DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE XII
probation du Gouvernement américain, modifient complètement l'aspect du règlement de la question de l’Adriatique. Aux yeux de notre Gouvernement, c'est en rendre l'application impossible, et lui enlever cette mesure de justice qui est, pour nous, essentielle si l’on veut que notre Gouvernement collabore à l'exécution des conditions posées. Le fait que les représentants de la Yougoslavie, placés devant l'alternative du Traité de Londres, pourraient se sentir forcés d'accepter une solution qui nous paraît si injuste dans son principe, et si inacceptable en fait, ne modifierait à aucun degré notre conviction que nous ne pouvons donner notre assentiment à un règlement qui, aussi bien dans les termes de ses stipulations que dans les méthodes employées pour l’imposer, constitue une négation absolue des principes pour lesquels l'Amérique est entrée en guerre... elle ne pourrait reconnaître ni une solution injuste basée sur un traité secret dont les conditions sont incompatibles avec la nouvelle situation du monde, ni un règlement injuste obtenu en usant de ce traité secret comme d’un instrument de coercition. »
C’est, présentée sous une forme plus nette, l'argumentation première de la note du 23 Avril 1919. (15)
Sans aborder le fond du problème ainsi posé, les gouvernements français et britannique répondront le 1* Février 1920, en s'appuyant sur des arguments de fait, et en protestant que les propositions incriminées, loin d’être dirigées contre la Yougoslavie « avaient pour but de permettre à la Yougoslavie, dans la mesure où l’Albanie ne serait pas à même
(15) Cf. supra, eod cap. note 6.
d'assurer la charge de cette entreprise, de construire, sous des garanties internationales, une voie ferrée et un port qui desserviraient la partie Sud de son territoire. Etant donné que la population albanaise n’a jamais réussi à se donner un gouvernement stable, que la population septentrionale est chrétienne en écrasante majorité, tandis que la population méridionale est musulmane dans les mêmes conditions, ils ont cru préférable de confier la responsabilité gouvernementale et la mise en valeur de ces deux parties à la Yougoslavie et à l'Italie respecti-. vement. Ils sont cependant tombés d’accord pour que la totalité de l’Albanie soit placée sous le régime du mandat, et ils croient que cela permettra éventuellement de donner satisfaction au peuple albanais dans ses aspirations vers l’unité et un gouvernement autonome. »
Le 25 Février 1920, Woodrow Wilson répond pourtant :
« Le Président prend note avec satisfaction que les Gouvernements britannique et français ne perdront pas de vue les intérêts futurs et le bien-être du peuple albanais. Le Gouvernement américain comprend fort bien que la division de l’Albanie en trois parties, ainsi qu’il est prévu, par l'accord franco-anvlais, pourrait être acceptée volontiers par le gouvernement yougoslave. Mais il est aussi énergiquement opposé à ce qui pourrait nuire aux Albanais pour plaire aux Yougoslaves qu’il est opposé à ce qui lèserait les Yougoslaves au profit de l'Italie.
« I'est d'avis que les difficultés entre Chrétiens et Musulmans ne feraient qu'augmenter si l’on place les deux régions sous le contrôle de nations qui n’ont, ni la même langue, ni le même gouvernement, ni la même puissance. En outre, une de ces