PREMIÈRE PARTIE -— CHAPITRE Vil
albanais, celle, émanant de la Grande-Bretagne, de confiér à un représentant des Puissances le gouvernement de l’Albanie, et celle, plus rationnelle encore, à notre sens, et de nature aussi bien à dissiper la menace ensendrée par les intérêts européens en conflit que l'agitation albanaise interne, et présentée par D bascadeus russe, de maintenir la souveraineté ottomane, à laquelle, contrairement à d’autres nations de Roumélie, l’Albanie ne pouvait voir aucun inconvénient d'ordre religieux. (3)
Si l’Autriche et l'Italie avaient catégoriquement écarté ces solutions, c'est qu’elles souhaitaient que subsiste en Albanie un état de troubles pouvant donner les apparences d’une justification à la réalisation violente de leurs ambitions.
Ce n’est point là un jugement gratuit ; les deux alliées avaient, durant même que se déroulaient les négociations de Londres, mis au point un accord prévoyant, avec des précisions dont on pourra juger, le dépècement de l'Etat que leurs représentants à la Réunion de Londres étaient en train de créer.
Le résultat de ces tractations fut une convention signée à Rome le 8 Mai 1913, et qui fut, en même temps que d’autres traités secrets, publiée plus tard par le gouvernement révolutionnaire russe, sous le
Voici le texte intégral de ce traité peu connu, qui, à lui seul, montrera comment les parties en entendaient résoudre la question albanaise :
(3) Cf. supra. Introduction, $ 1 in fine.
(4) Vide Emile Laloy : Les documents secrets du ministère des affaires étrangères publiés par les Bolcheviks. Paris 1919, p. 70 (B.D.I.C. : S. 1877) ; et surtout : Current history, DAV Éparst 9 pp noel s(BDEC./89P: 1209).
« I. — Les Hautes Parties Contractantes sont d'accord que le ferme rétablissement du calme en Albanie et d’une tendance régulière à la vie pacifique doivent être la base principale du système politique de leur entente amicale.
IT. — Si l’accomplissement des mesures proposées pour atteindre les buts fixés à l’art. 1 se heurtait à l'intervention de certaines puissances, cette convention amicale aurait la valeur d’un traité d’alliance.
III. — Pour atteindre plus rapidement les buts indiqués à l’art. 1, les H. P. C. se réservent le droit d'occuper de leur propre autorité le territoire de l’Albanie qu’elles ont divisé à ce point de vue en deux parties égales.
IV. — La démarcation de ces sphères d'influence doit être fixée par une commission spéciale sur la base de l'opinion exprimée par la conférence diplomatique tenue à Rome le 2 Mai 1913.
« V. — En cas de formation de détachements des deux puissances pour une action militaire, l’effectif de chacun d'eux sera limité à 24 bataillons d'infanterie et 12 batteries, avec la cavalerie et les services auxiliaires nécessaires. Ges effectifs ne pourront être dépassés qu'après accord préalable.
VI. — Pour atteindre les buts indiqués à l’art. 1, les H. P. C. se proposent de prendre comme elles le jugeront bon, les mesures suivantes :
Employer leurs troupes comme il sera néces- « saire pour le rétablissement et le maintien de l’or- « dre dans les limites du territoire occupé et en « fixer la dislocation comme elles le jugeront bon ;
« Etablir des administrations et des tribunaux « militaires ;
« Etablir des quarantaines ;
« Développer le commerce et l’industrie ;
« Développer les voies de communication :
Développer le commerce extérieur ; Satisfaire aux besoins religieux ou sanitaires ‘de la population ;
« Armer les éléments honnêtes de la population sans leur confier cependant d'artillerie ni de mitrailleuses ;
« Constituer une milice albanaise ; :
« Former une gendarmerie ;
« Diminuer dans le territoire occupé les troupes d'occupation ;
« Prendre d’après les circonstances les mesures pour le développement et le maintien des causes pouvant servir le fondement à l'occupation et à sa prolongation. »
« VII. — Les H. P. C. s’obligent :
-« À ne pas ériger de fortifications, sauf celles de campagne nécessaires pour la sûreté des postes;
« À ne pas introduire d'artillerie lourde ;
« À ne pas intervenir, sauf nécessité, dans l’administration locale ;
« À ne pas créer de monopoles ;
« À ne pas introduire de produits nuisibles. »
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« VII. — La durée de l'occupation sera déter-
minée par les circonstances indiquées à l'art. 1. De plus, tous les six mois, aura lieu un échange de vues.
« IX. — Les H. P. C. considèrent comme in-
dispensable de prévenir les puissances intéressées à la politique des Balkans :
« 1° du moment où commencera l'occupation,
quand la déclaration l'annonçant sera publiée ;
« 2° de sa terminaison, six mois à l'avance.
« X. — Les articles de la présente convention entreront en vigueur au moment de la publication de la déclaration annonçant l'occupation, à l’exception du dernier point de l’art. 6, qui peut, si les circonstances l’exigent, être exécuté avant la déclaration d'occupation.
« XI. — Le texte de la déclaration d'occupation devra être publié pour l'information générale en français, mais pour la population albanaise, il le sera dans les deux dialectes du pays, de plus, l’original devra être ratifié par l'autorité suprême des H. P. C. et contresigné par les plénipotentiaires autorisés à rédiger et à signer cette présente convention.
« XII. — Les cas non prévus devront faire l’objet d'accords séparés. » (5)
Ce traité organise en réalité le partage de l'AIbanie entre l'Autriche et l'Italie et son but dépasse
(5) La publication des traités secrets et des accords diplomatiques entre la Russie et les Alliés, qui furent trouvés dans les archives du Ministère des Affaires Etrangères à Pétrograd, le 7 Novembre 1917, lorsque les bolcheviks prirent le pouvoir, fut commencée le 23 par Léon Trotzki, Ministre des Affaires Etrangères. Précédemment, M. Kérensky avait refusé de souscrire à ce projet. Voici les raisons fournies par M. Trotzki : « En procédant à la publication des documents diplomatiques secrets relatifs à la politique extérieure des gouvernements... nous accomplissons l'obligation que nous avons contractée envers nous-mêmes alors que notre parti était du côté de l'opposition... l'impérialisme, avec ses plans de domination mondiale, ses alliances et ses accords de proie, a développé au plus haut point la diplomatie secrète... Les peuples d'Europe ont mérité de connaître la vérité sur ces choses par leurs sacrifices innombrables... Abolir la diplomatie secrète est la condition première d’une politique extérieure honnête, populaire et véritablement démocratique. »