petits navires et débarqués légères entre Thierry, comte de Hollande et l'empereur, et quoique ce soit là aussi le premier combat de cette nature dont il est fait mention, il est très-^vraisemblable que cette manière de faire la guerre et de combattre n'était pas nouvelle dans un pays entouré de tous côtés d'eaux , de rivières et de la mer. Ce fut dans le même siècle que Robert-le-Frison , à qui l'èvêque d'Utrecht avait enlevé la Hollande , arma une flotte , pour enlever à l'évêque le château d'Ysselmonde , qu'il assiégea à la fois par eau et par terre.

Ce serait néanmoins une erreur de croire que la navigation des Hollandais ne consistât à cette époque que dans des barques et ne fût qu'intérieure ; nous croyons avoir prouvé plus haut qu'ils envoyaient des bâtimens en mer , qu'ils avaient

ainsi un fond de navigation , ce qni fait supposer qu'ils étaient déjà nn peuple marin.

Ce (ht vers la même époque et pendant que ces provinces consolidaient leur navigation , que le Midi développa l'industrie et acquit par elle de grandes richesses. La population des villes de Flandre s'accrut beaucoup ; ce fut environ cent ans plus tard, que les bourgeois de Gand , ayant eu quelques contestations conunerciales avec ceux de Cologne, au sujet de la navigation sur le Rhin, l'ardievèque de Cologne permit aux négocians de Gand présens et à venir, d'acheter librement toutes sortes de marchandises à Cologne , et d'y exercer le commerce en remcmtant le Rhin.

D'apràs Raepsaet, les Belges créèmt au XII® siècle les premières lois de la navigation maritime, connues sous le nom de Wyburghache Wetten , ou lois de Wyburgh (Wybm^ semble avoir été situé près de Damme en Flandre), qui furent adoptées par tous les peuples navigateurs , ainsi qu'il est prouvé par les termes techniques flamands, encore usités dans la marine européenne. A la faveur de cette police maritime , ajoute l'auteur, les Belges commencèrent leur navigaticm dans toutes les parties du monde connu , et fondèrent ce tXMnmeroe étonnant qui donna tant de célébrité à la ville de Bruges, où toutes les nations commerciales réunies arrêtèrent par la fusion de leurs usages respectif , ce Code de commerce eoropéen, qui se trouve encore dans la coutume d'Anvers, sons le nom à'Usa^ges de la Bourse, usages , suivant lesquels , et sur la seule autorité de la coutume d'Anvers, on réglait encore au XYII^^ siècle , en Angleterre , en Hollande et dans tontes les villes de commerce , les diflPérends enti*e les commerçans de toutes les nations indistinctement.

Nous amvons ici à une époque où deux éyénemeiis remal*^ quables exercèrent une importance majeure sur le commerce et l'industrie. La première fut la croisade, et la seconde, résultant de la première, l'institution des communes. Les sei- {Toeurs de nos provinces, afin de paraître avec éclat dans les croisades, vendaient leurs domaines aleuravasisaux^ qui par ce fait devenaient libres» De là naquit l'institution des communes qui a répandu de si grands bienfaits panni les peuples, en favorisant l'industrie.

Les Gantois obtiennent en ce temps pour leur comnserce, une foule de privilèges qui ne pouvaient manquer de ranimer en eux ce goût naturel qui les porta vers lestarts utiles* Us prennent part aux associations, nommées jETan^n, et ainsi qu'il est constaté par une Charte de l'année 1175, iJ^s trafiquaient déjà dans les principales villes de T Allemagne. L'empereur Frédéric L leur permit aussi de naviguer librement sur le Rhia et institua en leur faveur diverses foires annuelles à Aix-la-Chapelle et de^x autres à Dnisbourg; il fait en outre frapper pour eux de nouvelles monnaies) auxquelles on dcHmait cours en Flaadre»

Ce fut en 1182 , qu'à l'occasion dq la mort de la comtesse de Flandre, le comte son époux , souuné par le roi de France de lui remettre ses domaines, refusa de lui obéir et leya une forte armée. Ce qui peut indiquer le degré de richesse que le commerce cominençait alors à donner aux Flamands, c'est que Gand seule fournit au comte vingt mille hommes *).

*) Ceci est tassi Popinion dû eoiftte dé Ségur ; il eit néanraoini néctissaîrè d*y ajouter une ramtrqnb qui semble loi être ëdkappée, c*ettqaé d'ordinaire les corpà.iie métiers , surtout celui des lÎMenods qui fourniisait le plus de combaitans , avait un grand nombre de membres qui demeuraient dans la banlieue et dans les communes prés de celte dernière, mais ceui-ci étaient inscrits et ils appartenaient par li au corps de métiers de Gand.

Celte ville comptait quarante mille métiers pour le tissage de laine {Laken-getouwen) ^). Ce corps de métier de tisserands » d'après Tayen des meilleurs auteurs, fournissait seul jusqu'à 18,000 hommes, tous de leur corps. Ces fabriques étaient dans la même splendeur à Bruges , à Ypres et dans plusieurs autres villes; on peut ajouter à ces manufactures, les autres brandies d'industrie qui étaient poussées avec le même succès. Les armuriers de Bruxelles, de Malines et de Lierre jouissaient d'une grande réputation, et quand on considère tout l'attirail qu'il fallait alors à la guerre, on ne peut s'empêcher de croire que la fabrique des armes ne fût très-considérable.

Les croisades qui en ce temps devinrent le salut de l'état , firent tomber entièrement le régime de l'anarchie. Les seigneurs les plus remuans, ayant perdu ou leur vie ou leurs biens dans les voyages en Palestine , il était devenu plus facile anx princes de relever les villes , d'abolir la servitude , d'encourager l'industrie. Nos guerriers, de retour de leur expédition firent connaître le luxe de l'Italie, de la Grèce et du Levant. Grand avait été l'étonnement des croisés à la vue de ce spectacle nouveau. Les relations que les autres contemporains en ont transmises à la postérité, attestent à chaque ligne combien leur esprit fut frappé de ces objets, que leur fiction même n'avait pas atteints. Les palais et les temples bâtis par l'imagination de nos anciens romanciers , étaient beaucoup audessous de la réalité qu'offrait Constantinople aux yeux de nos ancêtres. Cette ville impériale renfermait dans son sein les arts, les sciences et les manufactures; jamais elle n'avait été la proie des barbares; depuis Constantin son fondateur,

*) Quelques auteurs prétendent que le mot /aAm lignifie aussi toiles, en Flandre, et qu'encore aujourd*hui dans les campagnes de ces provinces on appelle la toile de lin laken. Il est possible que le corps se composait de tisserands on général ; néanmoins , il est hors de doute que les tisserands de laine en formaient la plus grande partie.

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