‹ Essai sur l'importance du commerce, de la navigation et de l'industrie, dans les provinces formant le royaume des Pays-Bas, depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1830Chapitre 85 sur 126 · Tome III · texte numérisé non relu

Tome III

Il résulte du compte-rendu de Texercice 1832 de la Société de Commerce , que les opérations de cette année , ont de beaucoup surpassé celles des précédentes. Les bénéfices, après déduction d'intérêts payés à raison de fl. 1,057,500 ont surpassé les peites de fl. 1,978,59036^. De cette somme 982,897 10^ serviront à compléter le capital des 23,500, actions représentant fl. 995,692, 66 , remboursé au roi en déduction des avances faites par S. M. les années précédentes en g^arantie des intérêts.

Il est impossible de traiter du commerce des Pays-Bas sans revenir un instant à celui de nos possessions aux Indes.

Le gouvernement des Pays-Bas possède, à lextrémité aus- * traie de r Asie , un vaste empire où la nature a prodigué ses richesses. Des princes , des sultans , des rois, et même nn empereur, y sont nos tributaires et obéissent à nos lois. Les îles de Java , de Sumatra et de Bornéo et leurs dépendances , les ilesGélèbes et les Moluques y constituent aujourd'hui nos principales possessions , ces belles contrées s'appellent vulgairement Indes-Orientales ; elles font un commerce actif avec la Chine , avec l'Indostan, l'Arabie et les peuples de l'Europe.

Le commerce des Hollandais à la Chine n'est pas fort considérable; cx3lui de Batavia au Japon est tout entier dans les mains des armateurs des Pays-Bas.

Le commerce de l'Archipel indien avec le continent de l'Inde est appelé ordinairement , commerce de l'Est , sa principale direction est le Bengale.

Les avantages de la^ situation commerciale de Java, surnommée à juste titre, la Reine de l'Orient, sont très-impor-

— Titans par la fertilité du sol ; par la grande étendue de ses côtes et par le nombre de ses rivières navigables, elle est la contrée la mieux placée pour le siège d'un grand commerce extérieur.

Voici les principaux articles que nous tirons aujourd'hui de Java et des autres îles susnommées :

REGNE VEGETAL.

Le riz est le premier article d'exportation, les meilleures espèces proviennent de Java , de Bal j , d'une partie des Célè* bas, de Sumatra et de Malaga.Leriz de Grissée est le meilleur Il y a dans le langage commercial des Indes trois sortes de riz, celui de table , le riz blanc et celui de cargaison, ce dernier est le plus répandu dans le commerce.

Le sago est un article d'importation pour l'Europe , pour rinde, principalement le Bengale , et pour la Chine; le meilleur provient de Siak, sur la côte septentrionale de Sumatra. I^s Chinois ont inventé un procédé pour le raffiner; en 1818, on a vendu le sago raffiné trois fois plus cher que lé sago ordinaire.

Les huiles végétales peuvent devenir un objet considéra-^ ble d'exportation, surtout les huiles d'arachide, de coco et depalma christi.

Les meilleures espèces de coton pour l'exportation proviennent des îles de formation de roche secondaire qui sont sur la ligne méridionale de l'Archipel indien. Le prix commun du coton de Java au marché de Canton est égal ù c-elni du coton de Bombay de seconde classe et du coton de Tinnivelly.

Parmi les fruits, le tamarinde seul est un grand article d'exportation de Java.

Le poivre noir est un objet considérable , on en fait la vente dans tout le monde entier, dans tous les ports de Java, mais principalement à la côte du Nord-Est. Les places les plus considérables sont Patac, Tringanou et Kalantan. L'île de Lingen et l'extrémité Occidentale, nord-ouest de Sumatra et entr'autres Acben, Tikao, Bencolen, Padanget le territoire de Lampongen fournissent; sur la côte orientale, Palembang en fournit beaucoup mais la qualité en est inférieure. Benjermassinget les côtes de Bornéo produisent beaucoup de poivre *).

Le café est un article peu ancien dans le commerce de T Archipel indien. La Hollande en est le marcbé principal , on le distingue en pâle, jaune et brun; ces variétés dépendent de son âge et non de sa culture , le café pâle est le plus nouveau et le brun le plus ancien ; cette dernière espèce est la plus estimée.

Le café pâle de Java, est au pair de café de St-Domingue ou Cuba. Son prix est d'envirDn 15 pour cent moindre que celui des Antilles. Le café jaune est de 4| p.c. supérieur à celui de Bombay et même de Moka.Le café brun est de 25 p.c. supérieur au jaune en qualité ; le café de Moka est de 82 p. c. supérieur à celui de Java et ce dernier est de 20 p. c. supérieur à celui des Antilles. L'ile de Java produit environ 25 à 27 millions délivres de café, somme égale aux i du produit des Antilles anglaises. Les y^^ sont consommés en Europe; on y importe 54 à 55 mille barils de cette denrée, quantité qui estnéanmoins de beaucoup inférieure au produit de St-Domingue, puisqu'en en 1790 , cette dernière île fournit 70 millions délivres â la France.

*) L'eiportalion du poivre est considérable, on compte plus de t2 millions de livre brûles de poivre seulement dans l'orient de l'Asie.

Le sucre est anc denrée de consommation; Jav<i et Liiçoir en produisent beaucoup. Les Chinois commencèrent à le fabriquer à Siam , cette branche d'industrie est totalement exploitée par eux dans l'Archipel indien. Les marchands européens font les avances et les Chinois livrent cette denrée à la fin de la saison de fabrication.

En 1818, les districts de TOuest de Java produisirent audelà de 16 millions délivres et ceux de TEst environ quatre millions de livres.

Les sucres de Manilles, de Java, et du Brésil sont à peu prés égaux en quantité à ceux du Bengale, ceux des petites Antilles et de Surinam leur sont inférieurs.

L'aracket les spiritueux fabriqués avec le riz, la mélasse et le vin de palmier sont consommés en partie dans Tilede Java , il y en a de trois qualités.

Les clous de {][irof!e sont l'article le plus lucratif d'exportation , on les conserve facilement et on en fait Tobjct d'un monopole A des prix exorbitans. En 1621 l'Europe en consommait 450,000 livres, depuis 1786 jusqu'en 1791 elle en consommait 553,000 livres et de 1814 à 1818 seulement 365,000 livres par an.

La noix-muscade provient du petit {groupe d'îles dont Banda est la principale. Dans l'année 1715 la consommation de noix-muscade dans toute la chrétienté était, selon les calculs de Munn, de 400,000 livres noix- muscade et 150,000 livres macis. Pendant l'occupation anglaise de 1811 à 1814, la consommation dans l'Europe entière fut de 214,720 livres de noix-muscade.

Les tabacs de Mindano , de Luron et surtout de Java sont

les meillears; on en exporte pour Bornéo, lesCélèbes» les MoIiiques et Malacco , une quantité de 5 millions de livres. Il y a trois qualités de tabac de Java.

Le camphre de Sumatra et celui de Bornéo sont de trois, espèces selon leur qualité ; les prix en sont dans les pro* portions de 25, 14 <st 4. La meilleure espèce provient de Banis à Sumatra.

Le benjoin, ou anciennement appelé vulgairement Benjamin est d'jne vente plus considérable que le camphre ; on le divise aussi en trois espèces dont les prix comparatifs sont 105, 45 et 18. la valeur en augmente en raison de la blancheur et de la demi-transparence ; les arabes préfèrent le benjoin de Java.

Le bois d'aloës est une substance onctueuse et à demi-putrifiée, équivalant à Tencens dans toute l'Asie orientale, et forme un article considérable d'exportation de l'Archipel indien.

Le sang-de-dragon est le produit d'une espèce de roseau qui croit sur la côte septentrionale et au nord-est de Sumatra et à Bornéo.

Le damor est une espèce de résine, on Tobtient en grande quantité à Bornéo et coûte, sur quelques marchés de l'Europe, moins cher que le goudron de Stockholm.

Le copal se trouve dans l'ile de Palawan.

Le bois de sandale se vend à la Chine.

Le bois de sapan est exporté en grande quantité pour TEarope et pour la Chine.

Le sassafras a é(c découvert récemment en grande quantité dans l'île de Bunca.

L'Êbène est inférieure à celle de Tile de France; elle est moins dure et d'une couleur pâle; c'est un article d'exportation pour la Qiine.

« Une espèce de bois appelée Bliang en Malais , abonde à

Bornéo et forme un article considérable d'exportation pour la

Chine, il est incorruptible, résiste aux variations de la chaleur,

du froid et de rhumidité.

Le rotting, jonc, qui sert à faire des cannes, est un des articles les plus répandus d'exportation pour le Bengale, l'Europe et la Chine ; une partie considérable en est employée aussi pour faire des cordages.

Le gomuti, qui ressemble au crin de cheval s'obtient du palmier , il sert à faire des cables, il a l'avantage sur le chanvre qu'il ne doit être, ni roué ni goudronné. Le commerce des Pays-Bas , dit l'auteur de la description de Java, pourrait aisément s'affranchir du tribut qu'il paie à la Russie pour cet article ainsi que pour le goudron.

Le bois de Teck est un article immense d'exportation pour la marine; on peut en exporter par année 50,000 pièces de première qualité.

Plusieurs vaisseaux furent construits pour l'Europe en bois de Teck. En 1817 on estima qu'un navire de bois de Teck, doublé en cuivre, pouvait coûter 12 liv. sterling par tannière. Outre le Teck , il y dans nos iles d'autres bois de construction navale. *

PRODlTTr DU REGNE AKIMAL.

Les produits du règne animal de T Archipel indien, qooique moins nombreux que ceux du règne végétal , offrent des articles intéressans.

La peau et les cornes de buffle et de bœuf sont envoyées en Chine. Les iles de Bali et de Lombak fournissent les plus grands bœufs. Les peaux salées se vendent à des prix inférieurs à ceux de TAmérique.

L'éléphant ne se trouve qu'à Lirpatra et à Molanx, Tivoire est transporté principalement en Chine.

L'oiseau de Paradis vient de la Nouvelle-Guinée où il abonde et coûte peu de chose *).

Les nids d'oiseau de {VJIirundo esculenta) se vendent à la Chine, on les recueille deux fois par an, dans les cavernes de la côte méridionale de Java , à la profondeur de plusieurs centaines de pieds; les Chinois qui en sont très-friands payent cette denrée de luxe à des prix énormes même jusqu'à 80et 90 florins la livre.

L'^insecte de la laque se trouve principalement dans le^ forets de Sumatra.

La cire est un article considérable ; la Chine en offre encore un débouché immense ; aussi pourra-t-on améliorer les ruches de l'Archipel indien.

Les jonques chinoises exportent une quantité considérable

*) M. Rafflet en porte le prix de 4 à r> shcllings.

de viande» qn'on fait sécher au soleil et qu'on saupoudre de sel, ainsi que les nerfs de bœufs, de buffles, de cerfs et de sanglier qu'on prépare de la même manière.

Les pêches de mer et de rivières sont d'un produit immense surtout le Tripang ; Macassar en expédie environ un million de livres à la Chine.

L'écaillé de tortue provient principalement des côtes des Gélèbes, des Moluques et de la Nouvelle-Guinée.

Les perles et les huîtres à perles se trouve principalement dans les passes étroites des îles de Soulour; on en exporte annuellement environ pour 25,000 piastres.

L'ambre gris se trouve dans TArchipel indien ; on présume que les Arabes y ont enseigné ce commerce.

L'agar-agar est une espèce de figue qui est soluble dans Tean , et y forme une matière gélatineuse. Les Qiinois s'en servent au lieu de sucre, il est au plus bas prix.

Enfin on pourrait ajouter à cette liste, la pêche dus baleines qu'il serait facile défaire dans ces parages, puisque les cotes de Timor, de Moluques et de la Nouvelle-Hollande abondent en Gachelote. Dix à douze de ces cétacées viennent annuellement sur le sable, au port 'de Deli ù Timor.

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