PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VI
à considérer que la création d’une Albanie nominalement indépendante, mais en réalité sous la dépendance étroite de l'Autriche, était pire encore que son partage entre la Serbie et la Grèce.
Cet état d'esprit se marque nettement dans la déclaration du Marquis de San Giuliano, ministre des Affaires Etrangères, faite au Giornale d'Italia (S), et où on lit notamment : 4
« L'Autriche-Hongrie en Albanie l’emportera sur l'Italie parce qu'elle y bénéficie de conditions plus favorables : contiguïté territoriale, moyens financiers plus importants, traditions plus anciennes et mieux suivies, direction plus ferme et plus rationnelle de sa politique générale et locale, supériorité de son commerce, meilleure organisation de ses services maritimes, meilleures relations avec le Vatican et le Clergé, prestige d’une puissance plus grande et plus ancienne. »
Ainsi se marquait, au sujet de l’Albanie, une rivalité très nette entre Rome et Vienne.
Cette rivalité alla-t-elle jusqu'à induire l'Italie à entrer en négociations avec la Russie, comme le bruit en courut d’une façon persistante (9) et comme l’Autriche-Hongrie (10) ce qui est fort peu connu,
(8) Citée dans Le Temps du 22 Novembre 1912,
(a) Vide Le Temps du 21 Novembre 1912.
(10) Correspondänce entre l’Autriche-Hongrie et la Russie concernant les affaires des Balkans, du 8 au 17 Mai 1897. In Pribam, Die polilischen Geheimverträge Œslerreich-Ungarns, 1879-1914. 1, p. 78. Et in Recueil Martens, 3° série, X, pp. 64 ets. | 1° Dépêche secrète au Prince de Liechtenstein à Saint-Péters-
bourg, en date de Vienne, le 8 Maï 1897 :
« À mon retour de Saint-Pétersbourg, il me semble utile de consigner dans un résumé succinct les points cardinaux
l'avait elle-même fait en 1897, rien ne permet de l'af-
de l’entente si heureusement issue de l’échange de vues et d'idées que j’ai eu avec le comte Mourawieff et dont les conclusions ont été ratifiées par LL.MM. l'Empereur et Roi, notre auguste maître, et l'Empereur Nicolas.
« La conférence que les deux souverains, assistés de leurs Miñistres des Affaires Etrangères, ont tenue au Palais d'hiver a eu en effet pour résultat d'établir une ligne de conduite commune dans les affaires d'Orient qui, en tenant compte de la sécurité et des intérêts vitaux des deux empires, et en écartant le danger d’une concurrence funeste pour la päix de l’Europe sur Île terrain brülant de la presqu'île des Balkans, nous permet d’ores et déjà d'envisager avec plus de calme et de quiétude les complications politiques qui, à un moment donné, pourraient se présenter dans notre proche voisinage.
« Basée sur un principe de confiance et de loyauté réciproques, cette entente renferme tous les éléments nécessaires à une coopération efficace et ainsi comprise, comme j'ai tout lieu de le croire, par les deux cabinets, elle offre en même temps de solides garanties pour la solution pacifique du problème oriental.
« Ceci établi, je tiens à faire observer en premier lieu qu'étant tombés d'accord sur la nécessité de maintenir le statu quo actuel aussi longtemps que les circonstances le permettront, nous nous sommes plus, le comte Mourawieff et moi, à constater qu'il n'existait entre l’Autriche-Hongrie et la Russie aucune divergence de principe de nature à écarter la possibilité d'une entente entre nos deux pays pour parer aux éventualités qui, dans un avenir peut-être prochain, pourraient, bien contre notre gré, surgir sur la presqu'île balkanique. Tout au contraire, Après avoir müûrement examiné la question dans tous ses détails, nous n'avons pas eu de peine à nous convaincre qu'il serait aisé de concilier les intérêts des deux grands Empires, à la condition toutefois de dissiper tout esprit de méfiance dans nos rapports et de nous expliquer en parfaite franchise et loyauté sur les principes qui devront dorénavant régler notre conduite.
« Pénétrés de ces sentiments, nous mous sommes, dès lors, attachés à jeter les bases d’un accord entre les cabinets