DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE Ii
lue, la Commission n’accepta aucune aide d’origine locale. C'était repousser par conséquent toutes les formes de collaboration.
Par un surcroît de prudence, la Commission entendit même laiser ignorer jusqu’au dernier moment les localités où l’allaient mener ses enquêtes, afin de se préserver contre les mises en scène possibles. Toutes celles de ces mesures qui avaient pour but de soustraire la Commission aux influences extérieures irresponsables, pour garantir son impartialité, ne peuvent qu'être approuvées sans réserve. Il n’en est peut-être pas de même, nous l’avons dit déjà, de Ja décision d’écarter de ses travaux les délégations grecques et albanaises, dont la présence eut pu être féconde, par les discussions mêmes que leur confrontation eut pu provoquer.
Mais le souci primordial était d'éviter tout incident qui eût pu rallumer la discorde européenne à grand'peine étouffée, et il faut bien reconnaître qu'à cet égard au moins, une procédure inquisitoire présentait les plus grands avantages.
$ 2. — Les travaux de la Commission
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Le Concert s'était trouvé en présence de trois tracés proposés : D'abord celui des Albanais qui considéraient que le vilayet de Janina avait toujours été regardé comme partie intégrante de l’Albanie ; qu'il fallait étendre l’Albanie jusqu'aux anciennes frontières grecques et, en outre, reconnaître comme albanais, dans le sandjak de Koritza, les kazas de Koritza, de Kolonia et de Starovo.
Le second tracé était celui que postulaient les Grecs, et qui englobait à leur profit la totalité des
sandjaks de Preveza, Janina, Tcharneri et Koritza, plus une partie de celui d’Argyrocastro.
Le troisième projet était celui que préconisaient Vienne et Rome. Intermédiaire entre les deux propositions extrèmes des parties, il prenait pour point de départ le cap Stylos, au Sud de l'embouchure du Kalamas (4) ; la frontière restait approximativement parallèle au cours de ce fleuve, passait au Sud de Koritza, remontant vers le Nord pour contourner Koritza, en passant à une vingtaine de kilomètres à l'Est de cette ville et aboutir à l'extrémité méridionale du lac d'Ochrida.
C'était finalement, avec quelques modifications sans grande importance, ce dernier tracé qui avait été adopté par les Puissances.
La tâche de la Commission internationale envovée sur place, et qui devait, avant la fin de l’année 1913, avoir établi la délimitation définitive, était délicate, en présence des revendications contradictoires et toutes excessives des intéressés, déçus par: la décision de Londres, et déterminés à en faire éclater le prétendu mal fondé.
La Commission dut commencer par déclarer que la présence des troupes grecques dans les régions attribuées en principe à l’Albanie entravait sa tâche et, en effet, occupant ces districts depuis plus de six mois, les Grecs ne négligeaient rien pour « impressionner la Commission sur le caractère grec des provinces de l’Albanie du Sud, que l’Europe était prête à livrer aux «bouchers albanais ». Se rendant à Kolonia où son véritable travail devait s’accomplir, Ja Commission traversa la ville de Korcha. Cette cité, avec toute sa province, avait été formellement
(4) C'est le cours du Kalamas, jusqu’à là mer, qui avait été admis jadis par le Congrès de Berlin.