PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE PREMIER
Afin de faciliter ce réveil nationaliste, les diverses mesures qui l'avaient éteint furent abrogées ; on leva, notamment, l'interdiction d'enseigner l’albanais et celle de l’imprimer.
Le résultat de la double action occulte et législative ne se fit pas attendre :
Le Congrès de Berlin siégeait encore que déjà : un « Comité Central Albanais » se constituait : dès le 30 Mai 1878, il lançait une proclamation par laquelle il déclarait assumer la défense des droits de la nation albanaise et, le 13 Juin, adressait à Lord Beaconsfield (18) un mémorandum en ce sens.
Cependant il convoquait à Prizrend des représentants de toutes les parties du territoire.
Le 1” Juillet 1878, ceux-ci constituèrent la « Ligue pour la Défense des Droits de la Nation Albanaise ». Voici, selon le Foreign Office (19), quel était son programme :
a) Maintien de la souveraineté du Sultan et résistance jusquà la mort à toute tentative d’annexion du territoire albanais de la part de quelque état que ce soit ;
b) Réunion des territoires habités par les Albanais (20) en une seule province, gouvernée de Monastir par un gouverneur général ottoman et un conseil de dix membres, avec, comme organe consultatif, un comité albanais élu au suffrage universel ;
c) Reconnaissance de l’albanais comme langue administrative ;
(18) Benjamin Disraeli.
(19) Vide: Foreign Office händbook : N° 17 Albania, Op. cit.
(20) Vilayets de Scutari, Kossovo et Janina.
d) Recrutement d’une milice nationale commandée par des officiers de l’armée turque.
Cette rapidité de réaction des Albanais serait inexplicable, si l’on omettait de mentionner que, depuis plus d’un an, avait été formé à Constantinople un Comité culturel albanais (21), qui n'avait pas borné son action à l'éducation intellectuelle de ses membres, mais avait exalté leur union et resserré leur unité.
À ce facteur interne de cohésion, était venu se surajouter une aide extérieure non négligeable, celle des représentants autrichiens, au premier rang desquels il convient de citer le Consul d’Autriche-Hongrie à Scutari, qui s’employa de façon particulièrement active à favoriser le mouvement, dans toute la mesure où le lui permettait sa situation officielle. L’explication de cette attitude, nous la connaissons déjà : Si l’Autriche-Hongrie pouvait disposer d’une influence suffisante sur une Albanie autonome, elle encerclerait de trois côtés la principauté de Monténéoro, qu'elle réduirait ainsi à devenir vassale des Habsbourg. (22)
Une fois organisée sous la présidence d’Ilias pacha de Dibra avec un siège central à Prizrend (23). et des comités locaux à Scutari et Argyrocastro, la Ligue, assez profondément implantée dans le pays, où elle groupait plus de 100.000 soldats, pouvait se tourner vers les Puissances. Sa première action dans ce sens fut d'adresser à la Commission internatio-
(21) C’est ce comité qui décida l’adoption de l’alphabet latin (augmenté de quatre lettres) et publia les premiers ouvrages d'enseignement en Albanais.
(22) Ce sera un des motifs de l’attribution du trône d’Albanie au Prince de Wied.
(23) Ou à Berat.