‹ Essai Sur l'Indépendance AlbanaiseChapitre 9 sur 224 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE PREMIER

À ces deux principales forces qui menaçaient l'Empire khalifal, s’opposaient, du reste, des intérêts également puissants, qui tendaient, à l'inverse, au maintien de la force turque : Anxiété de l'Europe devant les remous que pourrait produire, en un monde en équilibre instable, la chute de « l'homme malade » ; crainte des chancelleries que, sur.les ruines de la Sublime Porte, ne se reconstitue partiellement, du Pacifique à la Méditerranée et de la Mer Blanche au Goiïfe Persique, l’immense empire des Genghiskhanides (2) ; peur des puissances coloniales de voir s’insurger, dans une indignation fanatique, les Re none de leurs possessions d'outre-mer, dont le Sultan demeurait le chef spirituel vénéré.

De ces deux groupes de forces antagonistes, c'est le premier qui l’emportera. Car, malgré la vo- Jonté pacifique des grandes puissances, la Russie a trouvé prétexte à l'intervention armée par laquelle elle se propose de réaliser ses desseins.

Commencées, tant en Europe qu'en Asie, au mois d'Avril 1857, les hostilités ne prirent fin que le 31 Janvier 1878, per longos decem menses.

Mais, dès le 12 Décembre 1877, la Porte, sentant bien qu'elle n’était plus en mesure de continuer sa résistance, demande les bons offices de l'Europe par une circulaire de son Ministre des Affaires Etrangères adressée à l'Allemagne, à la Grande-Bretagne, à la France et à l'Italie, c’est-à-dire aux puissances non belligérantes, signataires du traité de Paris de 1856. (3)

(>) Cf. von Barckhausen : L'Empire jaune de Genghiskhan, Paris; 1939. :B.N. 8° O0 q. 172.

(3) Cet instrument instituait d’ailleurs une procédure collective pour la solution des dissentiments éventuels entre la Sublime Porte et l’une quelconque des parties contractantes.

« Art. 8 : S'il survenait, entre la Sublime Porte et l’une

Bo ESSAI SUR L'INDÉPENDANCE ALBANAISE

Cette circulaire, d’une grande élévation de termes, devait aboutir à un échec, car, quatre jours plus tard, l'Empereur d’Allemagne fit répondre à l'ambassade turque qu'il déclinait la requête du Sultan ; et ce seul refus rendait impossible l’intervention collective.

Aussi, la Porte fit-elle, le 24 Décembre, un appel séparé à la Grande-Bretagne.

« Il y a une dizaine de jours, la Sublime Porte s'adressait aux Grandes Puissances signataires du traité de Paris, pour manifester son désir de voir le rétablissement de la paix. Bien que cette démarche, qui faisait l’objet de ma dépêche circulaire du

ou plusieurs des autres puissances signataires, un dissentiment qui menaçât le maintien de leurs relations, la Sublime Porte, et chacune de ces puissances, avant de recourir à l’emploi de la force, mettront les autres parties contractantes en mesure de prévenir cette extrémité par leur action médiatrice. »

Cette procédure, de caractère préventif, eut dù jouer dès

avant l'ouverture des hostilités. C’est d’ailleurs ce qu'avait alors demandé Savfet-Pacha, dans une dépêche du 24 Avril 1877, où il se plaignait de la violation de cet article 8 par la Russie, et sollicitait la médialion des puissances. Cette requête avait été, à ce moment, écartée par la proclamation de neutralité que firent les Etats auxquels elle s’adressait ; l’Angleterre, seule, s'étant bornée à relever la violation des articles 7 et 9 du traité de Paris, pour en conclure que“la Russie n’eût pas dû déclarer la guerre à la Turquie, tout en ajoutant qu’en l’état actuel des choses l’article 8 ne pouvait plus s’invoquer.

Cf. Protocole, n° ro de la Conférence du t8 Mars 1856 du Congrès de Paris : « S’il survenait, entre la Sublime Porte, et l’une des puissances contractantes, un dissentiment de nature à menacer le maintien de leurs relations, les deux Etats, avant de recourir à l'emploi de la force, mettront les autres Puissances en mesure de prévenir cette extrémité par les voies de la conciliation... » (Martens, XV-727).

Page 1