DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VI 24x
Notification de ces prétendues investitures est aussitôt faite à la Commission de contrôle à Duraz- ZO. (10)
Le premier acte de ce Gouvernement insurrectionnel fut la proclamation de l'indépendance de l'Epire, faite solennellement le 2 Mars. (11)
En apparence, le Gouvernement hellénique observait strictement Je principe de non-intervention, allant même jusqu’à bloquer le port de Santi-Quaranta, qui était aux mains des insurgés et opérant, conformément aux décisions des Puissances, le retrait de ses troupes; Korcha, notamment, fut évacuée le 1° Mars ; mais, en réalité, ce n’était là que fauxsemblant, en particulier l'évacuation n'était pas totale, un assez grand nombre de soldats grecs étant demeurés sur place, sous prétexte que leur état les rendait intransportables, allégation dont la vérification eût été d'autant plus aisée qu'à ce moment c'était encore la Commission de contrôle qui assumait les fonctions gouvernementales. Mais la Grèce avait réussi à abuser l'opinion étrangère :
À la Chambre des Communes, Sir Edward Grey, interpellé par un membre de l’assemblée, répondit : « Je n’ai pas d’information officielle sur la nature exacte des armes en possession du Gouvernement provisoire d’Epire, le Gouvernement grec a dégagé sa responsabilité en la matière. »
En réalité, au contraire, la responsabilité grecque, dans toute cette affaire, est éclatante.
À supposer même que ce ne soit pas directement le Gouvernement du Roi Constantin qui ait, pour accomplir ses desseins, suscité un organe irresponsable, dès que fut connue l'acceptation de
(10) Cf. Parliamentary Debates. 1914. 59/852 et 63/1961. (11) Cf. Le Temps, 5 Mars 1914.
Guillaume de Wied, acceptation, d’ailleurs, que le Prince n’eût dû donner qu'après avoir obtenu des Puissances le retrait total des troupes d'occupation, il en a incontestablement favorisé le développement.
Geci est plus particulièrement sensible à deux égards : tout d’abord dans les moyens dilatoires dont usèrent les Grecs pour retarder leur évacuation (12), ce qui provoqua un malaise bien compréhensible dans les populations ; ensuite, dans le fait que les autorités grecques favorisèrent, tant dans les territoires occupés que dans le royaume, l’action des promoteurs du séparatisme :
- Dans les territoires soumis à l'occupation grecque, bien avant la remise aux autorités albanaises, la proclamation suivante avait été faite en effet :
Tous les citoyens de dix-huit à cinquantedeux ans sont invités obligatoirement à s’enrégimenter dans les rangs des bataillons sacrés jusqu’au
* Décembre prochain. Après cette date, tous ceux qui ne seront pas inscrits seront punis sévèrement. De même, seront punis sévèrement ceux qui une fois inscrits, ne se présenteront pas aux exercices militaires. Les inscriptions se feront tous les jours au bureau de l’Anagnesis, sauf le samedi et le vendredi depuis 1 heure jusqu'à 3 heures de laprèsmidi. (r2 bis)
Ainsi, les Grecs, au moment de la remise de l'Albanie du Sud aux autorités légitimes, se trouvaient disposer de nombreux hommes armés, qui. n’allaient pas tarder à remplir le rôle auquel ils étaient destinés. Bien plus, d'Athènes même, avant
(12) Qui ne s’acheva complètement que le 28 Avril, cinq mois äprès la date initialement prévue.
(12 bis) Dätée de Koritza, 22 Novembre 1913 de Poire. OD: cit P:: r09).