DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VIII
L'une des cinq colonnes envoyées contre les insurgés était sous les ordres d’Ahmed Bey Zogou, âgé Alors de dix-neuf ans.
La bataille se livra le 15 Juin et tourna au désavantage des rebelles, mais, dans les jours qui suivirent, le désordre fut tel de les colonnes gouvernementales, qui agissaient de leur propre initiative, qu'elles ne purent exploiter leur succès. D’autre part, profitant de l’anarchie générale, les Epirotes avaient dénoncé la disposition de Corfou et repris leurs violences dans le Sud.
À l'étranger, les bruits les plus contradictoires couraient sur ces événements : Certains correspondants avaient répandu le bruit que l’Albanie centrale se révoltait contre la domination d'un Prince chrétien, d’autres affirmaient que le soulèvement venait du ressentiment éprouvé par le peuple en raison du renvoi d’Essad-Pacha.
Aucune de ces explications ne concorde avec les faits.
La cause profonde du soulèvement était agraire les terres de l’Albanie centrale appartenaient, pour la plupart, à des nobles, Beys et Pachas, qui possédaient d'immenses propriétés, dont la terre était livrée à des tenanciers, moyennant des fermages excessifs, atteignant souvent un tiers de la production totale.
Ces fermiers avaient espéré que le Gouvernement du Prince de Wied améliorerait leur situation,
lorsqu'ils virent celui-ci entouré et circonvenu par les Beys et les Pachas, ils saisirent la première occasion de régler eux-mêmes leur sort ; cette occasion leur fut fournie par les troubles consécutifs à la démission d’Essad-Pacha.
Ce qui les aida le plus fut l'impuissance du Gouvernement de Durazzo, l'existence de l’état de
Le" guerre dans de Sud du pays, et la démoralisation générale amenée par les intrigues étrangères,
$ 3. — Le refus d'intervention des Puissances
Dans une telle situation, le Prince adressa, le 10 Juillet 1914, une note aux Puissances, pour leur demander de remplir leurs obligations à l'égard de l’Albanie. La réaction des Puissances sera suffisamment indiquée par la réponse faite par Sir Edward Grey, à la Chambre des Communes, à une interpellation sur ce point du Colonel Herbert. (5)
« Bien que le gouvernement de Sa Majesté, comme les gouvernements des autres Puissances, soit l’auteur de la création d’une Albanie autonome, je ne puis admettre la charge pour lui d'y maintenir l’ordre et je ne désire pas assumer cette responsabilité en prenant les mesures que l'honorable membre suggère. »
Cette déclaration, si elle exprimait officiellement la position prise par la Grande-Bretagne, correspondait également à celle des autres puissances.
Mais comment devons-nous apprécier, du point de vue juridique, cette attitude ?
Elle manifeste certainement la volonté de stricte application du principe de non-intervention qui est une des bases fondamentales du droit des gens moderne ; mais nous savons que la majorité des auteurs apporte à cette règle des amendements (6), en
(5) Parliamentary Debätes, H. of C., 1914, 63/1903.
(6) Cf. contra, cependant, Pradier-Fodéré, Traité de D. I.P., Paris, 1885-1906, (T.I, p. 671), où l’auteur dénie le droit d'intervention, même fondé sur une convention expresse, en déclarant qu’il s'agirait là d’une clause nulle.