‹ Essai Sur l'Indépendance AlbanaiseChapitre 29 sur 224 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE I oh · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE I oh

accomplie par l’action de l’organisation albanaise pour stimuler l'esprit national avait été profonde. La production littéraire avait pris un essor considérable, grâce aux efforts d’ardents pionniers qui, écrivant le plus souvent sous des pseudonymes pour dépister la vigilance des autorités turques, travaillaient à développer intellectuellement leurs compatriotes et à leur donner ainsi le lien spirituel qui les unira plus étroitement. Il semble que c’est insensiblement que naquit chez les promoteurs le désir de faire accéder à l'indépendance politique, pour laquelle, au début, elle n’était pas encore mûre, la nation albanaise. Aussi poursuivirent-ils deux objets immédiats et, en apparence, divergents.

Tout d’abord, préserver l'intégrité de l'Empire ottoman, comme moyen de gagner du temps pour’ la préparation de l’Albanie à une vie indépendante.

En second lieu, assurer d'ores et déjà au pays une administration autonome, qui lui servirait de cadre lorsqu'il aurait son indépendance complète.

Le règne d’Abdul Hamid IT fut erucial pour l’Albanie ; le Sultan rouge avait à son égard un comportement ambigu ; pourchassant le mouvement national albanais, il appréciait les Albanais individuellement au point de leur conférer les postes les plus importants de l'Empire (6), mais sa chute seule leur permettra de jouer un rôle politique collectif.

(6) Son Graänd-Vizir était, nous l’avons dit déjà. Ferid Pacha Wlora de Valona, qui se trouvait être, en même temps, Président de l'Association nationale albanaise de Constantinople. Ge fait assez curieux eut d'ailleurs d'heureuses conséquences pour les Albanais, qui, du fait de là protection de leur compatriote en place, se trouvèrent épargnés dans les persécutions de Chrétiens d’Abdul-Hamid. d

$ 4. — L’Albanie et les Jeunes-Turcs

Pendant la dernière période du rèyne, l’activité des sociétés nationales s’intensifia ; pourtant, lorsque la politique erronée du Sultan amena lEmpire au bord du précipice et que les Jeunes-Turcs se levèrent pour le sauver (7), les Albanais se rangèrent à leurs côtés, car l'existence de l'Empire était leur seule sauvegarde, contre l'ambition de leurs avides voisins.

En embrassant la cause du mouvement constitutionnel, les Albanais suivaient non seulement les directives que leur imposait leur propre politique, dont nous avons assez indiqué les mobiles, ils considéraient aussi que, sous un régime constitutionnel, l’Albanie avait les plus grandes chances de développement autonome, tout en gardant une position privilégiée dans l'Empire, ce qui leur semblait, nous l’avons dit, une étape désirable vers leur accession à l'indépendance.

Aussi, en 1908, les Albanais partagent-ils l’enthousiasme de toutes les populations de Turquie d'Europe en faveur du mouvement révolutionnaire Jeune-Turc, qui apportait, à vrai dire, un programme de réformes fort libérales : les fidèles de toutes les religions seraient égaux devant la loi et Les diffé-

(7) Un comité «libéral ». le Comité Union et Progrès . avait été fondé avec un double siège à Paris et à Genève. Son but était de détrôner Abdul Hamid IT et d'organiser en Turquie un gouvernement plus moderne.

A partir de 1904, l'influence du courant Jeune-Turc croît rapidement dans l’armée, En Juillet 1908, l’action commence et les garnisons se rebellent.

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