DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE Y
Deux procédures s’offraient à cette fin : exercice des pouvoirs par les membres de la Commission eux-mêmes, ou désignation par eux d’un haut-commissaire.
1 va de soi qu'étant donné les difficultés qu'’avaient pu faire naître déjà au sein de la Commission,
se limitant à son rôle de contrôle, les antagonismes rivaux des délégués des Puissances, il eut été plus
efficace de confier à un Haut-Commissaire les pou-
voirs de gouvernement. Ce fut pourtant la solution contraire qui fut adoptée, et c’est cet organe divisé par les dissensions que l’on sait, qui va assumer l'écrasante charge de gouverner un Etat encore en devenir.
C’est le 22 Janvier 1914, que le Gouvernement provisoire transmit ses pouvoirs à la Commission. Ismaïl Kémal, ulcéré et déçu, se retira aussitôt à Nice.
Il restait à obtenir qu'Essad Pacha résignât lui aussi ses pouvoirs usurpés.
La Commission ayant fait auprès de lui une
démarche dans ce sens, il y opposa un net refus.
Aussi, le colonel Phillips fut-il chargé de dresser contre lui un plan d'expulsion par la force. Mais, avant la mise:en œuvre de celui-ci, le Général jugea plus prudent de négocier un compromis, et, le 3 Février 1914, il fit connaître qu’il accepterait de se re-
la remise du pouvoir entre ses mains. La Commission Iniernationäle de Contrôle rend hommage aux sentiments patriotiques qui ont dicté les actes de S. Exc. Ismaïl Kémal Bey, accepte cette délégation de pouvoir et, dûment autorisée par les Grandes Puissances, assume l'administration de l’Albanie au nom des Gouvernements qu’elle représente. » (S) Ismaïl Kémal, Nadolny, Petrovice, Krajewski, Harry Lamb, Leoni, Petraiew.
tirer, à condition que la Commission gouvernât avec la collaboration du Sénat qu'il avait nommé et qu'une députation, dont il aurait la présidence, se rendit sur-le-champ à Neuwied pour offrir la couronne au Prince Guillaume. |
En même temps, dans un but d’unification, l’administration militaire du Vice-Amiral Burney à Scutari prit fin, ses pouvoirs ayant été remis aux délégués de la Commission. Cependant, Scutari demeurait occupé par un contingent international, placé sous les ordres du Colonel Phillips.
Dès le 23 Février 1914, la délégation à Neuwied offrait au Prince Guillaume la couronne. Elle le faisait au nom de la Commission de Contrôle et d'Essad Pacha, « commandant de Durazzo » et Président du Sénat de l’Albanie centrale.
Essad lui-même présidait la délégation qui était assez curieusement accompagnée du capitaine italien Castoldi.
On peut dire qu’ainsi l’accord du 22 Janvier 1914 était violé, car la cause, au sens étroit, de cet acie juridique, était « de constituer un gouvernement unique pour l’ensemble de l’Albanie ». Or, si, à la letire, Essad Pacha n'avait plus la compétence gouvernementale, dont était seule investie la Coinmission, en réalité le Général avait conservé, au moins dans une partie du pays, l’effectivité du pouvoir.
Et le fait même que la présidence de la délégation de Neuwied lui fut octroyée, montre à lévidence sa situation prépondérante.
Certes, ce n’est pas en tant que chef de gouvernement, mais en tant que président d’un organe législatif qu'il se présente, mais la confusion des pouvoirs et des fonctions était inévitable en l’absence de règles écrites ou coutumières de droit public; et il faut reconnaître que la Commission de