DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE Il t
et à Saint-Pétersbourg, annonça que les difficultés élaient surmontées.
Dans l’ensemble, c’est le comte Berchtold qui avait fait les plus grandes concessions, consentant à ce qu'Iipek, Fm berceau de la Ligue albanaise, Struga et Ochrida ne fissent pas partie du nouveau territoire, tandis que la Russie laissait à l’Albanie, Scutari et sa région.
Ces concessions mutuelles furent, dès le 20 Mars, enregistrées par la Réunion de Londres, et formèrent la base de l'accord entre les délégués.
Nous verrons bientôt, en examinant la question de Scutari, quelles difficultés provoqua l'attribution de cette ville à l’Albanie aux dépens du Monténégro.
Dès sa réalisation, l'accord fut d’ailleurs considéré surtout comme une mesure de salut pour la paix de l'Europe, comportant bien des imperfections, sur lesquelles il fallait passer, en raison même de ce but éminent.
Sir Edward Grey ne déclarait-il pas, le 7 Avril 1913, à la Chambre des Communes : « L'accord entre les Puissances, relatif aux frontières de F’Albanie, a été réalisé après un ‘long et difficile effort diplomatique. Il a été décidé que le litioral et Scutari seraient albanais, tandis qu'Ipek, Prizrend, Dibra et — après beaucoup de négociations — Djakova, seraient exclus de l’Albanie. Cette formule laisse une large portion de territoire à diviser entre la Serbie et le Monténégro comme fruit de leur victoire. La conclusion de cet accord était essentielle pour la paix de l’Europe et, à mon avis, elle n’a été obtenue que juste à temps pour sauvegarder la paix entre les orandes Puissances. » (12)
(12) Parliamentary Debates H. of C. 51-817 (B.N, 8° Norosr).
De fait, les critiques ne furent pas ménagées aux résolutions ainsi prises et par lesquelles les régions les plus essentielles devaient « être attribuées aux Slaves et aux Grecs ; l’Albanie ne devait avoir d'Etat que le nom, privée de tout ce qui lui aurait permis de vivre comme une principauté indépendante et souveraine ». (13)
À l'Est, notamment, on avait tracé une frontière fâcheuse en donnant à la Serbie presque tout le vilayet de Kossovo, habité par près d’un million d’Albanais et fort peu de Slaves ; cette décision, en outre, même du point de vue purement technique, PRÉ SRR des inconvénients, isolant, en les plaçant
à proximité de la frontière, tous les grands centres des régions circonscrites auxquelles ls sont liés par une interdépendance économique.
Mais la question était, à vrai dire. presque insoluble : le principe des nationalités, qui avait contribué à faire admettre la création d’une Albanie indépendante, pouvait difficilement servir de guide pour le tracé de ses frontières ; pour la septentrionale en tout cas, admettre l'attribution à l’Albanie de toutes les zones où les deux tiers de la population sont albanais, eût conduit à incorporer à la principauté la totalité des sandjaks de Prizrend et d'Ipek et la plus grande partie de celui de Prishtina.
Mais cela eût privé les Alliés d’une trop grande part de leur conquête et nous savons que la solution fut de compromis. (14)
(13) In Le Temps, 6 Mai 1913.
(14) Dans une partie de ces régions les Serbes avaient été d’ailleurs les premiers occupants, car c’est seulement à la suite de l’émigration en Hongrie aux xvi° et xvrr° siècles des populations serbes, que les Albanais s’établirent dans ces territoires pour y supplanter progressivement en nombre la population ancienne.
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