DEUXIÈME PARTIS — CHAPITRE XII
ce et la Grande-Bretagne déclarèrent qu’elles se considéraient comme liées par le pacte de Londres.
Mais c’est des Etats-Unis que va surgir l’opposition politique décisive à l'exécution du pacte, qui avait soulevé, d'autre part, de graves difficultés des côtés grec et yougoslave,
$ 1. — Les convoitises concurrentes
Tandis que le Gouvernement albanais avait nommé une délégation à la Conférence de la Paix (2), que le Comité des Dix entendra le 24 Février 1919, les Yougoslaves avaient, le 18 Février, adressé à la Conférence une demande portant sur les territoires albanais du Sud ; ils y faisaient ressortir que cette attribution ne se trouvait justifiée que par les sacrifices territoriaux qui leur seraient imposés si l’on exécutait Les stipulations du pacte de Londres, et que, dans le cas contraire, la Yougoslavie se déclarait, à l'inverse, favorable au maintien d'une Albanie indépendante dans son intégrité.
. Gette première difficulté se doublait de la riva- lité entre la Grèce et l'Italie, qui désiraient toutes deux se voir attribuer d'identiques et importantes portions du territoire albanais.
Pour résoudre ces problèmes, une Commission d'experts fut nommée le 18 Février 1919. (3)
(>) Turkhan Pacha, Mehmed Bey Konitza, Louis Bumchi, Midhat Bey Frasheri et Michael Tourtoulis.
(3) France : MM. Jules Cambon et Jean Gout.
Grande-Bretagne : Sir Robert Borden et Sir Eyre Crowe.
Italie : Colonel Castoldi et M. di Martino.
Etats-Unis : Dr. W.-L. Westermann et M. Klive Day.
Mais, devant sa partialité évidente, Turkhan Pacha adressa une note à G. Clemenceau, pour lui suggérer la solution qui consisterait à faire nommer par la Société des Nations, pour une période de plusieurs années, une puissance mandataire non signataire du pacte de 1915, par exemple les Etats-Unis d'Amérique (4), qui administrerait l'Albanie, en s'efforçant d'éviter toute propagande et toute intimidation, jusqu’à une date fixée pour un plébiscite par lequel les habitants eux-mêmes exprimeraient leur volonté.
Cette proposition n'eut pas de suite positive, mais le 14 Mai, devant l'impossibilité d'arriver à un accord satisfaisant, les Experts abandonnèrent la question albanaise.
Les deux sources externes de difficultés à l'exécution du pacte de Londres : rivalité italo-wrecque et demande de compensation yougoslave, allaient toutes deux être levées par des voies opposées. La première, par un accord secret entre la Grèce et l'Italie, visant à assurer la réalisation des appétits de ces Etats ; la seconde, par un traité régulier impliquant l'abandon par l'Italie de ses ambitions balkaniques.
Dès la constitution, le nouveau ministère italien de M. Nitti s'employa à mettre fin à la rivalité italo-orecque, que n'avait pu éviter le cabinet Orlando.
Après des échanges de vues et des négociations préliminaires, fut signé à cette fin, le 29 Juillet 1910,
(4) Cf. Erickson : United States as a mandatory of Albania. Paris, 1919. :