DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE IV
rationaliser l'administration active. Dans la mesure que permettaient la situation financière précaire et les faibles moyens coercitifs dont il disposait, le cabinet s’y était attaché.
Comme extension de ce premier programme de réformes, il procéda à la séparation des églises et de l'Etat. |
On sait que trois religions coexistaient en Albanie : la catholique, l’orthodoxe et la mahométane (sunni et bektashi).
Or, la religion islamique était de loin la plus puissante, et non pas tant parce qu’elle comptait le plus grand nombre de fidèles que parce que son clergé avait, sous le régime ottoman, joui des prérogatives de droit public les plus étendues. Au point de vue juridictionnel, notamment, les questions de mariage, de divorce, de succession, de serment étaient, en effet, de la compétence de ses ministres ; d’autre part, Ceux-ci constituaient la cour suprême pour l'interprétation et l'application du Cheriat. (2)
Il était donc à la fois difficile et utile de modifier ce régime pour réaliser un ordre étatique moderne.
Le premier stade de cette importante réforme fut de soustraire l’église musulmane d’Albanie à l’allégeance du Cheik-ul-Islam, par l'institution d'une église autocéphale d’Albanie, dont le chef fut un Mufti albanais.
Peu après, la compétence en matière civile.dont étaient investis les ministres du culte mahométan fut transférée aux tribunaux de droit commun.
(2) Loi canonique musulmane réglänt les rapports des hommes avec la Divinité et entre eux, qui s’est constituée par additions successives aux préscriptions générales du Coran.
Le Mufti lui-même fut d’ailleurs attrait devant le tribunal civil de Valona que présidait alors C. Chekreki, l'historien albanais, et, à la stupeur générale, la décision rendue prononça la condamnation du prélat.
Gette sentence, qui heurta le sentiment des fidèles, eut le plus grand retentissement, et n’est peut-être pas sans rapport avec l'insurrection d’Albanie centrale qui la suivit de peu.
Quant aux prérogatives, d’ailleurs plus modestes, des églises romaine et orthodoxe, le souvernement provisoire n’eut pas l’occasion d'y porter atteinte, les régions où elles étaient professées ne se trouvant pas, pour la plupart, sous son contrôle.
Outre les motifs d'ordre spirituel, des raisons très matérielles d'opposition étaient apparues ; nous allons rapidement énumérer les principales d’entre elles.
$ 2. — L'affaire de la Banque nationale
Tandis que la Commission de délimitation était impatiemment attendue par le Gouvernement albanais et par la population tout entière, deux puissants groupes financiers, la Wiener Bankverein et la Banca Commerciale d'Italia, postulaient du gouverne ment provisoire la concession de la future Banque nationale d’Albanie, dont la constitution, au capital de 16.000.000, avait été résolue. :
Or, pour appuyer leur demande, ces groupes usèrent, rapporte-t-on unanimement, d'un moyen de pression illégitime, s’analysant dans l’affirmation, toute gratuite, doit-il sembler, que la Commission de délimitation ne commencerait ses travaux que lorsque la concession leur aurait été octroyée,