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PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VI

siècle, était d'étendre sa puissance dans les Balkans, et que, pour atteindre ce but, elle cherchait à faire tomber successivement sous son influence, économique d’abord, politique ensuite, les diverses nations de la Péninsule.

On a pu dire (2) à cet égard qu’elle tendait à considérer les Balkans comme la France et l'Espagne considéraient le Maroc, à savoir comme une zone destinée à tomber sous sa tutelle.

Mais cette politique se heurtait à l'opposition de Saint-Pétershbourg, et l'Autriche avait dû conclure, en 1903, avec la Russie, l'accord de Mürzsteg, qui constituait un engagement mutuel de désintéressement et d'abstention dans ce domaine.

D'ailleurs, la Ballplatz ne remportait pas que des succès sur ce terrain : la Serbie, au début de 1907, cessait d'orienter son économie uniquement vers l’Autriche-Hongrie et passait avec la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Italie et la Belgique d'importants traités de commerce.

Mais cela ne rendait la double-monarchie que plus désireuse d’asseoir sur la domination politique une influence économique qui n'était plus incontesfée:

Le comte Berchtold, son ministre des Affaires Etrangères, ne déclarait-il pas, le 11 Octobre 1912, à la Délégation hongroise :

« Notre politique dans les Balkans n'est pas une politique de conquête. Mais cela ne veut pas dire que nous ne nous intéressons pas aux événements qui se produisent dans cette région. Nous avons dans la Péninsule des Balkans des intérêts vitaux, et nous les défendrons, quoi qu’il arrive. »

(2) Polyvios : L’Albanie et la Réunion des Ambassadeurs à Londres. Paris 1g»4, op. cit.

Aussi, verrons-nous, pendant le temps que durera la tension européenne provoquée par les événements balkaniques, Ia double-monarchie adopter une attitude d’intransigeante raideur.

Dès l’abord, les succès des Alliés émurent vivement le cabinet de Vienne, qui songea même un moment à réoccuper, après l'avoir évacué trois ans auparavant, le Sandjak de Novi-Bazar, dans le seul dessein de séparer les Monténégrins des Serbes, et de les affaiblir ainsi réciproquement. Mais, ce projet ayant été abandonné, le seul moyen pour limiter, dans la plus large mesure, les avantages que les Alliés pourraient retirer de leurs succès militaires, était de favoriser la constitution d’une Albanie indépendante aussi vaste que possible. (3)

C'est donc à cette fin que vont tendre tous les efforts de la Ballplatz ; il est symptomatique de noter que l'Autriche se fit surtout menaçante, allant jusqu’à rappeler neuf cent mille hommes sous les armes, lorsque les armées serbes atteignirent l’Adriatique à Durazzo.

Au reste, les visées autrichiennes sur l'Adriatique remontent fort loin ; l’origine en est le traité de Passarovitz en 1518, par lequel, après les victoires du Prince Eugène, l'Autriche s'était fait accorder par le Sultan le protectorat sur les Catholiques alba-

(3) In British documents on the origins of the War, IX-516. Lettre privée de Sir F. Cartwright à Sir A. Nicholson : Marienbad, 15 Août rorrt.

« Je crois également... que Aehrenthal inclinerait, s’il espérait créer une Albanie indépendante, à la constituer avec une grände étendue. Une petite Albanie serait trop faible pour résister aux entreprises serbes et bulgares et, partant, serait une source permanente de dangers pour la paix de l’Europe orientale... Le projet d’une grande Albanie est fortement combattu par le Premier Ministre serbe... »

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