DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE V
au fait que les membres agissaient dans la plupart des cas strictement selon les vues ou même les instructions de leurs gouvernements respectifs, vues ou instructions qui étaient généralement opposées.
C'est là,en effet, l’une des difficultés les plus graves auxquelles puisse se heurter le fonctionnement d'un organe international de cet ordre ; chaque individu appartenant à une patrie donnée, considère cette allégeance comme immédiate, et comme médiates au contraire, toutes les allégeances à des ordres juridiques supérieurs. Si c'est un obstacle important à l'activité normale des fonctionnaires internationaux, il semble bien qu'il s'agisse là d’un problème méta-juridique, qui ne puisse se résoudre que par une modification des concepts actuellement reçus, car la division du monde en Etats, étant une summa divisio, ne laisse pas de place à une vacuité où se recruteraient les titulaires de fonctions internationales 7 il faut donc bien les recruter au sein des Etats, et nous savons qu'il est presque impossible qu’ils se dégagent de leur qualité de citoyens de telle ou telle unité politique, qu'ils s'élèvent au plan superétatique, car il y a plus de force attractive dans l’État, phénomène simple et concret, groupe social déjà différencié et solidifié, que dans la collectivité internationale, réalité encore évolutive et mouvante.
Nous avons, dans notre cas, un exemple frappant de cette vérité.
Sur presque chaque point déféré à la Commission, deux blocs antagonistes s’affrontaient : la Triplice et la Triple Entente. Les représentants de ces conglomérats politiques rivaux ne voyaient dans le problème albanais qu’une lice où se mesurer.
Et il est à peine besoin de dire que, traitée dans cet esprit, la question albanaise, déjà si délicate,
né pouvait être amenée à une solution satisfaisante.
Ajoutons à cela dé après la! proclamation du Gouüvernément ingurrectionnel d'Essad Pacha, le nombre des pouvoirs s'éxerçant en Albanie étaït passé à trois ; Ce dernier, né de l'opposition aû Cabinét d’Isrnaïl Kémal, étant venu s'ajouter à ce Gouvérnemént provisoiré et à l'Administration interna tionale de Scutari.
Uñe telle situation était | visiblement intenable ét elle cessa én effet bientôt.
$ 2. — La tranSmission des pouvoirs
Après onze mois d'efforts, et devant l’impossibilité de ramener l'unité gouvernementale, que rendait désormais co she l'ampleur du mouvement essadaiste, Ismaïl Kémal résolut, au début de 1914, d'abandonner le pouvoir. (2)
Aussi informa-t-il la Commission de contrôle qu'il désirait se retirer avec tous ses ministres, si celle-ci voulait bien assumer l'administration du pays, que seule elle pouvait unifier sous son autorité.
(2) Protocole signé le 22 Janvier 1914, à Valona :
«© La Commission internationale de contrôle s’est réunie en présence de $S. Exc. Ismaïl Kémal Béy. Le Président du Gouvernement provisoire, persuadé que le seul moyen de mettre un terme à l'état de trouble et d’anarchie qui règne dans le pays, est de constituer un gouvernement unique pour l’ensemble de l’Albanie ét que, dans les circonstances actuelles, cé but ne peut être atteint que s’il rémet le pouvoir entre les mains de la Commission internationale de Contrôle représentant les Grandes Puissances, à réitéré la demande qu'il avait déjà faite à la Commission internationalé de Contrôle en présence des ministres, d'assumer cette tâche en acceptant
LS