DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VIII
ses, sont débordés ; le 23 Mai, les insurgés arrivèrent aux portes de Durazzo, dont la situation se révélait désespérée depuis que l'on savait que l’escadre internationale avait ordre de n’intervenir que pour protéger la seule personne du Prince.
Sur les. conseils des membres italiens de sa Maison, le souverain s'était embarqué avec sa famille
bord du « Victor-Pisani », qui leva l'ancre, le transformant, en fait, en un prisonnier de l'Italie. (3)
Mais, quelques heures après cet embarquement, l'amiral Trifari lui déclara que les insurgés avaient accepté de ne pas entrer dans la ville s’il retournait au palais pour y recevoir leurs délégués. Aussi, le Prince regagna-t-il sa capitale.
La nuit même, le Capitaine Saar et le Prince Sturdza lui furent envoyés par les rebelles avec les propositions suivantes : une amnistie serait accordée à tous les insurgés et ceux-ci auraient audience devant la-Commission internationale. Le Prince remit aux délégués une lettre accordant l’amnistie et les fit accompagner par une députation conduite par Mehmed Pacha Dralla et comprenant les membres de la Commission Internationale sous la protection du drapeau italien.
La Commission, à la vérité, ne paraît pas avoir eu une compétence de cet ordre, Les textes qui l'avaient organisée avaient, en effet, limitativement fixé ses attributions au contrôle du gouvernement albanais, et la dérogation consistant dans l'exercice ad interim des pouvoirs supérieurs de droit public, après le départ d’Ismaïl Kémal, n'avait été possible, nous l’avons noté, qu'avec l’assentiment des Puissances, et par une sorte d’ application de la
(3) Cela entraîna sa radiation du cercle militaire de
Potsdam.
théorie de la nécessité, en raison de l'obligation éminente du maintien d’une continuité dans l'exercice du pouvoir.
Le 28 Mai, pourtant, la Commission arriva à Shjak, où elle fut reçue par fes rebelles qui lui demandèrent l'établissement d'un plus grand nombre d'écoles, l'extension du réseau routier, le renforcement de la gendarmerie et le retour à la suzeraineté turque.
M. Kral, délégué de l'Autriche-Hongrie, leur répondit qu'il était impossible de les replacer sous la suzeraineté ottomane, mais leur fit valoir qu'ils se trouvaient sous la protection de l'Europe représentée précisément par la Commission Internationale.
Un accord semblait obtenu, mais, à une seconde visite que fit la Commission à Shjak, au début de Juin, elle fut l’objet de demandes plus importantes, par exemple l'exigence que le Prince Guillaume quitterait le territoire pour être remplacé par un mahométan.
Aussi, le Prince et son gouvernement remanié (4), considérant que les rebelles ne cherchaient qu'à gagner du temps, décidèrent de les réduire par la force.
(4) Turkhan Pacha, Premier Ministre ; Akif Pacha Elbasani, Ministre de l'Intérieur et de la Guerre ; Mufid Bey Libohova, Ministre de la Justice el des Cultes ; Dr.Tourtoulis Bey, Ministre de l'Instruction Publique; Philippe Nogga, Ministre des Finances ; Midhat Bey Frasheri, Ministre des Travaux Publics ; Abdi Bey Toptani, Ministre de l'Agriculture et du Commerce.
Turkhan Pacha, au début de Juillet, s'étant rendu dans les capitales d'Europe, solliciter l’aide des Puissances, Mufid Libohova assura l'intérim.