‹ Essai sur l'importance du commerce, de la navigation et de l'industrie, dans les provinces formant le royaume des Pays-Bas, depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1830Chapitre 9 sur 126 · BRUGES · texte numérisé non relu

BRUGES

Cette ville, célèbre dans les fastes du commerce, et dont nous avons déjà si longuement parlé à la période précédente , R\e encore nos regards pendant le régne glorieux delà maison de Bourgogne.

Les Brugeois continuaient toujours d'envoyer chercher leurs meilleures laines dans la Grande-Bretagne et dans la péninsule de r£spagne. Leui^s tissus fabriqués étaient exportés dans toute l'Europe. Les Brugeois apportaient en retour les vins du Rhin et le bois de sapin, qu'ils allaient cherchera Cologne et sur le Haut-Rhin, par Bruxelles, Louvain et Aixla-Chapelle; les ou vrages en fer de Bruxelles , qui étaient les meilleurs de l'Occident; les vins de Guyenne et du Périgord , qu'ils transportaient par r Océan; la bierre de Hambourg, qui traversait la Mer du Nord. Ils firent des voyages heureux en Espagne et dans la Méditerranée et l'Adriatique; ils entrèrent en relation avec les peuples Lombards, nom dotmé aux Italiens , parce que le royaume de Lombardie était la principale contrée de leur péninsule. Ils pénétrèrent dans la Grèce, à Constant inople, en Syrie et en Egypte. Pendant et après les croisades, ils apportèrent les soieries d'Athènes et deCorinlhe, les vins de Chypre et de l'Archipel, les étoffes et les armures de Damas et les marchandises des Indes de l'entrepôt d'Alexandrie, pour les vendre aux peuples du Nord. Le commerce de Bruges et des bouches de l'Escaut employaient beaucoup de bàtimens a la pèche lucrative du hareng. Les navigateurs flamands découvrirent les Açores , qui portent encore le nom d'Iles flamandes , et sont à moitié chemin entre l'Europe et l'Amérique. De la fabrication de laine on en vint à celle de la tapisserie, nouvelle source d'opulence : cette imitation des manufactures du Bas-Empiœ fit perfectionner le tissage de la laine et de la soie, la filature de l'or, la teinture et surtout le dessin des figures, et l'étude de la perspective. Jean van Eyk, de Bruges, trouva le procédé de la peinture

àThuile. La ville de Bruges, dont Teiiceinte circulaire ren^fermait, dit-on, 250,000 habitans, pour la plupart artisans , marchands et étrangers, resta l'entrepôt des villes anséatiqaes. Les comptoirs étrangers y étaient aussi respectés pendant les séditions, que les Francs le sont aujourd'hui dans les échelles du Levant.

Qu'il me soit permis de donner quelques développement â ceqni vient d'être dépeint à grands traits.

En 1386, Bruges fit encore de nouveaux progrés par l'arrivée des marchands écossais et portugais qui s'y fixèrent à demeure, ainsi queles Algarves; les Anglais et les habitans de la Catalogne y vinrent avant 1389.

La Rochelle envoyait une grande quantité de vins à Bruges ; ûD la porte à 40,000 barils en une année. Ce chiffre, qui parait d'abord exagéré , on en reconnaît néanmoins Texactitade> lorsqn^on considère que le 25 mars 1388, la flotte flamande, venant avec du vim de La Rochelle, fut attaquée par les Anglais qui leur prirent dans quelques bAtimens seulement, 9,000 pièces de vin. La marine des Pays-Bas apportait en échange du beurre, du suif et probablement aussi les draps et les toiles de leurs fabriques^

Les négocians allemands retournèrent à Bruges en 1391 , après l'avoir quittée à cause des guerres en l'an 1382. Le commerce flamand leur payait, afin d'obtenir leur retour, une 9omme de 11,100 livres de gros, auxquelles le prince ajouta de nouveaux privilèges en leur faveur.

Quoique les Vénitiens fissent grand trafic avec Bruges , ils n'y établirent de demeures fixes que vers l'année 1405. Les Arragoniens en avaient fait autant cinq années plus tôt (1400.)

Le duc Jean de Bourgogne accorda en 1411 aux Brugeois

Iranchise de toot droit de passag^e dans toute la Flandre avec tous leurs biens et marchandises. Ce privilège détermina un grand nombre de marchands étrangers à se faire inscrire qpmme bonrgeofis^ de Bruges {het poorterachap tmnnemen.)

En 1414, les marchands Génois, à Timitation de tant d'autres habitans de pays étrangers , filèrent leur résidence à Bruges, ceux de Calais y sont à peine arrirésen 1453. A cette époque, Bruges comptait les nations suivantes qui y fréquentaient journellement la Bourse, savoir : des Anglais, de» Français , des Portugais , des Navaraîs,'dës> peuples do Levant,, des Vénitiens, de* Lucqnois-, des Ecossais, des Espagnols, des Castiliens, des Arragoniend, des^ AUemands^anséati-» ques, des Biscayens , des Floi*en tins , des Génois , des Mila^ nais, des Irlandais , des Turcs. BrûgtiS' était donc lirèquetitée et habitée par toutes les nations ;'^ûi y 'fivaieiit grandement ,. y déployaient beaucoup de luxe et y habitaient des hôtelÈ superbes, déjà mentionnés au chapitre précédent ; aussi la ville de Bruges fut*etle comparée dans ce temps-ià à rancieime ville de Tyr, si renommée par son commerce.

Les négocians dltalie nous envoyèrent une quantité énorme de marchandises, telles que des camelottes, georgeries, des poil de chèvre de toutes les qualités, des draps d'or et d'argent, des étoffes de soie , des perles fines , du vin de Malvoisie,, de l'alun de Cività-Yecchia, de l'huile d'Apulin, des aromates, des épiceries, du mercure, de la rhubarbe, du séné et plusieurs autres marchandises de cette espèce.

Les Flamands envoyèrent en édiange du plomb , de l'étàin, des toiles, du poisson salé et souvent du froment, d» seigle et des légumes secs.

Les Français nous apportèrent en grande quantité du sel dcBrouga, des canevas et d'autres grosses toiles de Bretagne,.

de rtmile, do papier à écrire, et ainsi que nousTavons vu déjà, rimportation du vin s'élevait à des millions.

Les Anglais» arrivèrent avec une masse innombrable de laine , de blanc d'étain et de bierres. Les Ecossais nous pourvurent de peaux de moutons et de bœufs et de taureaux, ainsi que de très-gros draps et grand nombre d'autres marchandises de détail. L'Irlande nous envoyait aussi toutes sortes de peaux fraîches et séchées et des pelleteries.

On nous apportait une quantité prodigieuse de marchandises» telles que bijoux , pierreries, perles, que les Espagnols amenèrent des Indes ; aussi amenèrent-ils beaucoup de lingots d'or et d'argent » de la cochenille , des huiles fines, des huiles grosses ponr ia préparation des laines à tisser , toutes sorte» de Irujlsseç3i desoranges, des citrons, des olives, des dattes p des figues , des raisins , des amandes , des vins et des

. Les Portugais aussi envoyèrent des pierres fines et les plus belles perles de l'Orient, de l'or battu et en. feuille, des épiceries et autres objets en grande quantité.

Les velours riches , les satins , l'armoisin et toutes les étoffes les plus variées de soie nous venaient alors de Gènes.

Les n^ocians étrangers prirent de non» en échange, les gros chevaux de trait et de labour , toutes sortes de fromage, du beurre, des harengs, du poisson salé et fumé, des toiles, des draps , des tapis d'une beauté remarquable et artistement iSadts. Les étrangers recherchèrent aussi les tableaux, pour lesquels notre Flandre était déjà très-renommée par toute l'Europe, et en un mot, tout ce que l'art pouvait inventer, tout ce que la main pouvait confectionner, était rassemblé à Bruges, et de là dispersé et répandu dans toutes les parties du monde.

Indépendamment des riches magasins appartenant à la confédération anséatique^ il y. avait dans cette ville 15 sociétés commerciales avec leurs comptoii^s et plusieurs factoreries. C'était l'entrepôt de tous les produits du Nord pour le Sud, et du Sud avec ceux du Levant pour le Nord. Ces derniers furent transportés par des vaisseaux anséatiques à travei^ le Simd dans la Baltique , ou bien par des charrois à Brunswick, Lanebourg, ou enfin parle Rhin dans la Haute- Allemagne.

SLUYS (l'écluse).

Le duc Philippe-le-Bon accorda de 1425 à 1428 de» privilèges à cinq villes différentes / sous la condition expresse de trafiquer avec la ville de TEckise, et son père, le duc Jean, avait fait bâtir une aile à la forteresse , normnée^dépuis la tour de Bourgogne.

En 1436, il s'éleva un différend avec les négocians du Levant {Oosterlinyen), au sujet des dettes contractées parun négociant; tous les négocians prirent son parti, en formant le projet de quitter la ville; i\ en résulta quelques troubles, et il s'éleva un cri que les Allemands voulaient assassiner les Flamands. Ce bruit n'avait aucun fondement, attendu que les premiers étaient en très-petit nombre eu égard à la population de la ville. Mais un jeune homme qui allait acheter du vin , ayant été en effet assassiné par les Allemands , lesBrugeois ne purent retenir leur vengeance et se mirent à piller les négocians allemands et à dévaster leurs magasins ; ils détruisirent leurs livres et leurs papiers ; les magistrats de la ville intervinrent enfin, de peur de voir se déplacer les négocians, qui se disposaient à quitter l'Ecluse ; ils firent mettre à mort quatre des plus grands {Mllards. Mais l'affaire avait été trop violente et avait déjà pris une tournure tellement gra^ ve, que les négocians du Levant renoncèrent à fréquenter le port de l'Ecluse. Les bourgeois de cette ville firent après coup

toutes sortes de propositions et de soumissions aux Allemands;, afin d'engager ces négocians à revenir dans leur port, mais toatefois avec pen de fruit. Nonobstant toutes ces pertes (et on peut se former par là une idée du grand commerce que cette ville faisait), il se trouvait en 1^38 jusqu'à 150 bâtimens mardiands en rade devant TEcluse, et à cette époque cette ?ille était tout*À-fait séparée et indépendante de Bruges ; fa* briques, manufactures, négoce, tout y était en pleine prospérité et la population immense.

L'Ecluse fut célèbre par l'arrivée de Marguerite , soeur du roi d'Angleterre, qui y vint en 1467, pour épouser Giarles ie Téméraire. Les fiançailles furent célébrées à TEcluse avec Doe pompe inexprimable. Quelques années plus tard, la ville perdit de sa pondeur; ses privilèges furent méconnus et Mie revint aous l'influence de Bruges. Nonobstant^ l'archiduc Maximilien la fit fortifier en 1477.

Leduc Charles avait fait améliorer le port de TEcluse en 1470, dont l'entrée était devenue si étroite, que les grands bâtimens n'y entraient plus, à cette fin il avait fait percer aux frais du pays on espace dit, het Swarte Gai.

GANJD.

Déjà célèbre par ses tisserands, lorsqu'elle était à l'extrême frontière, devint la rivale de Bruges. Cette cité, aussi jalouse de ses privilèges et aussi turbnlante que Bruges, renfermait moins d'étrangers et de commerçans , mais plus d'artisans nationaux. L'Éscant et la Lys la rendaient maitresse de la DaTÎgafion intérieure de la Flandre. Sa population s'élevait, dit-on, au-delà de 225,000 habitans, dans une^ enceinte circonscrite par les eaux et plus vaste que celle de Paris. Cette immense population, dit Froissart, porte avec elle le témoignage que tous les métiers et ouvrages de main

y prospéraient, et que tou» les produits y trouvaient des débouchés faciles et fournissaient une existence aisée à tous les artisans.

Les émeutes continuelles , les guerres civiles et les dissentions intestines étaient toujours ou suggérées parles tisserands de laine , ou au moins dirigées par eux. Us y prirent une grande part C'est presque toujours un de ses artisans que l'histoire place à la tête de la rébellion. Le gain considérable rendit le peuple de Gand vain et arrogant, il forçait le souverain à lui accorder telle ou telle franchisé on prérogative que bon leur semblait ; ils voulurent » entre autres concessions, que quelques uns des échevins fussent choisis parmi les tisserands de laine, qui formaient encore à cette époque la majeure partie de la populati<m. Gand seule avait 73 doyens des artisans et métiers , qui étaient partagés en 52 métiers ; les tisserands de laine étaient divisés W!27 sections.

TOUAHOUT. '

Était une ancience ville, remarquable par son commerce et dotée d'une foire libre dés 9S8b L'élévation de Gand a causé sa décadence commerciale.

COURTXUJ.

Les prérogatives et la franchise de la fabrication de toiles fines de Conrtrai, renouvelées en l'an 1408, témoignent assez que de ce temps cette fabrication y était de qnelqa'importance. La halle aux toiles, qui y existait depuis longtemps, fut rebâtie en 1411. Les foulons, les bouchers et les poissonniers formaient des corps de métiers francs dès le XÏV^ siècle. Courtrai était célèbre pour ses foires aux chevaux dé» Fannée 1306.

TPRfiS.

Ce que nous en ayons dit dans le chapitre précédent en a déjà donné une assez haute idée, pour qu'il nous suffise d'ajouter, qu'aucune yille ne surpassait Ypres pour la belle teinture , les ouvrages de foulon et la beauté des draps.

Un auteur porte les métiers de draperies à Ypres au XlVe nécleà 4000. Après le siège de 1384» fait par les Gantois et la destraction des faubourgs qui en furent la suite, les tisserands se déplacerait pour aller habiter les villes environnantes.

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