PREMIÈRE PARTIS — CHAPITRE PREMIER
Un dernier exemple est celui du conflit relatif au Rousse-Point, issu du même traité de 1783, entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ; la question fut, comme la précédente, après avoir été soumise à une commission mixte et à un arbitre, résolue finalement par un traité.
Ainsi donc, en raison de ces précédents jurisprudentiels, l'argumentation ottomane semblait mériter au moins un examen attentif. Cependant, en dépit de cette position juridiquement favorable, le Congrès adopta une attitude hostile.
« Le Président, tout en affirmant que le Congrès ne saurait manquer d'apprécier les raisons invoquées par Caratheodory-Pacha, considère qu'on doit toujours compter que la Sublime Porte maintiendra les engagements qu’elle a pris à San-Stefano, sauf modification acceptée par l'Europe. »
Et tout ce que put obtenir le plénipotentiaire ottoman fut, à la 12° séance, l'insertion au procèsverbal de ces observations :
« Mohamed Ali Pacha a l'honneur de soumettre à S.A.S. le Président, à LL.Exc. les Membres de la Commission de délimitation, les considérations et les réserves que lui a suggérées le tracé de la nouvelle ligne frontière du Monténégro tel qu'il a été adopté par la majorité de la susdite commission. Il prie S.A. le Président de vouloir bien annexer les considérations et réserves au rapport qui sera adressé au Congrès à ce sujet. Pour que les travaux du Congrès constituent une œuvre durable de paix et de concorde ne faudrait-il pas éviter de placer sans nécessité absolue les peuples de race et de religion différentes sous la domination d’une race étrangère ? Le Plénipotentiaire ottoman propose en conséquence que pour agrandir le territoire actuel du Monténégro il ne lui soit concédé que des contrées dom,
les habitants sont de la même race et pour la plupart de la même religion que les Monténégrins (14) ; il regarde comme une injustice l'annexion au Monténégro de territoires habités par des Albanais musulmans et catholiques tels que les districts de Plava, de Gussinje et d’Antivari. Il croit qu'il aurait été plus équitable de se borner du côté de l’Albanie à céder au Monténégro le territoire Kuci Drekalovicei et le cours de la Moraca jusqu’au lac de Scutari, laissant à la Turquie les Cazas albanais de Plava et de Gussinje, ainsi que la ville de Podgoritza avec un rayon suffisant de défense.
« Les mêmes arguments plaident pour que la ville d’Antivari ne soit pas séparée de l’Albanie. La Turquie n’élevant pas d’objection à ce que le littoral de Spizza soit cédé au Monténégro, cette principauté aura par là un accès à la mer et la possession d'Antivari, dont la perte aurait pour la Turquie de très graves inconvénients, ne lui sera pas indispensable.
« Quant au caza de Kolaschin, habité exclusivement par des musulmans bosniaques, il propose de le laisser à la Turquie à cause de son importance stratégique. Il n’aurait aucune objection à faire si, pour les cazas de Kolaschin, Gussinje, Podgoritza et Antivari, un équivalent était donné aux Monténégrins du côté de l’Herzégovine.
« Caratheodory Pacha prie le Congrès de prendre acte de cette déclaration. Il ajoute que sur plusieurs points spéciaux du document autrichien il doit encore en référer à son Gouvernement.
« Le Président dit que les plénipotentiaires ottomans pourront faire valoir ces observations ulté-
(14) Slaves et orthodoxes.