‹ Essai Sur l'Indépendance AlbanaiseChapitre 73 sur 224 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE II

Le Monténéoro demandait Scutari, et nous verrons avec quelle constance, sous le prétexte que le tombeau des ancêtres du Roi Nicolas s’y trouvait. (2)

La revendication par la Serbie du vilayet de Kossovo, habité par près d’un million d’Albanaïis, n'était pas plus fortement fondée ; le memorandum présenté à la Conférence de Londres par les délégués serbes, le 21 janvier 1913, en énumère comme motifs principaux, le fait que la Reine Hélène de Serbie avait reçu cette contrée en apanage vers le milieu du x siècle, qu’au long du xiv°, elle avait formé le dauphinat de la couronne, que les lieux qui contiennent Ipek et Djakova, ont toujours été considérés par les Slaves comme une sorte de Terre Sainte Scutari ayant été, en particulier, la résidence du patriarcat serbe (3). Or, si l’on quitte le domaine de l'observation objective de faits actuels, pour chercher des motifs à une annexion, les arguments les plus contradictoires peuvent être avancés. Les Albanaïis, pourrait-on dire alors, ne furent-ils pas privés du lieu même de naissance de Skander Beg, qui, à leur tête, avait, des années durant, battu pachas et sultans, sans l’aide ni le secours de l'Europe ; et les ruines du château dit de Dukajinit (4), de celui qui a codifié les anciennes coutumes des montagnes ; et les demeures d’Ali, pacha de Janina et de Kara Mohammed, pacha de Scutari n’étaient-elles pas revendiquées par les Alliés. |

Il faut, à l'évidence, élever sur des bases plus solides les revendications territoriales. Négligeant cette vérité, l'Europe n'assit pas ses décisions sur

(2) Vide Le Temps du 6 Avril 1913.

(3) Vide le texte intégral de ce mémorandum, in Archives

Diplomatiques, T.125, pp. 119 ets.

(4) Cf. supra, Introduction, $ 2, note 12.

des réalités assez profondes pour qu’elles aient une valeur permanente ; elle céda au désir immédiat de ne pas priver les Alliés d’une part trop importante de leurs conquêtes et, ce faisant, dut arrêter une frontière arbitraire en plus d’un point, et qui ne satisfit personne, (5)

$ 2. — Les désirs albanais

Un patriote albanais, Sami Bey Frasheri, dans un opuscule publié en 1907 et intitulé L’Albanie, ce qu’elle a été et ce qu’elle sera (6), attribue à sa patrie, non seulement les vilayets de Scutari et de Janina, mais celui de Kossovo tout entier, y compris Uskub, et la plus grande partie de celui de Monastir, avec son chef lieu.

On sait que, lors de la reconnaissance par la Porte de l'autonomie administrative, c’est cette conception qui avait prévalu (7) et que c’est aux quatre vilayets que s'était étendu le régime accordé.

Mais ce qui ne soulevait aucune objection lorsqu'il s'agissait de faire bénéficier, au sein d’une même unité politique, l'Empire ottoman, certaines régions d’un régime qui ne présentait que des avantages, pouvait, au contraire, être l’objet de critiques lorsqu'il s'agissait d'intégrer ces régions dans un nouvel Etat, en les soustrayant ainsi à toute autre souveraineté.

On objectait que rien, ou presque, ne semblait pouvoir justifier les revendications albanaises sur le

(5) Vide l’article de L. Lämouche, in Revue politique et parlementaire, 1913. Vol. 80, p. 220 et s.

(6) Cité, ibid!

(7) Cf. supra. Première Partie, Chapitre IN, $ 2.

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