PREMIÈRE PARTIE -— CHAPITRE VI
Aussi le problème reste-t-il posé. La politique russe, en tout cas, semble bien n'avoir agi SOUS aucune considération extrinsèque.
$ 3, — La Russie et la France
La Russie, qui a toujours eu avec les Princes de Tchernagora, des relations très étroites, se considère comme protectrice naturelle des Slavés, et cette conviction n'a fait que s’accentuer depuis le Congrès de Berlin, dont elle n'avait accepté qu’à regret les décisions.
C’est en raison de cette position prise que la diplomatie russe s’intéressera de très près à l’évolution de la situation balkanique.
Cette politique sera, en dépit de l’accord de 1897 (12), antigermanique au premier chef ; elle se marquera concrètement par l'appui donné à la Serbie, dont le but essentiel est d'obtenir un accès à la mer, accès que l’annexion de la Bosnie-Herzégovine en 1908 avait rendu impossible à travers ces provinces, ce qui eut été la voie la plus naturelle.
Russie et que Rome et Vienne avaient également passé un accord secret... »
Vol. IX, N° 114. Sir F. Bertie à Sir Edward Grey.
Paris, 23 Février 1910.
Télégramme secret
« Le Ministre des Affaires Etrangères m'a dit qu'il n'avait pu élucider la question de savoir s’il existait des accords secrets entre l'Italie et la Russie, d’une part, et l’Atutriche, d’autre part. Mais il en doute : l'Italie n'ayant pas dé dessein sur l’Albanie et étant donné le désir des deux puissances de maintenir le statu quo dans les Balkans... »
(12) Cf. supra, eod. cäp. noté 10.
Quant au projet serbe d’expansion vers la mer Egée, qui, après 1878, avait été des plus populaires, il avait dû être abandonné, lui aussi. Il ne reposait, en effet, que sur le postulat que les Slaves de Macédoine sont des Serbes, et non des Bulgares, ce qui était controuvé.
Dès lors, la seule voie qui restait accessible était celle qui conduisait à l’Adriatique à travers l'Albanie. Et voici que la déclaration d'indépendance albanaise vient, une fois de plus, barrer la route à la Serbie.
Certains projets furent immédiatement lancés par la politique russo-serbe. (13)
Tout d'abord, l'octroi à la Serbie d’un couloir traversant le nouveau territoire albanais avec Saint- Jean-de-Medua comme port.
À ce désir s’opposait le veto autrichien à l’accès d'une nouvelle puissance à l’Adriatique.
Le projet se transforme alors en une érection de Saint-Jean-de-Medua en port franc, avec liberté absolue de transit à travers le territoire albanais dans les deux sens. Cette solution devait être doublée d’une autre, qui aurait consisté à faire également de Salonique un port franc, avec des garanties semblables de transit d'Uskub à Salonique ; les avantages de ce second débouché devant être communs à l’Autriche-Hongrie et à la Serbie.
Nous verrons qu'aucune de ces suggestions ne se concrétisa par la suite.
Quant à la France, elle appuvait purement et simplement la politique de Saint-Pétersbourg, n'ayant elle-même aucun intérêt immédiat dans les Balkans.
(13) Rapportés par Léon Lamouche : L'indépendance albanaise et le débouché serbe sur l’Adriatique (in Revue politique et parlementaire. Janvier 1913).