PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE II
git un conflit, c’est l’ordre actuel qu'il est tout indiqué de suivre normalement. »
C'est là plus que l’onus probandi infligé aux minorités ; presque irréfragable est la présomption en faveur de.l'Etat dont ce n’est qu'exceptionnellement qu'une minorité nationale pourra se déga- 2er (4). Car le droit de sécession, disent les tenants de cette opinion, Ôôterait toute stabilité aux Etats et conduirait à l’émiettement.
M. Le Fur dit encore « qu’il ramène à la cité en opposition avec toute l’évolution des temps modernes ». (5)
Cette théorie des droits de l'Etat peut-elle ici trouver son application ? I] faudrait pour cela considérer la Grèce et le Monténégro comme investis à coup sûr de la souveraineté sur les territoires albanais, or le point a été discuté, nous l’avons montré.
Ainsi donc, et même sans faire intervenir ici le postulat du droit absolu des nationalités, il semble bien qu'il faille retenir la position prise par la Porte comme soutenable.
1 nous faut pourtant savoir s’il existait véritablement un nationalisme albanais s’opposant au démembrement, ou s’il ne faut voir dans l’action de la Ligue albanaise qu'un faux-semblant controuvé par le Divan. La réponse à cette question capitale va nous être bientôt donnée par l'attitude des Albanais en face des Jeunes-Turcs, lorsque ceux-ci vont essayer de leur retirer ce qu'ils avaient feint de leur
concéder.
(4) C’est là réagir contre ce que M. Le Fur a appelé « l'impérialisme nationalitaire ».
(5) Philosophie du Droit international.
$ 2. — L’'attitude albanaise de 1881 à 1908
De 1881 à 1908, l'Albanie et les Albanais se laissèrent oublier par la politique européenne.
La Ligue albanaise, sous diverses formes, traîna une vie languissante, alimentée principalement par des patriotes albanais vivant à l’étranger, notamment en Egypte, à Sofia, à Bucarest et en Amérique. . Pendant la guerre gréco-turque de 1897, elle donna quelques signes de vie lorsque les Albanais de Kos- .sovo et de Monastir résistèrent aux tentatives de l’Europe de réorganiser leurs régions, tentatives qu'ils considéraient comme une entreprise contre leurs anciens privilèges.
Derechef en 1899, le même sentiment de résistance à l’immixtion étrangère s'exprima à une grande réunion des notables à Ipek, où fut décidée la constitution d’une nouvelle Ligue albanaise avec le double objet de défendre les territoires du Sultan contre toute entreprise et de s'opposer à toute modification de l'administration de la Macédoine.
Quatre ans plus tard, en 1903, une protestation analogue fut faite contre les projets austro-russes de réforme en Macédoine, et c'est à cette occasion que 3.000 Albanais de Kossovo se soulevèrent et que fut tué le Consul russe à Mitroviza, M. Tcherbina, le 31 Mars 1908.
Mais ces réveils, pour être violents, n’en sont pas moins intermittents.
$ 3. — Les buts et les résultats du nationalisme albanais
Mais penchons-nous à présent sur l’évolution de l'opinion pendant cette période importante. L'œuvre