o ESSAI SUR l'indifférence
pris spccîa1i*meiit à tâche de di^truire toute rEcrî* turc , sans néanmoins cesser de la reconnoitre en apparence pour Tniiique règle de foi. On soutient que Jesus-Clirist n'eut jamais dessein d'établirjine Religion distincte du judaïsme; que TEgllse, ouvrage du hasard , ne fut d abord qu'une agrégation fortuite d'individus, ou de petites sociétés particulières, dont quelques honmies ambitieux, se* coudés par les circonstances , formèrent ime confédération générale (i). Â l'aide de ce qu'on appelle Yexégrsc biblique ^ c'est-à-dire d'une critique sans frein , on nie les prophéties , on nie les miracles ^ on nie la vérité du récit de Moïse; et la Genèse, au jugement de ces doctes interprètes , devient un tissu d'allégories, ou, pour parler leur langage, de /Ti^/Aef ou de pures fables.
Or, qui prouvera que ces interprétations commodes, aujourd'hui presque universellement reçues , blessent le fondement du Christianisme ? Elles paroissent opposées à l'Ecriture, il est vrai : niciis si on les rejetoit sous ce prétexte, il faudroit rejeter en même temps la règle qui prescrit, en certains cas, de faire violence au texte sacré. On
( I ) Gvshichte der ChristUch - Kirlichen , etc. von D. Plancky tome I, cliap. i. — Kirchcnstaat der drey lahrhunderle von J,-U, Bofimer, p. 8. — Oberthiir Idea Bibika Ecdesiœ Dei , lom. I , p. i , 6, loo, 104.
"ne sauroit donc refuser de les tolérer , cl même , si Ton est couséqueut, de les admettre , comme plus claires et plus satisfaisantes pour la raison.
C'est ainsi qu'on arrive au Christianisme rationnel j sî vanté en Allemagne et en Angleterre. On élague de la Religion tout ce que la raison ne con« çoî£ pas, par conséquent tous les mystères, par conséquent tous les dogmes; car il n'est pas un seul dogme qui ne renferme quelque mystère, parce qu'il n'en est point qui ne tienne à Tinfini par quelque côté. Alors, que reste-t-il que le déisme? Mais on ne s'arrête pas même au déisme , le principe entraine au delà; on est forcé affaire violence ^ nonseulement à l'Ecriture, mais à la raison, à la conscience , au témoignage unanime du genre humain; on est forcé de nier Dieu , puisqu'on est contraint d'avouer que des mystères inconcei^ables Venvironneni(i). Parvenu à ce point, lés divisions cessent, non par l'accord des doctrines , mais par leur anéantissement. La discordance des opinions , la diversité iuGnie des croyances, remplissent tout l'espace qui sépare la Religion catholique de l'athéisme : l'unité ne se rencontre qu'à ces deux termes extrêmes; unité i/e foi deiiis la Religion catholique, parce qu'elle renferme la plénitude de la vérité; dans l'athéisme, unité d'indifférence y parce que l'athéisme n'est au fond que la plénitude de l'erreur.
(i) Emile y tom. 111, p» i33.
3iJ2 ESSAI SUR l'iNDIIFÉRENCE
En vain les protestans s'efforcent de se maintenir à une distance égale de ces termes extrêmes, la raison nesouffrepas qu'on s'arrête entre deux. Tolérer dogmatiquement une seule erreur, c*est s'engager à les tolérer toutes. Le problème à résoudre est alors celui-ci : conserver le Christianisme sans exî* ger la foi spéciale d'aucun dogme. L'on n'a jamais pu et l'on ne pourra jamais y trouver d'autre solution que celle de Chillingvkrorth , qui réduit les articles fondamentaux à « une foi implicite en Jésus-Christ et en sa parole (i) ». Mais ce symbole si court , Bossuet forçoit encore le ministre anglais à l'abréger; et, sans qu'il pût s'en défendre, il le poussoit jusqu'à la tolérance de l'athéisme. « Cette foi u dont il est content, disait l'évêque de Meaux, je >* crois ce que veut Jésus- Christ , ou ce qu ^enseigri^ » son Ecriture j n'est autre chose que dire : Je crois u tout ce que je veux , et tout ce qu'il me plaît d'at- » tribucr à Jésus-Christ et à sa parole, sans exclure » de celte foi aucnnc Religion et aucune secte de » celles qui reçoivent TEcrilure sainte , pas même » les Juifs, puisqu'ils peuvent dire comme nous : y» Je crois tout ce que Dieu veut , et tout ce qu'il a M fait dire du Messie par ses prophètes , ce qui rcn- » ferme autant toute vérité , et en particulier la foi
(i) La Religion des ProtesC^ une voie sure ati salut ^ Rep, à la Pn^f» de son advers. n^ 26.
EN MATltRE DE nELIGIOIf. 253
» en Jësus-Christ , que la proposUlon dont notre » protestant s'est contenté. On peut encore former B» $ar ce modèle une autre foi implicite , que le » niahométan et le déiste peuvent avoir comme le » Juif, et le Chrétien : Je crois tout ce que Dieu » sait ; ou si Ton veut encore pousser plus loin , et » donner jusqu^à Tathéc, pour ainsi parler , une » formule de foi implicite :, Je crois tout ce qui » est \Tai : tout ce qui est conforme à la raison; ce » qui implicitement comprend tout, et même la » foi chrétienne , puisque sans doute elle est con- » forme à la vérité , et que noire culte ^ comme dit » saint Paul , est raisonnable (*) ».
■ ■ ' IIIBIllipl
(*) Sixième Avertissement aux Prêt, \W part, n* 109. Scntanl la force de ces objections, Cfaillîogworlh lâché de les rétorquer contre les Catholiques; manière d*arguiD enter tris-vicieuse dans le cas présent. Car, cùt-il raison, il prouveroit seulement que la Religion catholique csl fausse , et ne prouveroit pas, comme il doit le prouver, que le protestantisme est vrai. Scion quelles règles du droit se justifie t-on d*un crime , en accusant un tiers de complicité? Mais, déplus, raccusalion du ministre est d^une fausseté palpable. «Pourquoi, dcmandc-l-il à un * Catliolique, une foi implicite en Jésus-Christ et en sa V parole ne suifirail-elle pas aussi bien qa'une foi im- » ' plicitc à votre Eglise »? Laissons répondre IJossuct. « Il » n'y a personne qui n'entende la diflerence qu'il y a *y entre le Catholique qui dit : Jecroîs ce que croit rEglisc;
256 ESSAI SUR L^IKDIFFERENCE
rEcritnrc , chacun est obligé de Tintcrprëter ponf soi, 0*1 (l'y chercher la Religion dans laquelle il doit vivre (*). Son devoir se borne à croire ce qu^il lui semble que TEcriture enseigne clairement, et qui ne contredit point sa raison; et comme nul homme n'a le droit de dire aux autres hommes : « J'ai plus » de raison que vous, mon jugement est plus sur » que le vôtre >' , il s'ensuit que chaque homme duit s'abstenir de condamner Tinterprétation d'autrui , et doit regarder toutes les Religions comme aussi sûres, aussi bonnes que la sienne. D'ailleurs, quand on se persnaderoit qu'on a seul et infailliblement raison, comme personne n'est maître de se donner celte infaillibilité, onncpourroit pas encore exclnre du salut ceux qui , par hypothèse , se tromperoient en faisant le meilleur usage possible de la raison qu'ils ont reçue.
Par le même motif, on ne peut pas davantage exclure du salut ceux à qui la raison ne montrant pas clairement que l'Ecriture est inspirée , doutent de la révélation , ou nieiue la nient formellemekit , parce qu'après un mûr examen, ils s'imaginent qu'il y a coatrc elle des objections péremptoires. La
{*) n Tout homme , dit le docteur Middieton , a droit » de juger pour lul-memc , cl la diversité des opinions 3) est aus&i naturelle que la diversité des goûts » . InlroduC' tory Discourse to a free Enquiry into the miraculous powers, p. 3i5.
raison «
EN MATIÈRE DE RELIGION. ttS'J
nison f.interprète et juge de TEcriture, étant, en dernière analyse , le fondement de la foi , il seroit absurde, contradictoire, impie, de les obliger de croire ce qui répugne à leur rabon.
Voilà donc déjà les protestans , ou les indifférens mitigés , contraints de tolérer , non-seulement toutes les sectes qui reçoivent TEcriture , les ariens , les lociniens , les indépendans, mais les déistes mêmes qai la rejettent , ou plutôt qui rejettent les interprétations humaines des protestans ; car , au fond , ils admettent TEcriture au même titre que ceux*ci , rinterprëtent selon la même méthode , et , comme eux , ne refusent de croire que ce qui leur paroit obscur et contraire à la raison. Rousseau loue magnifiquement les Livres saints ; on sait qu'il les lisoit sans cesse , et /a sainteté de tEi^angiie par^ toii^ disoit-il, à son cœur (i). Lord Herbert de Cherbury appelle le Chrislianisnie , la plus belle des Religions (2). Tous les déistes tiennent le même langage, et prétendent, en niant la révélation, * comme les socinicns, en niant la Divinité de son auteur, mieux entendre TEcriturc que les réformés ne l'entendent , et obéir plus fidèlement à Jésus- Christ, qui n'a prêché, suivant eux, que la Religion naturelle.
(1) Emile, tom. III , p. 179.
Çp) Reli§, LàicL p. 28.
25^ ESSAI SUR L'iNDIFFÉnEKCE
L'athée se présente à son tour , et dit : Je ne reconnois, comme vous, d'aulre autorité que celle de la raison ; comme vous je crois ce que je comprends clairement , et rien autre chose. Le calviniste ne comprend point la présence réelle, il la rejette , et il a raison ; le socinien ne comprend pas la Trinité , il la rejette , et il a raison ; le déiste , ne comprenant aucun mystère, les rejette tous, et il a raison. Or, la Divinité est, à mes yeux, le plus grand , le plus impénétrable mystère. IVIa raison , ne pouvant comprendre Dieu , ne sauroit Tadmettre. Je réclame donc la même tolérance que le calviniste, le socinien, le déiste. Nous avons tous la même règle de foi , nous excluons tons également Fautorité; de quelle autorité donc oseroit-on me condamner ? Et si je dois renoncer à ma raison , si vous me jugez coupable d'écouter ce qu'elle me dicte, renoncez donc vous-même à votre raison , qui n'est pas plus infaillible que la mienne , abjurez votre règle de foi , et déclarez nettement que tout ce que vous avez enseigné jusqu'ici, d'après cette règle, ne repose sur aucune base, et que si la vérité existe, vous êtes encore à savoir par quel moyen on la peut trouver.
A moins d'abandonner leurs maximes , les protestans ne^auroient donc refuser la tolérance à l'alhce. Diront-ils qu'il use mal de sa raison, qu'il
EN MATIÈRE DE RELIGION. aSg
maK^^ue de bonne foi? Autant en peut-on dire du déiste, du socinien de tous les hérétiques sans exception. Ce reproche est sans force dans la bouche des sectaires, parce qu'ils ont tous un égal droit de se l'adresser. Ce que le luthérien dit de Tathée, Fathée le dira du luthérien. Qui sera juge entre eux? la raison? Mais c'est son jugement que l'on conteste : chacun prétend qu'elle décide en sa faveur. L'appeler pour terminer ce différend , c'est résoudre la question par la question même; c'est clairement se moquer du sens commun.
Ens'efibrçant de fixer des bornes à rindifférence, en exigeant la foi de certaines vérités qu'il nomme fondamentales , le protestant ne réussit qu'à mettre à découvertson inconséquence. Car, premièrement, il ne détermine point quelles sont ces vérité^; et il lui est, en second lieu , impossible de le déter- ' miner. Comment en effet séparer ce qui est essentiellement uni? Rien n'est isolé dans la Religion; chaque vérité s'appuie sur une autre vérité, qui en est comme le fondemerU : elles découlent Tune de l'autre, et se suivent, et se pénètrent; en sorte que sans jamais trouver le plus léger point de division, on remonte de runeàTautrc jusqu'à Dieu source éternellement vivante de toutes les vérités. On ne sauroit en nier une sans ctrc forcé de les nier toutes, et l'athéisme n'est que la dernière conséquence du système des réformés , son com-
'iGo ESSAI SUR L INDIFFÉRENCB
plcruent nécessaire ; jusqu'à ce qu'on y arrive , il y a contradiction dans les idées.
Il semble que Jurieu Tait senti ; car il ne voit <rautre ressource , pour conserver la Religion , que de la livrer au prince, ou de la transformer en une institution politique , ce qui est le degré d'indifférence le plus voisin de l'athéisme , ou plutôt Tathéisme pur, ainsi que je l'ai montré (i). Le ministre ne souffre même pas qu'on tienne un moment cette doctrine en doute , tant le besoin qu'en a la Réforme est pressant. <« 11 est , dit-il , certain..,. >» que les princes sont chefs nés de l'Eglise chré- » tienne , aussi bien que de la société civile , égaU^ M ment maîtres de laReligion comme de tEtai (2). Hobbes et Shaflsbury ne soutiennent rien de plu^^ Mais, dès que les princes sont maîtres de prescrir à leur gré des symboles , dès que leur volonté toute la Religion , on ne doit plus parler d'ëcri- — ture, de révélation, de vérité; les croyances avi- — lies deviennent une sorte d'impôt que le sonvc:^ rain établit sur la raison publique, pour le bien d i TEtat , et que tantôt il allège , tantôt il aggrave -^ selon les circonstances, ou ses seuls caprices.
Les révolutions du culte ont suivi , chez les p tcstans, celles des dogmes; car , en toute Religion le culte est l'expression du dogme.
(i) Voyez les chap. 11 et m.
(2) Tabl Lelt. viu,p. 478, 482.
D*une doctrine indigente nait un culte indigent comme elle. Ainsi plus une secte a conserve de dogmes, plus son culte a de vie, de grandeur et de pompe. Cela se voit clairement en comparant le culte des luthériens avec le culte des calvinistes , et mieux encore avec le culte des sociniens. Les indépendans , qui rejettent toute formule exclusive de foi, rejettent aussi toute forme exclusive de t6li^, et ils sont conséquens en cela; car les liturgies sont aux symboles à peu près ce que les mots sont aux idées : quand les idées se perdent , les mots disparoissent, ou subsistent tout au plus comme ces inscriptions en langue inconnue , mystérieux monumens de quelque ancien peuple évanoui.
Il ne suffit pas néanmoins d^admettre certaines vérités spéculatives, pour avoir un culte proprement dit. Le déiste admet Dieu , et ne lui rend aucun culte, ou ne sait quel culte lui rendre. Pourquoi cela? c'est que le déisme n'est pas une Religion, mais une opinion, l^afoi tend à se manifester au dehors par des actes , parce qu'elle réside principalement dans le cœur, où est le principe d'action. Les opinions au contraire n'existent que dans l'esprit; leur expression naturelle est la parole. Aussi les proleslans, dont les maximes renversent le fondement de la foi, montrèrent-ils, dès l'origine , une profonde répugnance pour les ce*
262 ESSAI SUR l'iNDIFFÉKEITCQ *•
rémonîes religieuses, ou le culte extérieur. Leur^ froides liturgies, presque uniquement composée^ de prières emphatiques et sèches, excluent tou^ les signes sensibles , qui sont la langue do cœur ^ et les reproches d'idolâtrie , qu'autrefois la Réform^^ adressoît aux catholiques, avoient pour cause ^^ moins encore la différence des doctrines , que It changement total qu'elle avoit opéré dans la ture des croyances- Tous les rites d'un culte ma — jestueux, sublime expression d'une foi sublime, durent lui paroître opposés à l'essence du Christianisme , quand le Christianisme fut devenu pour elle une simple opinion.
Il est visible au reste que le système des points fondamentaux , contraignant de tolérer toutes les doctrines , contraint de tolérer tous les cultes , et qu'il conduit naturellement à l'abolition de tout culte , en conduisant à la négation de tout dogme. Mais la morale au moins échappera-t-elle à ce naufrage de toutes les vérités? Hélas! c'est demander si rhomme consentira d'être inconséquent , pour le plaisir de désoler ce qu'il a de plus cher, ses passions. Les devoirs dépendent des croyances : aut.'^nt de symboles , autant de morales. Il faudra donc tolérer toutes les morales, comme on tolère tous les symboles. La règle des mœurs est parfaite chez les chrétiens, et les préceptes de justice complets, parce que toute vérité se trouve dans
le Christianisme , et s'y conserve an moyen d'une rigle de foi parfaite. Le mahométisme, mêlant reneoT à la vérité , corrompt en partie les notions de rhonnéte et du juste , et joint des préceptes de vice à des préceptes de vertu. Le déisme, croyance incertaine et bornée, n'offre non plus que des préceptes bornés et incertains. La morale du déisme est toute d^opinion, toute de phrases, ^insi que sa doctrine. L'athée n'a qu'un seul de* 'Voir, qui est de n'en connoître aucun. « Il n'y a ^ proprement, dit un philosophe célèbre, qu'un ** devoir, c'est de se rendre heureux (i ) ». En con- ^^rant rindifférence absolue des dogmes, le système de Juricu consacre donc l'indifférence ab- ^lue des devoirs.^ On sera libre de tout faire, Comme on est libre de tout croire et de tout nier. Ces deux facultés sont inséparables.
La Réforme ne Tignore pas, elle qui, dès sa naissance, s'est vue forcée de joindre la tolérance du crftne à la tolérance de l'erreur. On connoît cette consultation fameuse par laquelle Luther , Melanchthon , et quelques autres docteurs de la même école, autorbèrent formellement la polygamie, en permettant au landgrave de Hesse d'épouser une seconde femme , en continuant de vivre avec la première.
(i ) HisU philosoph, des EtabL des Europ. dans les deux Indes y liv. XIX.
264 l^SSKl SUA l'iNDIFFÉREKCS
Qai n'aperçoit que, dès qa'on rejette toob autorité vivante , la règle des moeurs devient aotf variable, aussi incertaine que la règle de la ib: Il faut d'abord distinguer, dans FEvangile, c qui est de précepte de ce qui n'est que de conseil première question importante queFËvangile laits indécise. II faut ensuite distinguer les précepti fondamentaux des préceptes non fondamentaoi et pour cela , expliquer l'Ecriture selon 1< règles générales de l'interprétation protestante qui, permettant de ^ir^ violence j en certain cai au texte sacré, se réduisent, comme on Ta vu au jugement de la raison, et, par conséqnenl laissent chacun paiement maître de sa conduit et de sa foi.
La Réforme va même plus loin , et comn l'Evangile énonce si clairement certains pr< ceptes, qu'il est impossible de les méconnotb ou de les dénaturer, elle trouve des exceptioi à TEvangile, dernier excès au-delà duquel o ne peut rien imaginer. « La bonne foi et l » lois du prince, dit Jurieu, sont les interprèt » des exceptions qu'on peut apporter à la 1< » évangélique qui défend le divorce, et elles sui » fisent pour mettre la conscience en repos (i) Il étoit naturel que le ministre, après avo
(i) TahL Let v\, p. 3o8.
Roda le prince arbitre souverain de la foi , le rendit ^;alement arbitre souverain des mœurs. <' Les ■• consciences, remarque à ce sujet Tévéque de m Meaujc, sont si endormies , et les cœurs si appem santis dans la Réforme, qu'on y demeure en re- » pos^ nialg;ré les décisions de TEvangile , sur les » exceptions qu'y apportent des lois et une autorité » hamaine. Ce n'est pas ici le sentiment d'un mi- » nistre particulier ; c'est celui de Genève , d'où est » né le droit canon de la Réforme; c'est celui de » l'église anglicane , qui en est la principale par-
* tie , comme l'appelle notre ministre ; et M. Le- ^ grand vient de faire voir à M. Bumet que, selon
* les lois de cette Eglise , on fait diçorce pour oçoir abandonné le mariage^ pour une trop longue absence^ pour des inimitiés capitales ^ pour tes mauvais traitemens j et qu'on peut se remarier en tous ces cas,\oi\k quatre exceptions à l'Evangile , tirées du Code des lois ecclésiastiques d'Angleterre, résolues et passées en loi dans
» une assemblée où prêchoit Thomas Cranmer^ » archevêque de Cnntorbéry , le grand réformateur » de ce royaume ( i ) ».
Ainsi la Réforme, également foîble contre le ^cc et contre Terreur , sacrifie l'Ecriture même aux passions , et se soulève de sa base , pour leur
(i) Sixième Avert. aux Prot. III*. part, n*^ 80.
26G ESSAI SUR L^INDIFFÉRENGE
ouvrir un plus libre et plus vaste champ. Conli' nuons d'écouter Bossuet.
«c Nos indifîërens , honteux des divisions où To^i » tombe par la méthode qu'ils proposent ponr en - » tendre ce divin livre , croient y tfouvier an re? >' mède en faisant peu de cas des dogmes spécula- » tifs et abstraits, comme ils les appellent, etnevan- » tent que la doctrine des mœurs. C'est la maximi » de ces latitudinaristes dont nous venons de par* M 1er , qui disent que c'est dans les mœurs qu'i. >' faut rétrécir la voix du ciel , en la dilatant pool
A» les dogmes Ils ne parlent que de bien vivre,
M comme si bien croire n'en étoit pas le fonde- » ment. Mais pour nous restreindre simplement à >» ce qu'ils appellent les mœurs , où ils semblent » vouloir renfermer toute la Religion , les sori- » niens, et les autres qui les vantent tant , n'ont-iU » pas été les premiers à censurer les commence- » mens de la Réforme, où l'on avoit refroidi la M pratique des bonnes mœurs , en enseignant clai- » rement qu'elles n'ctoient pas nécessaires à la jus- » tification ni au salut; non pas même laraour de » Dieu , mais la seule foi des promesses, ainsi que >» nous l'avons souvent démontré? Les mêmes so- » ciniens ne prouvoient-ils pas invinciblement , " aussi bien que les catholiques, qu'il n'y a rien >» de plus pernicieux aux bonnes mœurs que l'ina- » missibilité de la justice , la certitude du salut , et
» enfin Timpatatiou de la justice de Jésas-Christ,
» de la manière dont on Tenseignoit dans la Ré-
a» forme? G*en est assez pour les convaincre qu'il
» peat se trouver dans TEcriture, sur les mœurs
« comme sur les dogmes , de ces généralités où se
'v cachent tant d'opinions et tant d'erreurs difTé-
» rentes. Que si l'on se met à raisonner ( et on ne
» le fait que trop) sur la doctrine des mœurs, suc
>• les inimitiés, sur les usures , sur la mortification,
■• sur le mensonge , sur la chasteté , sur les ma-
» riages , avec ce principe qu'il faut réduire l'Ecri-
» tnre sainte à la droite raison, où n'ira-t-on pas (*) ?
*» N'a-t-on pas vu la polygamie enseignée par les
3» protestans, et en spéculation et en pratique? Et
{*) Qp est allé loin en efTeL Des théologiens n'ont pas TODgi de faire Tapologie du vice avec une franchise si révoltante y que je n*oserois transcrire leurs paroles. Les vertus que TEvangile recommande le plus formellement , ont été livrées au mépris public , comme des restes du mO' futrchismej et Ton n'a pas craint d*avancer que là doctrine d« mœurs ne repose que sur une foi aveugle, ( Voyez le 1" cl le 3* n® de la deuxième partie du Magasin de feu M. Henke de Helmstadt , et le 3* n° de son Euscbia-, et la Oïlique de la doctrine chrétienne pratique , p. i85 , par le surintendant Cannabich.) Enfin, comme pour renverser d*un seul coup toute la morale, on a soutenu « que la ^Religion n'a rien à faire avec les devoirs » {Investigateur biblique ^ par M. Schcrcr , i*"" n" ) : d'où il suit qu'on pourroit commettre habituellement tous les crimes , sans