PREMIÈRE PARTIE =— CHAPITRE VI
nais (4). Cette politique, qui avait subi un net recul du traité de Belgrade (5) au traité de Berlin, va maintenant refleurir.
Quant à l'Allemagne, qui n'avait pour ainsi dire pas d'intérêts dans la péninsule, elle se borna à soutenir sans réserve la politique de son alliée, comme l'exprima, dans son exposé au Reichstag, M. de Jagow, sous-secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères,
le 13 Mai 1914. (6)
$ 2. — L'Italie
Alliée aussi aux empires centraux, l'Italie, en raison de sa position géographique toute particulière, non seulement ne suivit pas purement et simplement leur politique, mais parfois même s’opposa à elle.
Car, pour l'Italie, le sort de l’Albanie représente beaucoup plus qu'un élément de l'équilibre balkanique. Que Valona, en effet, appartienne à une puissance hostile, et tous ses ports orientaux peuvent être bloqués ; c’est pourquoi le désir pour les Italiens de faire de l’Adriatique « il nostro mare » fut toujours très puissant.
Et, pour ce faire, un seul moyen : posséder soimême, ou avoir une influence suffisante sur l’État qui possède l’autre rive du canal d'Otrante et sin-
(4) Cf. supra, 1° partie, chäp. II, note 6.
(5) Le traité de Belgrade du 19 Septembre 1839, signé par l'Autriche, la Russie et la Turquie, stipule, notamment, la restitution à l'Empire ottoman des territoires cédés à Passarovitz.
(6) In Archives Diplomaltiques, T.131, pp. 185 et s.
gulièrement Valona. C'était déjà là, on le sait, la politique de la Sérénissime République.
La rivalité italo-autrichienne dans ce domaine est, peut-on dire, inscrite sur la carte, et la déclaration Tittoni, du 14 Mai 1904, à la Chambre des Députés italienne exprime bien cet état de fait :
« L’Albanie n’a pas grande importance en ellemême, toute l’importance vient de sa côte et de ses ports, qui assureraient à l'Autriche ou à l'Italie, dans le cas où une de ces deux puissances en serait maitresse, la suprématie incontestée de l'Adriatique. C’est pourquoi aucune de ces deux puissances n'y tolèrera l'établissement de l’autre et, au cas où l’un de ces deux Etats chercherait à s'emparer de cette région, l’autre se dresserait contre lui avec les moyens nécessaires. »
Qu'on nous permette de noter, au passage. qu'il est inexact que l'Autriche, maîtresse de Valona, eût eu la suprématie dans l’Adriatique, car, avec Otrante, l'Italie en contrôlait l’entrée et la sortie ; et, dans cette hypothèse, chacune des deux puissances se serait trouvée dépendre de l’autre. Quoi qu'il en soit, c'est de ces désirs et de ces craintes qu'étaient nés les accords italo-autrichiens de 1898 et 1900 (5), par lesquels chacune des parties contractantes s'engageait à respecter le stalu quo territorial dans cette région, au cas où l'Empire ottoman serait démembre.
Mais lorsqu'il devint évident, après les succès des Alliés balkaniques, et en raison même de ces succès, que ce statu quo ne pourrait. de toute façon, être maintenu, le Gouvernement de Rome en vint
(7) Cf. Livre vert italien (1914-15) soixante-et-onzième document. — Et infra, Deuxième Partie, Chapitre IT, note ro.