‹ Essai sur l'importance du commerce, de la navigation et de l'industrie, dans les provinces formant le royaume des Pays-Bas, depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1830Chapitre 4 sur 126 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

«lie avait conservé toute sa splendeor , et la cour des empereurs d'Orient joignait à une opulence qui masquait leur faiblesse, tous les dehors de l'antique majesté des Césars.

C'était un monde nouveau pour les croisés; tout exoitait leur admiration, et bientôt après le désir d'imiter dans leur patrie les mêmes édifices et les mêmes établissemens, qui faisaient Tobjet de leur surprise, succéda bientôt à ce premier étonnement

Fiers de leur force, et sentant leur supériorité sur cette na* tion superbe mais faible, ils regardèrent comme une injustice du sort, d'avoir favorisé à ce point des peuples qu'ils considé* raient comme si inférieurs à eux.

Ce ne fut pas Constantinople seule qui offrit à leur vue des objets nouveaux et utiles; les villes d'Italie cultivaient le commeroe, et leur marine était florissante pour le temps d'alors. Ces objets durent faire une impression profonde sur des princes, chez qui la valeur et l'amour de la gloire avaient seuls jusqu'alors dcnniné, sans cependant avoir éteint les lumières naturelles qui font distinguer aux grandes âmes les choses véritablement utiles.

En Asie même, la cour des califes était supérieure en sciences et en urbanité à celles des souverains européens. Les croisades firent refluer en Europe ces connaissances plus étendues et ces moeurs plus douces.

Pendant près de deux siècles, que durèrent les croisades, il s'établit des relations sincères entre les Italiens, les Grecs et les habitans des Pays-Bas *). Ces liaisons durent nécessairement polir les moeurs de nos ancêtres et leur faire connaître de nou-

*) Hëmoire couronné par rtcadëmie de Bruxelles en 1778.

teaui besoins , source toujours féconde de Tindustrie , néces* saire pour les satisfaire.

Les effets que les croisades produisirent sur Tétat du com* merce Airent particulièrement sensibles sur celui de l'Orient. Non seulement les croisés tirèrent les marchandises des Indes, mais ilsétablireut dans leurs propres pays des manufactures d'un ^avail recherché. Les Italiens surtout firent de grands progrès dans la manufacture de la soie» qui avaientété longtemps un art particulier aux provinces orientales de l'Asie. Les étoffes de soie étaient d'un prix si considérable dans l'ancienne Rome, qu'il n*y avait que peu de personnes du premier rang qui fussent en état d'en acheter. Sous Aurelien, en 270, une livre de soie équivalait à une livre d'or. Justinien, dans le YI^ siècle, iatrodnisit dans la Grèce l'art d'élever les vers à soie , ce qui rendit les sources un peu plus communes. Néanmoins les soieries étaient toujours assez chères pour être regardées comme un objet de luxe et de magnificence, réservé seulement aux personnes du premier rang et pour les solennités publiques. Roger 1% roi de Sicile, vers Tan 1130, emmena d'Athènes un certain nombre d'ouvriers en soie et les établit à Palerme; il encouragea la culture de la soie dans son royaume, d'où elle se communiqua aux autres ^parties de l'Italie, et cette production devint si abondante que vers le milieu du Xiy<: siècle on vit jusqu'à mille citoyens de Grènes paraître dans une procession , tous véius de robes de soie.

Le Xlll<^ siècle mit , comme nous le verrons à Tinstant, un comte de Flandre sur le trône de Constantin ; c'est là l'époque qui vit naître et établit en même temps sur des bases solides, nos relations maritimes et lointaines. Les ports de la Méditerranée et de l'Archipel furent fréquentés par nos vaisseaux. Les marchands italiens apprirent le chemin de la Flandre; les manufactures acquirent de plus en plus de la

vogue et le commerce fit des progrés plus rapides. Celui de la Hollande et de la Belgique fut très actif sous Thierry et Philippe d'Alsace; les nations voisines devinrent tributaires de notre agriculture et de notre industrie , et à mesure que nos productions augmentèrent, ils ajoutèrent un éclat nouveau au commerce.

Le commerce en grains, en chevaux, en gros et en petit tail, en lin et en chanvre, en charbon de terre, en vins et en bierre était prodigieux ; Baudouin IX avait donné un décret , qui pour ce temps était marqué au coin de la plus profonde sagesse, et par lequel l'égalité de poids était ordonnée dans toute la Flandre.

Il fut aussi le premier qui , pour prévenir les dilapidations et les vexations des percepteurs, publia dans la ville de Gand un tarif de droits d'entrée auquel étaient soumises les denrées et les marchandises. Ce prince, sans contredit, l'un des plus illustres de son temps, prit la croix, selon la coutume du temps, et brilla tellement par sa bravoure à la prise de Constantinople en 1204 , que les Français et les Vénitiens le proclamèrent à l'unanimité empereur de Constantinople. Depuis que Baudouin avait été élevé sur ce trône, les Flamands avaient fréquenté avec leurs navires les parages de l'Orient Soit comme guerriers, soit comme marchands, ayant observé l'industrie et le génie commercial des républiques italiennes , et ayant imité leur exemple, ils étaient devenus fabricans. Dans la Flandre et dans le Brabant il se développa un esprit de commerce qui sut se procurer d'importantes institutions municipales, et à l'abri de leurs institutions civiles, les habitans s'adonnèrent avec un zèle merveilleux à l'industrie manufacturière. Un grand nombre des villes, très-rapprodiées les unes des autres , rivalisèrent de travail, de goàt et d'inventions; elles se peuplèrent, s'embellirent et se remplirent de magasins et de manufactures. Cependant la navigation sur rOcéan étant encore dans un état très-imparfait, les peuples

du Nord et du Midi trouvaient commode de s'an éter et de se rencontrer dans les Pays-Bas , d'y déposer et d'y échanger leurs marchandises.

L'état de commerçant gagnait tous les jours en considération et était de plus en plus honoré ; plusieurs nobles s'y enrichirent , sans se croire pour cela déchus de leur noblesse. La Bel- Inique avait ses Hédicis dans les Berthont , seigneurs de Malines. L'ardievéque de Cologne conseillait à son neveu, le comte deGaeldre, de rechercher l'alliance de Florent Berthout pour rétablir sa fortune délabrée. « Ce seigneur , dit le prélat , est nujourd hui renommé le plus riche homme d'or et da/rgerU^ qu'on sache en nul pays y par les grands faits de marchandises qu il mène par terre et par mer. Car jusques à Damas 9 au Caire et d Alexandrie, ses galères et ses marchandises valent 100,000 florins ; il tient en plage une partie de votre hérita>gc et possède cinq à six millions d^w et dargeni.y>

Les négocians en grains et en vins s'étaient rendus odieux presqu'antant que les usuriers ; l'usure était excessive au comnuencement du XIII^ siècle, et Jeanne de Constantinople ne put tronver d'argent pour la rançon de son époux qu'à l'intérêt exorbitant de 20 et 30 p. c. Les juifs se distinguaient déjà parmi les usuriers , et plusieurs princes furent obligés de diercher des moyens pour mettre un frein à leur rapacité. Les comtes de Flandres les avaient exclus de leur territoire.

On croit communément que c'est vers la fin du XII^' siècle , qa'on découvrit le charbon de terre dans le pays de Liège , qui devint anssi depuis lors \\n article important du commerce des Pays-Bas et alimenta un nombre considérable de familles.

Les manufactures qui avaient donné naissance au commerce de laines avec l'Angleterre, qui ne se fit d'abord qu'autant qu'il fallait pour approvisionner les manufactures étran •

géreîi , nous apportaient en échange de cette laine, divei-ses sortes de marchandises et surtout des étoffes. Alors les Anglais n'avaient pointou bien peu demanufactures; ils faisaientencore ce qu'ont fait longtemps les nations agricoles, ils livraient leurs productions brutes aux nations industrieuses qui les leur rapl>ortaient manufacturées.

Vers la fin du même siècle, Florent Y, comte de Hollande, par son traité avec Philippe, roi de France, dit que les amis et les alliés pourront se pourvoir de vaisseaux en Hollande, où la construction de navires n'était plus depuis longtemps bor^ née aux besoins de la navigation , et que ces constructions avaient fait assez de progrès pour être un objet de commerce avec Tétranger.

En effet, même depuis la moitié du XH^ siècle, l'histoire nous donne l'idée de quelques forces maritimes en Hollande et en Flandre à l'occasion de l'irruption que firent les Flamands avec une armée de terre et une flotte. Les Hollandais semblent s'être formés déjà alors une marine ou force navale, puisqu'on les voit troubler par mer le commerce des Flamands; on doit en inférer que les comtes de Hollande avaient appris par les succès divers des guerres intérieures, combien une marine était utile et nécessaire, et qu'ils eurent soin d'entretenir une flotte, ou du moins d'encourager et d'organiser la navigation, afin de ne pas être pris au dépourvu.

Quoiqu'on sache que depuis des siècles très-reculés des relations de commerce existent entre l'Angleterre et nos provinces, les monumens antiques que l'on a conservés à cet égard ne datent que du temps de Henri III, qui régna de 1216 à 1272. Ce prince était en très-bonne intelligence avec les Comtesses Jeanne et Marguerite de Constantinople; il accorda aux Flamands plusieurs privilèges par des chartres, d'après l'ancien usage, en forme de sauf-conduits, afin de venir chezlui vendre et acheter des marchandises. Edouard lui succéda: il régna

ti« 1272 à 1307. 11 eut des mcsintelligeûces avec Maigueiile au sujet de quelcjiies piises faites suc mer. La lettre qu'Edouar<l a écrite à ce sujet, tontient qu'il avait défendu l'ex- (K»rtation des laines jusqu'il ce que le tort fût réparé. En 1285, Edouard confiima eu faveur dos Flamands tous les privilèges qui leur avaient été octroyés par son père. En 1297, il y eut eooore de légères brouUlorïes ; les Flamands durent i\ tout prix iouteuir leurs nombreux tisserands ; en 1298, Edouard accorda aux Gantois un nouveau sauf-conduit. Le chevalier Dieritixrite, entre autres, deux documens , qui prouvent encore les importantes relations de commerce entre les villes de Flandre e\ la Grande-Bretfl{jue,et il publie un diplôme de 1237, de Henri Ili , portant que la jjuerre dant il s'agissait, n'inlerfomprait pas le commerce de ses sujets avec ceux du comte de Flandre. Le même monarque vendit aux Gantois, en 1258, une charire de privilèges, ort il estditquedans ime guerre de cette espèce, on accorderait à ceux de leur ville, qui feraient le commerce dans ses états un terme de quarante jours pour pouvoir en sortir avec leurs marchandises.

11 [Mirait aussi résulter de la première de ces pièces , que les Gantois avaient déjà acheté un privilège semblable du prédéf*:sseur immédiat de Henri lU.

Cequi augmenta beaucoup la prospérité de la population de lacapitale des Flandres, ce fut uu règlement qui datait déjà de 1202, par lequel les bourgeois ne pouvaient pas acquérir librement des biens immeubles hors de son enceinte ; par cela ils se trouvaient pour ainsi dire obligés d'employer leur argent dans leurs fabriques et leur commerce ; ils étaient autorisés ù exercer toutes sortes de professions, dans le rayon d'ime lieue autour de Gand; plus tard, ce rayon fut étendu en faveur de leurs tisserands jusqu'à la distance de trois lieues. Comme chacun devait contribuer au bien-ùlrc commun, on expulsait de In commune tous ceux qui n'avaient point d'état et auxquels on Dc connaissait anrun moyen de subsistance. On favorisait puis-

samment les étrangers qui venaient y ap()orter leur industrie, en leur cédant, à des conditions avantageuses, ces vastes édifices connus sous le nom de Maisons des nations, (huizen of steenen van natiën).

Déjà à cette époque on connaissait dans les villes de Flandre, les prêteurs sur gages; on les appelait Tae/elhouders, Lom^ bardhouders ou Priseniers.

Lorsqu'on 1275 la mauvaise administration , dite des Trenie-neuf, eut conduit la ville de Gand dans de grands embarras et l'eut menacée de sa mine, la comtesse Marguerite forma an conseUde trentepersonnes tirées toutes des corps demardiands et de métiers. Ce conseil fut chargé de l'administration des affaire&et revêtu de toute l'autorité du souverain. La ville florissait éminemment dans ce temps ; mais les pièces authentiques que l'on possède pour le constater sont moins nombreuses que pour Bruges.

Les Italiens, au Midi de TEurope, étendaient et perfectionnaient le commerce avec la plus grande activité et le plus brillant succès; le même esprit d'industrie agitait le N<ird vers le milieu du XIII<^ siècle. Les pays voisins de la Mer Baltique étaient alors habités par des peuples féroces qui infestaient cette mer de pirates. Les villes de Hambourg et deLubeck ayant commencé à commercer avec ces peuples, furent obligées de former entre elles une ligue défensive pour repousser les brigands. Elles retirèrent tant d'avantages de cette union, que d'autres villes s'empressèrent d'entrer dans la confédération, et bientôt quatre-vingts des cités les plus considérables, dispersées dans ces vastes contrées qui s'étendent du fond de la Mer Baltique jusqu'à Cologne sur te Rhin, se réunirent pour former cette fameuse ligue anséatique, devenue dans la suite si formidable, qu'on a vu les plus grands monarcjues rechercher son alliance et redouter son inimitié.

Les membres de cette association puissante formèrent le premier plan systématique de commerce qui ait été connu dans le moyen-âge, et le continuèrent en suivant des lois communes, faites dans une assemblée générale. Ils fournirent au reste de l'Europe des provisions de marine, et choisirent différentes villes , dont la plus considérable était Bruges , pour y établir des magasins. C'était là que les Lombards apportaient les denrées de Tlnde, avec les productions des manufactures d'Italie, qu'ils échangeaient contre les marchandises plus volumineuses, mais non moins utiles que celles qui venaient du Nord.

Les villes anséatiques se divisèrent en quatre classes , la classe de Lubeck , celle de Cologne , celle de Brunswick et celle*de Dantzick. C'est sous la classe de Cologne que grand nombre de villes des Pays-Bas se trouvèrent rangées, qui déjà à cette époque avaient de la renommée à cause de leur commerce : savoir Arnhem , Bolsward, Deventer, Ëlburg, Groniogue, Harderwyk, Kampen, Nymègue, Roermonde, Venloo, Zatphen et Zwolle. Les villes anséatiques furent longtemps maîtresses de la navigation du Nord et de la Baltique, jusqu'à ce que Eric VIII, roi de Danemarck, permit à d'autres peuples , et entr'autres aux Frisons, de passer par le Sund.

Cependant , le zèle des Hollandais pour la navigation maritime s'était développé successivement. Leur première expédition vraiment maritime est celle que le comte Guillaume «itreprit pour la croisade. Elle datait déjà de 1217, lorsqu'il partit de la Meuse avec douze vaisseaux , accompagné et suivi par un grand nombre d'habitans, qui s'étaient embarqués sur des navires , nommés Coggones.

Cette flotte passa en Angleterre pour se joindre à celle des Anglais et après s'cf rc arrêtée en Portugal , pour prendre la

ville d' Alcasar sur les Sarrasins» le comte Guillaume continua son voyage, se joignit à d'autres croisés, et aida à faire la conquête de Damiette.

Dans le même siècle , Florent IV fait une expédition par le Wéser contre la ville de Stade, avec une flotte , si Ton peut en croire quelques auteurs , forte de 300 navires. Il va sans dire que dans ce nombre il faut compter les barques qui transportaient des troupes de terre. Il se servit de ce même armement pour subjuguer les Frisons, auxquels le comte Florent Y fit encore la guerre sur la fin du même siècle, par le Zutderzee. On a tout lieu de croire que ce peuple n'avait pas oublié la manière dont les Romains avaient fait ces expéditions, lorsqu'ils eurent établi leur quartier-général dans Tile des Bataves. Même après Florent Y, les entreprises militaires ne Se faisaient presque jamais sans un armement de vaisseaux.

Au commencement du règne de Jean II , comte de Hollande, il se fit un armement de cent vaisseaux et barques zélandais> destinés à remonter le Leck pour se joindre aux impériaux qui descendaient le Rhin.

Les lettres patentes, accordées par le roi d'Angleterre, à la suite d'un traité conclu entre lui et le comte de Hollande en 1285, par lesquelles ce roi accorda la liberté de la pêche aux Hollandais et aux Zélandais , sur les cotes de Yarmouth ^ sont le plus anciens documens concernant la pêche du hareng. Il est surprenant qu'ils ne parlent point de la pêche du cabillaud, qui fut probablement aussi très-anciennement connue et exploitée. H est constant que ce poisson préparé en morue verte et sèche, fournissait un aliment précieux tant pour l'intérieur que pour l'approvisionnement maritime et le commerce étranger. Quoi qu'il en soit, les armemens s'accrurent de plus en plus au commencement du XI Y^ siècle. On cite la flotte que les Hollandais joignirent à celle de Grimaldi, commandant celle de la France, pour le secours de Zierikzée, pressée

et réduite à l'extrémité par une armée et ane flotte des Flamands. U se livra un combat entre les flottes combinées des Hollandais et des Français et celle des Flamands, qui ne dura pas moins de 36 heures, dans lequel la flotte des Flamands fut entièrement détruite, et Guy, fils du comte de Flandre, fait prisonnier. C'est le premier combat naval livré par les Flamands , dont les annales fassent mention.

Les Hollandais et les Zélandais allaient, au XIII^ siècle, nonseulement échanger leurs marchandises en Angleterre et en rapporter surtout des laines, mais on exploita même alors dans le comté de Devonshire des mines d'or et d'argent, et le comte de Hollande faisait venir de ce dernier métal pour en frapper des espèces à Dordrecht. Aussi l'amitié entre les Hollandais et les Anglais était franche et réciproque, et l'on cherchait à favoriser le commerce mutuel. Edouard établit l'entrepôt des laines à Dordrecht; cette ville était à cette époque éminemment commerçante , tant par mer que par les fleuves voisins. Le vin , les grains , le sel , le fer, le bois de construction , les draps et toutes sortes de marchandises y affluèrent.

La position heureuse de la ville de Bruges lui donna la première place parmi les villes marchandes et la rendit dès le XIIIc siècle, le centre du commerce européen, au milieu des nations du Sud et du Nord qui étaient les premières qui se livraient au commerce. Cette ville avait l'avantage de leur offrir un port libre. Les commerçans des côtes de la Baltique et delà Méditerranée préféraient déposer leurs marchandises dans les magasins de Bruges, que d'entreprendre de longs voyages dans an temps où la navigation était encore si imparfaite. Venise apportait en cette ville les riches productions de l'Italie et du Levant, et les villes anscatiques, celles du Nord, Cette époque

de paix au coimnencement du XIII^ siècle était heureuse ; tout était tranquille, le commerce florissait tous les jours de plus en plus , et afin de le faire avec plus de sécurité par mer, le comte de Flandre avait établi à Bruges un nouveau règlement pour lesbâtimens marchands, par lequel l'exporta tion paierait quatre gros au poids la livre, et la moitié sur les marchandises qui se consommeraient dans le pays. Cette consommation concernait en grande partie les vins étrangers *).

Les négoci^ms de Bruges étaient chéris de leurs souverains à cause de leur extrême bonne foi et Tamour qu'ils portaient à leurs princes, et dont ils s'empresserait de donner des preuves réitérées ; à chaque occasion que leur comte était dans le besoin , ils volaient à son secours. Les annales du temps portent que le commerce de Bruges leur avança à plusieurs reprises des sommes considérables.

Le grand négoce de cette ville se développait de plus en plus par la paix non interrompue dont le pays jouissait; il avait depuis longtemps attiré l'attention des négocians vers l'établissement d'un entrepôt d^ms leur ville. Les magistrats, convaincus de l'importance de cet établissement pour le bienêtre du commerce, sollicitèrent et obtinrent du prince, en 1 241 , l'autorisation de bâtir une halle ou entrepôt. Cette halle, d'une construction remarquable, fut entièrement bâtie en bois f ) avec un courant d'eau au milieu , qui la traversait

*) Dans ce temps , les marchands de Tin do Bruges étaient encore chargés d'une redoTance pénible, celle de devoir livrer an prince tous ses vins à raison de trois deniers le pot, ce qui préjudiciait beaucoup à leurs intérêts, attendu que le prii d'achat surpassait de beaucoup ce prix. Ils en firent des réclamations au comte Baudouin avant son départ pour Gonstantinople. Ce prince qui estimait ses sujets, abolit cette charge et ordonna par un décret de l'an 1202, que les marchands devins devraient lui céder les meilleurs vins de leurs caves , mais contre paiement aux prix courans.

f ) Elle a été sculcmcut démolie vers la seconde moitié du siècle passé 1760 à 1770 ou environ. Hais cet édifice avait subi un incendie considérable en 1280.

dans toute sa longueur, de manière que Ton pouvait y amener les marchandises en barques et les y décharger à sec. Cet édi- Gce, appelé Water halle, contribua beaucoup à y attirer encore davantage le commerce, de sorte que Bruges leva bientôt la tête au-dessus de toutes les villes des Pays-Bas.

Le roi d'Angleterre , sentant les grands avantages que son pays commençait à recueillir du commerce de Bruges, accorda aux habitans de cette ville qui faisaient le négoce en Angleterre, la grand Charte de 1271 , portant qu'on ne pouvait ni les arrêter, ni les emprisonner en Angleterre, et que s'ils venaient à y mourir, leurs biens retournaient à leurs héritiers.

La comtesse Marguerite et son fils Guy publièrent une Charte en 1279, par laquelle ils réglaient le droit de pesage et de mesurage , au sujet duquel des plaintes réitérées s'étaient élevées, et condamnaient au bannissement ceux qui commettaient des exactions contre les marchands, par la fraude de poids et de mesure. Le comte Guy indiqua en outre deux places fixes, et y établit deux maisons considérables de mesurage et de jaugeage ; ce prince régla définitivement par une ordonnance postérieure de l'année 1282, tout ce qui avait quelque rapport aux poids et mesures , ainsi que la quantité de marchandises que Ton permettait aux marchands de tenir à domicile. Le tarif de la grue ou pour la décharge des bateaux, les exemptions des tonlieux et les droits de transit furent égalementfixés par lettres de 1292 et 1302.

L'époque de 1302 est remarquable dans les fastes de la ville de Bruges. Ce fut le 1 1 juillet que le tisserand en laine, P. deKoning, donna le signal de faire main basse sur les Français. Cette levée de boucliers donna occasion à la bataille des éperons d'or, où le jeune prince Guy conduisit son armée, presqu'entièrement composée de tisserands. Cette bataille livrée dans les environs de Courtrai , fut nommée celle des épc-

rons d'or, a cause du grand nombre d'éperons d'or que les chevaliers français y laissèrent en mourant sur le champ de ba^ taille. L'histoire rapporte que toutes les familles distinguées de France prirent le deuil , ayant chacune quelque parent à pleurer qui avait succombé dans cette bataille. Mais ainsi que c'est la destinée de toutes les guerres , même de celles qui ont une issue heureuse , d'être très -préjudiciables au commerce et à l'industrie, le commerce de Bruges souffrit beaucoup de cette guerre. On cite Tannée qui précéda cette brillante victoire comme la période où la richesse commerciale , attribuée aux manufactures des draps atteignit son apogée. Le luxe était à son comble et éclatait de toutes parts. Les palais les plus somptueux dans le style gothique s'élevaient comme par enchantement; les femmes étaient vêtues avec une élégance inconnue, et l'on cite à l'appui de cette assertion les paroles remarquables de la reine Jeanne de France» à qui les Brugeois offraient une fête : Je croyais y dit la princesse, être seule reine ici , et cependant fen aperçois bien six cents oMlour de 7noi *).

Ce fut vers le commencement du XIV^^ siècle, que l'entrepôt des laines, fixé à Dordrecht, fut en paiiie transférée à Bruges et en partie à Malines. On trouve que cette ville fit infructueusement, en 1312, des efforts pour faire revenir dans ses murs l'entrepôt des laines. Les Anglais semblaient, en ce temps, pencher de plus en plus vers une alliance commerciale

*) Ce trait d'histoire est trés-connu; j'ai cru cependant pouToir le placer ici comme appartenant expressément au sujet.

Un historien du temps dit, que la reine Jeanne, femme de Phtlippe-le-Bel éprouvait

un si grand dépit, d^avoir été éclipsé par le luxe des damesde Bruges, qu'elle tenta d'employer toute son influence auprès du roi pour nuire aux Flamands et il paraît qu'elle n'aurait pas peu contribué aux guerres qui suivirent. Toujours est-il, que c'est une preuve que la richesse des Flandres était déjà à cette époqueà un point éminent au-dessus de celle de la France; nous verrons plus tard, qu'elles conservèrent longtemps cette supériorité.

a?ec les Flamands. Non seulement les Hollandais, mais le comte de Hollande lui-même [lar suite de cette mesure éproora de grandes pertes dans ses tanlieuiv. Il ne reste pas moins vrai cependant, que la Hollande était déjà au oomm^ioement de Tannée 1300 un pays riche; il apporte d'une chartre de 1338 que» bien que le commerce fut encore florissant à Dordrecht, la ville d'Amsterdam, depuis qu'elle était sous la domination immédiate des comtes de Hollande et réunie à ce pays , fit tant de progrès , que par Fét^idae de ses relations elle osait déjà disputer la palme à tontes les autres villes, et que, favorisée par sa position géographique, elle vit augmenter de jour en jour le nombre de ses armateurs pour les mers du Levant.

Pour en revenir au commerce de Bruges, le comte Robert de Bethone y veillait particulièrement; ce prince accorda au commerce de Flandre en 1310, un octroi, dans l'intérêt de sa sécurité. U érigea un bureau d'assurance et prescrivit lui-même les bases de l'établissement.

En 1313, le comte donna aux négocians de Bruges une nouvelle preuve de bienveillance, en invitant le roi d'Angleterre Edouard n à protéger les négocians qui venaient faire le commerce dans ses états; le roi Edouard satisfit promptement à cet te demande et en fournit acte pendant l'année suivante. Mais le comte de Flandre, ayant refusé quelque hommage de vassalité aa roi de France, dont il relevait, celui-ci déclara les Flamands rebelles et ennemis, leurs biens saisissables et leurs personnes hors la loi, de manière qu'on pouvait courir sus et les tuer partout où on les rencontrait. Ce prince invita même Edouard à faire saisir tous les Flamands qui se trouveraient en Angleterre et à mettre arrêt sur leurs biens. Cet événement avait rompu inopinément les rapports commerciaux avec l'Angleterre,

lorsqii'en 1323 le roi Ixlotiard confirma de nouvean la liberté (le commerce avec les Flamands; etleur assnra une proleclion toute spéciale par une chartre de 1324. •

Bruges devint à cette époque Tentrepôt du monde ; tout ce que les pays lointains produisaient y Était apporté et vendu, attendu que dés Tannée 1323 le privilège exclusif pour l'entrepôt des marchandises étrangères était si formel, que tout ce qui arrivait au port de rEcluse devait avoir été exposé à Bruges avant de pouvoir être mis en vente ailleurs.

Néanmoins les tifeerands en laine, nombreux et forts, conservaient toujours leur supériorité et leur goût pour les troubles ; ils se crurent en droit de pouvoir braver toute autorité. Une preuve de T importance de ce corps de métier ae présente sous Tannée 1323, lorsque Charles; roi de France, se fit médiateur entre les tisserands de laine decla^viUede Brugeset ceux de la châtellenie du Franc 'deJUryyes. Ce primée aplanit cette difficulté en accordant aux tisserands de la châtellenie, la faculté d'établir leurs métiers delà même façon que ceux de la ville.

Plusieurs autres villes de Flandre avaient depuis un siècle, accordé des privilèges pour attirer des tisserands de laine. La ville de Gourtrai accorda dès Tannée 1224 exemption pleine et entière de toute chargea cinquante tisserands de laine, afin de les engagera venir s'y fixer.

Ypres brillait aussi pendant ce temps et mérite une place distinguée parmi les villes des Flandres. Elle fut la résidence des princes souverains do ces contrées; elle avait dès le commencement du Kiy** siècle des tissanderies de laine d' une grande importance. Le comte Guy lui accorda plusieurs réglemens, favorables à ses manufactures. Elle possède encore aujour* d'hni dans ses archives un grand nombre de Chartres et «de

privilèges *) qui prouvent son imporlanoe primitive. Une de ces pièces date de Tannée 1166, et accorde déjà le droit de percevoir des taxes ou ionlicux •\) sur les bateaux chargés de marchandises. Deee siècle d'où datent ces dites archives, et du siècle suivant , se trouvent encore trois chartres qui ont rapport an même objet. Et \ la même époque on y introduisit des ordonnances pour Taplanissemenl des diffieultés touchant le commerce. Une bulle, pi'OfimlguéeprfrïePapë, en 1246, a<îcorda, âr causer de la grande popiilatiotv, qui, à cette époque, s'élervaità 200,000 âmes, la faculté de moudre le grain les jours de fête. Des chartres de la (in du XIII®, duXlV^etdu XV« siècles ont souvent rapport au commeree animé de cette ville> et a»x tisserands de laine qui y abondaient à cette époque.

La ville de l'Ecluse a été de tout temps importante par ses relations avec Bruges et par la commodité de son port de mer. On trouve que Guillaume d' Ypres la fit fortifier et entourer de nmrs, en 1132. Guy deDampierre faisait de grands eflbrts pour y attirer diverses branches de commerce. En 1 323, leshabitans eurent des contestations sur les privilèges de commerce avec les Brugeois ; ces derniers vinrent les assiéger, pillèrent la ville et en réduisirent une grande pcirtie en cendres. Néanmoins le commerce du Levant y resta encore longtemps en vigueur; et son port pouvait encore en ce temps contenir SOObâtimens.

L'Ecluse doit son origineA une grande écluse, bâtie au WttP

*) I. rarchivistç Lambin a compulsé ces documens et en a publié un catalogue.

t)LefTonlieux (TolUn, Vectigaiia) éUient des droiU ou impositions qu'on IcTail tur lennirchandises que Pon transportait d'un endroit à un autre. Ces droits, à les contidérer isolément, semblaient modérés; mais ils étaient en si grand nombre qu'ils pe- ■ieat lounleBent snr le commerce. Souvent les receveurs excédaient les tarif» et injumieat Ict marchands. Cet droits appartenaient bien aux seigneurs, mais ils ne pounient en créer ou en établir, sans le consentement de leur Suzerain . (KtuiT. )

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