PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VI
gé, dans leur correspondance officielle, l'existence
vous avez bien voulu me faire parvenir une copie, résume en traits généraux l’échange de vues et d'idées auquel a donné lieu le récent séjour en Russie de S.M. l’Empereur-Roi François-Joseph et de son Ministre des Affaires Etrangères.
« Je crois devoir répondre à cette obligeante communication par un exposé succinct des impressions que j'en ai recueillies, afin d’écarter, toute possibilité d’un malentendu däns nos appréciations.
« Aïnsi que le constate M. le comte Goluchowski, nous sommes « tombés d’accord sur la nécessité de maintenir dans
la presqu'île balkanique le statu quo actuel, aussi longtemps « que les circonstances le permettront », et nous avons reconnu qu'il n'existait, entre la Russie et l’Autriche-Hongrie, aucune divergence de principe, ni le moindre motif de défiance. Dès lors, il nous a paru évident « que les intérêts des deux em- « pires pourraient toujours être conciliés au moyen de fran- « ches et loyales explications ».
« Il a été convenu que, pour le cas où, he tous nos efforts, le statu quo actuel de la presqu'île balkanique ne pourrait plus être maintenu, « la Russie, aussi bien que l’Au- « triche-Hongrie, écartent d’avance tout esprit de conquête « et qu’elles sont décidées à faire respecter ce principe par « toute autre puissance qui manifesterait des visées con- « traires ». 1
La Russie ne pouvant admettre la moindre atteinte aux dispositions relatives à la fermeture des détroits du Bosphore et des Dardanelles, consacrée par les traités existants, l’Autriche-Hongrie « reconnaît de prime abord la parfaite légi- « timité 6 ce principe ».
« Par contre, « l'établissement d’un nouvel ordre de «c nee sur la presqu'île des Balkans donnerait lieu, le cas « échéant, à une stipulation spéciale entre l’Alutriche-Hon- « grie et la Russie ».
Le comte Goluchowski, dans sa note du 8 Mai, fixe, dès à présent, comme base d’une pareille entente, les quatre points suivants :
« a) Les avantages reconnus à l’Autriche-Hongrie par le traité de Berlin, lui sont et demeurent acquis.
« En souscrivant à ce principe, nous croyons devoir ob-
server que le traité de Berlin assure à l’Autriche-Hongrie le:
de tels pourparlers que d’une manière dubitative. (11)
droit d'occuper militäirement la Bosnie et l'Herzégovine. L'annexion de ces deux provinces soulèverait une question plus étendue qui exigerait un examen spécial en temps et leux. Quant au sandjäk de Novibazar, il y auraït de plus à en préciser les limites qui, de fait, n’ont jamais été suffisamment définies.
« Il nous semble, que les points b et c, äyant trait à la formation éventuelle d’une principauté d’Albanie et au partage équitable de tout le territoire disponible entre les différents petits étais balkaniques. touchent à des questions d’avenir sur lesquelles il serait prématuré et bien difficile de statuer actuellement.
« Quant au point d, portant : « ayant enfin constaté que « nos deux cabinets n’ont d’autre objectif sur la presqu'île « des Balkans que le maintien, la consolidation et le déve- « loppement pacifique des petits états qui s’y trouvent établis, « nous sommes convenus de poursuivre dorénavänt, sur ce « terrain, une politique de parfaite harmonie et d'éviter, par « conséquent, tout ce qui pourrait engendrer parmi nous des « éléments de froissement ou de méfiance », ce point répond entièrement aux vues de l’empereur mon auguste maître.
« Je prie V.A. de vouloir bien porter tout ce qui précède à la connaissance dè M. le comte Goluchowski, qui relèvera, je l’espère, malgré les quelques nuances d’interprétation que je me suis fait un devoir de vous signaler, la parfaite conformité de notre manière de voir quant aux grandes lignes politiques si heureusement établies lors de notre récente entrevue. »
(11) British documents on the origins of the War,
Vol. IX, N° 112: Sir A! Nicholson à Sir Edward Grey. Saint-Pétersbourg, 21 Février 1910.
Télégramme confidentiel :
« L’Ambassädeur de France m'a demandé à deux reprises si j étais au courant de ce que l’Ambassadeur d'Italie à Berlin avait informé ses collègues français et anglais qu’un accord secret avait élé passé à Racconigi entre l'Italie et la