‹ Essai Sur l'Indépendance AlbanaiseChapitre 91 sur 224 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE IV

le Gouvernement provisoire. À cette fin, il constitua de sa propre autorité un Sénat à Durazzo et se fit proclamer chef de l’Albanie Centrale. De fait, son autorité était exclusive dans la zone comprise entre les cours de Maiti et du Skumbi. C’est en vain, néanmoins, qu'il tenta d'étendre au delà les territoires soumis à sa domination ; Elbassan demeurait fidèle au gouvernement provisoire (8) et une bataille y éclata même entre les partisans du Général et les loyalistes, aidés de quelques éléments de police, encadrés par les officiers de la mission hollandaise.

C'est à la suite de ces graves événements qu'ismaïl Kémal se résolut à faire appel aux Puissances, pour leur demander de ne plus remettre davantage la désignation du souverain ; aussitôt après cette désignation, le 22 janvier, nous le verrons, le Gouvernement provisoire résigna ses pouvoirs entre les mains de la Commission de Contrôle. |

Mais, jusque là, aucun des deux gouvernements rivaux ne pouvant l'emporter sur l’autre, ils coexistèrent indépendamment, chacun exerçant le pouvoir exclusif dans la partie du pays qu’il contrôlait. Durazzo et Valona sont les deux capitales respectives et concurrentes d’'Essad Pacha et d’Ismaïl Kémal.

$ 5. — L'opinion de M. le Professeur Redslôb

Peut-on, devant ces agitations désordonnées, souscrire à ce jugement sévère : Lorsque les, Puissances « prétendirent ériger l'Albanie en principauté autonome et lui donner une charte, ce fut là une

(8) Cf. The Times, 14 Janvier 1914.

œuvre factice ; la nouvelle monarchie n’était créée que sur le papier et dans l'imagination des diplomates. Elle n'a jamais vécu pour la bonne raison qu'elle n'a jamais pris racine dans le peuple. Làdessus, la grande guerre a éclaté et ce n’est qu'après une longue période d’anarchie, de combats et de vicissitudes que l’Albanie a pu se constituer par ses forces, par sa volonté nationale ; ce qui est la seule manière authentique dont se fonde un Etat. Il apparaît ainsi que la reconnaissance d’une principauté d'Albanie, en 1913, par les grandes puissances n'était qu'une formule, témoignage d’un désir politique, elle n’était pas un acte de droit ». ‘0)

Sans doute la politique albanaise ne donne-telle pas l'impression d’une « union sacrée », cependant inférer de luttes politiques intestines, même violentes, l’inaptitude totale à l'existence indépendante est peut-être un peu excessif, et aboutirait en tout cas à dénier tout titre à l'existence internationale à nombre d'Etats auxquels jusqu’à présent on n’a pas contesté ce droit. Nous aurons du reste par la suite asséz l’occasion de revenir sur ce problème pour n'y pas insister ici davantage.

(g) R. Redslob: Les principes du droit des gens modernes. Paris, 1937, p. 63.

Page 1