ESSAI SUR LINDIFFÉRENCE
>) ne sera-t-il pas aussi facile de persuader » hommes que Dieu n'a pas voulu porter I » obligations au-delà des règles du bon sens , » de leur persuader qu'il n'a pas voulu porter » croyance au-delà du bon raisonnement? 1^ » quand on en sera là , que sera-ce que' ce bon » dans les mœurs , si non ce qu'a déjà ëtë ce » raisonnement dans la croyance , c'est-à-dire » qu'il plaira à un chacun? Ainsi nous perdi » tout l'avantage des décisions de Jésus-Chr » l'autorité de sa parole , sujette à des interpn 3» tions arbitraires , ne fixera non plus nos ag 3» tions , que ne feroit la liberté naturelle de n ^ raisonnement, et nous nous verrons reploi » dans les dbputes interminables qui ont fait t* » ner la tête aux philosophes. De cette sorte » faudra tolérer ceux qui erreront dans lesmœi » comme ceux qui erreront sur les mystères, et » duire le Christianisme, comme font plusiei » à la généralité de l'amour de Dieu et du proch; » en quelque sorte qu'on l'applique et qu'oi
être moins religieux. Telles sont les maximes qu'on seignc aujourd'hui dans la Réforme; et «ependanl Fentendra encore parler de chribtianisme ! J'engage c qui désireroient connoître plus en détail l'état actue! protestantisme, à consulter l'ouvrage intitulé : Entrei philosophiques sur la réunion des différentes commun chrétiennes^ par M. k baron de Stark , ministre pro tant..
» loume après cela. Combien ont dogmatisé les > anabaptistes et les autres enthousiastes ou pré-
• tendus inspirés , sur les sermens , sur les châti- 9 mens , sur la manière de prier , sur les mariages , » sur la magbtrature , et sur tout le gouvernement
• ecclésiastique et séculier , choses si essentielles à
• la vie chrétienne? Les sociniens qui ne vantent, » avec les indiiTéreus , que la bonne vie et la voie
• étroite dans les mœurs , combien se mettent-ils
• an large lorsqu'ils ne soumettent aux peines de » la damnation et à la privation de la vie éternelle
qae les habitudes vicieuses ? Jusque-là que Socin lui-même n^a pas craint de dire que le meuririer ou V homicide qui est jugé digne de mort, et qui ne peut açoir de part à la vie éternelle ^ n'est pas celui qui a tué un homme y ou quia commis un acte d'homicide , mais celui qui a contracté quelque habitude d'urisigrand crime. Il n'y a rien déplus inculqué dansses ouvrages que cette doctrine. C'est aussi le sentiment de la plupart de ^es disciples, entre autres de Crellîus , un des plus célèbres , et qui est estimé parmi eux un des plus ' réguliers sur la doctrine des mœurs : et néan-
• moins il fait clairement consister dans l'habi- * tude la nature du péché qui exclut de la vie
» étemelle Il n'est pas ici question de se sauver
» de la damnation par une sincère et véritable pé- • nitence de ses fautes; car c'est de quoi on ne « parle pas dans tous ces discours , et on sait que
}> tous les péchés, même Ips plus énorraes , comme » les plus délibérés et les plus fràjuens , sont par- » donnables en cette sorte : il s'agit de trouver dans » le péché des excuses au péché même , et voilà ce » qu'en ont pensé ceux de tous les protestans qoi » se piquent le plus de conserver entière la r^e » des mœurs. On voit en cet endroit combien ils i> sont relâchés: ailleurs ils sont rigoureux jusqu'à M Texcès , puisqu'ils s'accordent avec les anabap- » tistes à condamner parmi les chrétiens , les ser^ » mens y la magistrature, la peine de mort et la » guerre , quoique entrepriseparautoritépublique, » quelque juste qu'elle paroisse d'ailleurs (i) ».
On voit qu'il y a cent cinquante ans , déjà la Réforme en étoit venue à tenir tous les dogmes dans TindifTérence , et qu'emportée par ses principes, en même temps qu'elle vantoit la morale comme seale essentielle , elle tomboit , à l'égard des mœurs, dans un relâchement inouï, tolérant jusqu'au meurtre, pourvuqu'on nes'en Fit pas une horrible habitude (*).
Il est donc démontré , et par le raisonnement et par l'expérience, que le protestantisme , ou le système des points fondamentaux qui en est la base, conduit inévitablement à la tolérance universelle,
(i) Sixième Avert, aux ProL III*. part, n* ii4« (*) On voit assez, sans que je le dise, qu'il ne s'agît ici que (les doctrines. Pour la pratique , c'est autre chose. 11 se trouve partout , et en grand nombre , des hommes m conscquens dans le bien comme dans le mal.
oa à FindifTérence absolue des Religfoiis. Doctrine, culte/ morale, tout s'écroule, et Fathébme reste leul au milieu de rentendement en ruine.
Maintenant que Ton a vu comment les systèmes d'indifférence, rentrant Tun dans Fautre, aboutiaient tous à FindifTérence absolue, on conçoit qa'cn réfutant la doctrine générale de FindiiTé- Ruce , on réiîite ces systèines divers , et en particulier celui des protestans , contre lesquels d'ailleurs je prouverai que, de même qu'il n'existe qu'une leule vraie Religion , il n'existe qu'une société qui professe cette vraie Religion; société , par conséquent , hors de laquelle le salut est impossible.
Qu'on n'oublie pas, au surplus , que cet ouvrage n'est point proprement une apologie du Christianisme; que quand, après in'avoir lu , on ne seroit {kas persuadé de la vérité de la Religion chrétienne , pourvu qu'on soit convaincu de la nécessité d'en (aire Fobjet d'une étude sérieuse , j'aurai pleinement atteint mon but. Je ne veux , en un mot , qu'éveiller le doute dans l'esprit des indifférens , leur faire sentir qu'un mépris aveugle , que le bon sens désavoue, est un aussi triste gage de sécurité qu'un foible titre à la supériorité d'esprit ; et leur montrer qu'à moins d'abjurer la raison , il faut qu'ils examinent et comparent, avec tout le soin dont ils sont capables, les fondcmens de la foi , et les fondcmens de l'incrédulité. Entrons en matière.
a7a ESSAI sur l^indifférgrce