DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE XI
prohibèrent bientôt toute activité politique (14), n'autorisant que les organismes d'ordre économique, et, le 14 Avril, un Conseil administratif, dirigé par À. Kral, membre autrichien de l’ancienne Commission de contrôle, fut constitué à Scutari.
En Autriche même, le sort futur de l’Albanie était l’objet de conceptions diverses (15), dont la plus généralement professée était la souveraineté du Prince Guillaume sur un territoire agrandi aux dépens des petits Etats slaves. (16)
Mais, en Janvier 1917, le commandant des troupes austro-hongroises en Albanie fit une proclamation capitale qui exprime les intentions de son gouvernement de « donner au pays une administration organisée en tenant compte des croyances traditionnelles, de la langue, des droits et des coutumes du peuple, et, par là, garantir la sécurité des personnes, l’honneur et la propriété, réparer les dommages causés par les guerres et les troubles, jeter les bases du développement futur de la prospérité de la nation. Le peuple albanais sera, par ce Gouvernement, instruit de façon à pouvoir, aussi rapidement que possible, en évitant les errements précédents, jouir du droit qui est le sien de se gouverner luiniême.
« Lorsque les conditions préliminaires à l’autonomie du pays seront remplies, l’Autriche-Hongrie procèdera, sans délai, à l'installation d’un gouver-
(14) Cf. The Times, 16 Août 1916 et ro Avril 1917.
(19) Cf. A. FE. Pribram : Œsterreich-Ungarns Aussenpolitik.… 1908-1914... Leipzig, 1930 (B.N. 8° M. 13666, 19-27). Et : Les traités politiques secrets de l’Autriche-Hongrie, 1879- 1914. Traduc. C. Jordan, Paris, 1923. (B.N. 8 G. 13.5r9/1).
(16) Cf. Pour l'attitude bulgare, The Times, 23 Avril
nement albanais et, à l’avenir, n'ôlera pas sa protection actuelle au pays. » (17)
C'était affirmer que l'Albanie resterait soumise, sinon à la souveraineté, au moins au protectorat, où au quasi-protectorat, de l’Autriche-Hongrie (18). Les événements devaient donner un autre cours à l'histoire albanaise. Les seules traces que laissa l’occupation autrichienne furent d'ordre matériel : d’ailleurs, à cet écard, elle ne fut pas nuisible au pays, qu’elle développa même économiquement, bar la construction de routes, de ponts et de voies ferrées, nécessités par les exigences stratégiques, et qui présentèrent, par la suite, une utilité, bien qu'un grand nombre d'ouvrages ait été détruit lors de l’évacuation.
$ 3. — La proclamation Ferrero
À partir de 1916, l'importance du corps expéditionnaire italien dans la région de Valona s’accrut considérablement.
L'occupation italienne s’étendit au Sud et à l'Est, pour établir la jonction avec l’armée de Salonique.
Les Grecs furent refoulés d'Epire.
Le 3 Juin 1917, le Général Giacinto Ferrero, commandant en chef le XV° corps italien à Argyrocastro, fit la proclamation suivante :
(17) Lorsqu'à la fin de 1917, le gouvernement bolchévique publia le pacte de Londres, les autorités austro-hongroises le firent traduire et répandre dans les régions qu’elles occupaient. La proclamation du général Ferrero fut peut-être dans une certaine mesure destinée à calmer l'agitation ainsi créée. |
(18) Cf. Pour cette notion, Fauchille : op.cit. Première Partie. Livre I, Chapitre I, 176 (3).